Libération (Casablanca)

Maroc: Orient et Occident, dialogue ou guerre ?

Hamid Lechhab

18 Mai 2007


L'Association marocaine dans les pays germanophones a achevé ses activités culturelles printanières en Autriche par une conférence-débat autour du thème : «Orient et Occident: dialogue ou guerre?» animée par un philosophe de renom l'Autrichien Hans Köchler, président du département de philosophie à l'Université d'Innsbruck et président de l'Organisation internationale pour le progrès, une organisation indépendante et consultative de l'ONU. Le choix était ainsi porté sur un intellectuel engagé pour les causes justes du Tiers-monde, notamment dans les pays musulmans et en particulier en faveur de la cause palestinienne et contre la présence américaine en Irak.

En présence de la communauté arabe dans la région de Vorarlberg et d'un nombre important d'Autrichiens, Köchler a débuté sa conférence par un aperçu historique global sur la relation Orient-Occident et rappelé les différentes périodes où l'on relève un conflit entre les deux civilisations sans oublier de souligner la période andalouse où les germes d'un vrai dialogue ont été semés. Mais, ce dialogue est difficilement mis à profit actuellement afin de faire émerger une vision profonde d'une coexistence entre deux mondes différents sur les plans anthropologique, culturel et religieux, entre autres.

Köchler a livré une réflexion profonde sur les mécanismes mis en marche depuis l'avènement de la suprématie occidentale et en particulier, après la chute des musulmans en Andalousie. Ce mécanisme a pris plusieurs fois, selon lui, un aspect religieux, que ce soit pendant les Croisades ou même à l'aube des Lumières et l'apparition de l'esprit critique en passant par la période coloniale. La tendance occidentale à dominer le monde connaît après la chute du communisme un développement fatal, car cette domination ne vise plus un système politico-social ennemi, mais d'autres cercles culturels et en particulier les pays musulmans, qui représentent pour l'Occident le plus grand handicap dans sa conquête du monde.

Le nouveau militarisme religieux occidental s'est manifesté clairement après le 11 septembre et après le décès du Pape Jean Paul II qui mettait en garde contre la situation désastreuse au Proche-Orient et les catastrophes humaines et culturelles provoquées par l'invasion américaine et européenne aveugle de l'Irak ainsi que l'embargo que l'on a imposé mais qui a touché au fond davantage les populations que l'ancien régime en Irak. La conjugaison de l'absolutisme naïf et le manque de vision claire chez le président actuel des Etats-Unis, imprégné d'une croyance religieuse absolue d'un évangélisme dont il tire sa légitimité pour imposer une interprétation religieuse à tout le monde avec les prises de position du Pape actuel qui, sans raison apparente, attaque l'Islam, ne peuvent conduire, selon le conférencier, qu'à une nouvelle guerre qui n'est pas sainte!

Ce constat a permis à Köchler de formuler une thèse ambitieuse du dialogue, fondée sur des principes des Lumières : la dignité humaine, le droit à la différence et le respect du droit international dans la résolution des conflits au sein de l'ONU. Selon lui, le dialogue est une étape à venir, qui doit être le résultat naturel du principe de la coexistence. Ce qui importe actuellement, c'est d'abord réussir le projet de la coexistence et de l'acceptation mutuelle. Cette coexistence n'est possible, selon Köchler, que si l'on recourt à l'application des principes démocratiques et ne pas freiner le processus du développement de la démocratie dans les pays musulmans directement par les Occidentaux, quand on constate qu'un parti politique qu'on n'aime pas risque de remporter les élections comme on l'a constaé dans quelques pays arabes. Les musulmans à qui on veut exporter la démocratie doivent faire leur propre expérience dans l'application de cet instrument de gouvernance, avec tous les défis que cela entraîne, et ne pas intervenir sous prétexte de leur montrer comment cela fonctionne. S'ajoute le fait qu'il faut absolument revenir à la raison et mesurer avec justice les affaires courantes du monde.

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Cette justice est le seul garant d'une coexistence pacifiste dans ce monde, qui ne vise pas la réalisation du petit village tant rêvé par les Occidentaux, mais par la reconnaissance de la culture des autres. Le petit village de la mondialisation oeuvre pour une culture uniforme et cela est contraire à la nature des sociétés humaines, diversifiées, riches, complémentaires et dépendantes les unes des autres. Au retour à la question : Orient et Occident : dialogue ou guerre ? Köchler répond pour conclure par une thèse-projet réaliste qui prend en considération le développement du monde et que prévoit à cette période l'accentuation des conflits si l'Occident poursuit sa politique. Il n'y aura, selon le conférencier, de dialogue que par le biais d'une période préliminaire où la coexistence sera garantie pour tous.

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