La musique arabe face à la menace de la mondialisation des cultures.
Après la poésie et la littérature, la musique est assurément l'art qui a atteint des summums dans la civilisation musulmane. Mais le déclin de cette civilisation a entraîné celui de sa culture sur laquelle la poussière du temps s'est déposée pour n'en laisser paraître que quelques ineffaçables créations et réalisations, qui sont cependant toujours menacées de disparition. Ce risque est aujourd'hui plus que jamais pesant. La mondialisation et la globalisation qui broient, atomisent et phagocytent toute culture «mineure» pour l'intégrer comme un vulgaire ingrédient dans cette «soupe culturelle mondiale» font peser une véritable menace de dissolution sur ce patrimoine musical, immatériel car non transcrit dans sa majorité. Quelle seront la place et la destinée de la musique arabe dans ce monde numérique ? Et surtout comment préserver la musique arabe et la soustraire à ces rouleaux compresseurs que sont la mondialisation et la globalisation ?
Ces problématiques ne peuvent trouver de réponse qu'après une analyse pointue de la situation de la musique arabe et de tous les paramètres endogènes et exogènes qui la sous-tendent. C'est ce que ce propose de faire l'Académie arabe de musique lors de son 19ème congrès qui doit se tenir du 23 au 27 juin prochain à Alger et dont le thème est : «la protection de la propriété intellectuelle dans l'environnement numérique». Cette conférence annuelle, qui est organisée en collaboration avec l'Office national des droits d'auteur et des droits connexes (ONDA) dans le cadre de la manifestation Alger, capitale de la culture arabe 2007, devra aussi se pencher sur les concepts de la musique arabe et sa terminologie. Des experts arabes et étrangers devront donner des communications sur ces thèmes et en débattre.
Mais l'Académie arabe de musique, en tant qu'instance consultative dont la mission est la préservation et la promotion de la musique arabe, refuse de limiter son action à l'organisation de débats. Elle est aussi active sur le terrain à travers plusieurs projets qu'elle initie tout au long de l'année et la publication de deux revues, l'une sur la recherche musicale destinée au spécialistes et l'autre, intitulée la Musique arabe, destinée au large public. C'est aussi à l'académie que nous devons la désignation d'une Journée mondiale du luth qui est célébrée le 3 août de chaque année. Cette journée sera, à partir de cette année, intégrée dans la Semaine de la musique arabe pour «mettre en valeur tous les instruments arabes de musique», expliquent les responsables de l'Académie qui travaillent actuellement à l'élaboration d'un guide de la musique et des musiciens arabes et à la création d'une caravane des musiciens arabes devant sillonner le monde pour faire connaître cette musique.
Ces quelques exemples montrent l'intérêt que l'académie accorde au travail de terrain, qui est nécessaire et incontournable si l'on veut redonner à la musique arabe sa place parmi les cultures
«majeures» du monde.
Fidèles à cette philosophie, les responsables de l'Académie ont ainsi décidé de faire précéder les travaux du 19ème congrès par un travail concret sur le terrain en organisant cinq «résidences de créativité».
Des artistes algériens, marocains, tunisiens, égyptiens, jordaniens et libanais travailleront de concert dans ces work-shop sur les musiques symphonique, populaire, spirituelle, contemporaine et andalouse. Concernant l'impact qu'aura le congrès, le secrétaire général de l'académie, le Dr Kifah Fakhouri, qui est, depuis le 5 mai dernier, à Alger en compagnie du directeur général de l'académie, le Dr Hicham Charef, pour préparer la rencontre et arrêter son programme définitif, dira la conférence permettra, entre autres, de faire connaître aux musiciens arabes l'expérience algérienne en matière de protection de la propriété intellectuelle, une «expérience pionnière dans le Monde arabe», précisera-t-il. La conférence, ajoutera-t-il, sera aussi l'occasion d'ouvrir un débat entre les anciens musiciens qui seront présents et les jeunes Algériens qu'il invitera à venir et participer au débat. Rappelons que la création d'une Académie arabe de la musique qui relèverait de la Ligue arabe a été évoqué pour la première fois en 1932 lors de la tenue de la première conférence sur la musique arabe à laquelle ont participé des musiciens algériens, dont El Hadj El Arbi Bensari.
Cette idée n'est devenue réalité qu'en 1971. L'Algérie a déjà accueilli en 2001 le 16ème congrès de l'Académie arabe de musique.

Comments Post a comment