Beaucoup d'opérateurs n'ont pas le bagage minimum pour la gestion administrative, financière et technique des événements culturels.
Eshu, comédien bien connu de la place, est revenu en janvier dernier d'un festival du conte et d'art dramatique organisé au Canada. Avec dans ses bagages, une invitation à participer à un autre festival, prévu dans le même pays en 2008. Pour lui, cela ne fait pas de doute, c'est une preuve du professionnalisme des promoteurs. La même chose est possible sous les tropiques. L'exemple du festival de cinéma Ecrans noirs, ou encore des Retic qui en sont respectivement cette année à leurs 11e et 16e éditions, sont parlants. Chez d'autres, c'est cahin-caha. Ou alors, quand le festival se tient, un cocktail d'imprécisions, d'amateurisme et de cachets non payés qui est servi. Le cas du Massao en dit long... La raison de tout ce bazar, Yves Bourguignon, directeur du Centre culturel français François Villon, la connaît. " Le problème majeur réside dans le décalage entre le projet écrit sur le papier et la réalité. Au cours d'un festival bien connu de la place, quand on annonce un budget de 100 millions de Fcfa et qu'au bout on se retrouve à faire la manifestation avec 3 millions, ce n'est pas crédible auprès des bailleurs de fonds ", s'emporte-t-il.
Et puis, il y a cet inévitable appât du gain. Les enjeux financiers qui prennent souvent le pas sur une réelle volonté de promouvoir l'art. Elise Mballa, PCA de la Sociladra et directrice du festival de danse Abok i Ngoma, pense à un problème de formation. " Qu'on ne se leurre pas, on ne se lève pas un matin pour organiser un festival. L'ingénierie culturelle s'apprend à l'école. Et un minimum de professionnalisme requiert que l'on constitue une équipe : un bon communicateur, un directeur artistique, un responsable technique, un régisseur général. Maintenant, on peut avoir tout cela, sans le nerf de la guerre. Il faut savoir s'y prendre. La recherche des financements a des procédures. Certains organismes n'aident pas si la demande n'arrive pas six mois, voire deux ans à l'avance. Mais encore là, on peut avoir envoyé les demandes à temps, ça ne suffit pas. Il faut donc faire le point tous les trois mois. Trois mois avant le festival, on doit avoir les confirmations, sinon faire avec ce qu'on a ou simplement annuler ".
Cependant, plusieurs professionnels disent qu'il y a trop de festivals au Cameroun... " Il y a certes des difficultés à trouver de l'argent. Mais c'est de la responsabilité du ministère de la Culture et des opérateurs culturels de faire l'écrémage des festivals et de ne pas hésiter à jeter un regard critique sur un festival qui a du mal à se tenir. Il y va de l'image du Cameroun ", ajoute Yves Bourguignon, qui ne donnera pas son avis favorable pour la prochaine édition d'un festival qui se tient à Douala, à cause des manquements graves observés. Pour Elise Mballa, si le ministère fait comme il peut, au sein de la coordination nationale des festivals (une quinzaine d'événements culturels) chaque promoteur essaye de donner un coup de main aux autres et participer activement à la réussite des rencontres. Néanmoins, ajoute-t-on dans le milieu des promoteurs, les entreprise privées doivent gérer la culture comme un élément important de l'économie, de même qu'il est important que le " cher " public soit intéressé.

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