Le Potentiel (Kinshasa)

21 Mai 2007

Congo-Kinshasa: Rapport de la Monuc pour avril 2007, graves violations des droits de l'homme en RDC

Kinshasa — Au terme de son enquête diligentée en avril 2007, la Monuc fait état de graves violations des droits de l'homme en RDC. Parmi les abus observés, le rapport évoque, entre autres, l'obstruction aux sources d'information, les viols, les arrestations arbitraires et les exécutions sommaires.

Tous ces actes sont généralement commis par des éléments des FARDC et ceux de la Police nationale congolaise, révèle la Monuc.

Au mois d'avril 2007, une équipe multidisciplinaire d'enquêtes spéciales de la Monuc a continué son enquête sur les violents incidents des 22 et 23 mars 2007, à Kinshasa. L'équipe a interviewé plus de 200 victimes et témoins, et visité des douzaines de lieux utiles pour l'enquête. Au demeurant, le travail de l'équipe a été entravé par le refus de la part des autorités d'accorder l'accès à certains endroits importants tels que l'enceinte de la résidence de l'ancien Vice-président Jean-Pierre Bemba et certains camps militaires.

Les services de renseignement, la police et l'armée ont multiplié les actes d'intimidation à la suite de ces événements, créant et entretenant ainsi un climat de peur et d'intimidation, qui n'a pas permis aux victimes, aux témoins, aux autorités ainsi qu'aux agents des centres médicaux et des hôpitaux de rencontrer ou de parler librement à l'équipe d'enquête. L'équipe compte boucler son enquête, au courant du mois de mai.

Le 29 avril, cinq soldats de la brigade mixée Charly auraient fusillé quatre civils à Rubaya, un village situé à 60 km au Nord-Ouest de Goma, dans le territoire de Masisi (Nord Kivu). Tous les cinq auteurs présumés sont membres de l'escorte du commandant adjoint de la brigade Charly. Les victimes sont toutes des Hutus, résidant au village voisin de Kibabi. L'enquête relative à ces exécutions continue.

Des séries de viols auraient été commis par des soldats FARDC de la 2ème Brigade intégrée basée à Vuyinga, localité située à 60 km à l'Ouest de Butembo, pendant la première semaine du mois d'avril. Le 4 avril 2007, une jeune fille de 18 ans aurait été violée dans son domicile. Le 5 avril, une fillette de 13 ans aurait été violée à côté d'un puits. Le 1 avril 2007, à Butembo, une autre mineure aurait été violée par un soldat du 23ème bataillon de la 2ème brigade intégrée. L'auteur présumé de ce dernier cas de viol a été appréhendé. Ces cas de viol ont été suivis par une vague d'arrestations arbitraires des civils par les FARDC dans le village de Vuyinga, le 6 avril 2007.

Au moins six civils, y compris le chef du village, auraient été arrêtés. De sources locales, ces arrestations ont eu lieu après que les villageois ont essayé de réclamer des poursuites judiciaires contre les présumés violeurs. Le 8 avril, toutes les personnes arrêtées ont été relaxées.

KINSHASA

Le 30 avril 2007, le Tribunal militaire de Kinshasa/Gombe a acquitté Me Marie-Thérèse Nlandu, avocate et candidate à la dernière élection présidentielle, ainsi que neuf co-accusés, pour faute de preuve. Ils étaient poursuivis pour «organisation et participation à un mouvement insurrectionnel et détention illégale d'armes ou de munitions de guerre». Me Nlandu avait été arrêtée le 21 novembre 2006 par les services spéciaux de la Police nationale du Congo (Kin Mazière) lorsqu'elle était allée s'enquérir de l'endroit où étaient six de ses collaborateurs, arrêtés la veille.

Le 22 novembre 2006, elle a été mise en examen par l'auditorat militaire et placée en détention préventive à la CPRK (Prison centrale de Kinshasa) en compagnie de ses collaborateurs, plus tard le même jour. Les charges retenues contre Me Nlandu étaient liées aux déclarations qu'elle avait faites le 20 novembre 2006 à un groupe de partisans du MLC, hors de la Cour suprême de Justice, à Kinshasa, et au cours d'une interview avec les médias, dans l'enceinte de la Cour suprême de Justice, le 21 novembre 2006 (le jour où une partie des bâtiments de la Cour suprême de Justice a été incendiée et pillée par des manifestants). La Police avait aussi déclaré avoir trouvé trois grenades dans l'une de ses voitures le 20 novembre 2007.

Des soldats FARDC ont été responsables de nombreux cas d'arrestations arbitraires et autres violations des droits de l'homme, particulièrement le droit à l'intégrité physique et le droit à la liberté et à la sécurité des personnes, à travers la RDC.

SUD-KIVU

Le 24 avril 2007, à Bukavu, deux civils auraient été tués et un troisième aurait été grièvement blessé par une dizaine de soldats des FARDC. Ces derniers ont auparavant pénétré par effraction dans la résidence d'un pasteur dans le quartier Muhungu, dans la commune d'Ibanga, en tirant plusieurs coups de feu sur le portail principal. Ils ont par la suite pillé la résidence. Ils ont été stoppés dans leur fuite par un groupe de civils résidant dans le quartier. Les soldats ont tiré dans la foule, tuant ainsi deux personnes sur le champ, et blessant une troisième.

Le 20 avril 2007, dans le quartier Kashala Bonzola, à Mbuji-Mayi, un «diamantaire» aurait été tué par un soldat des FARDC. Cet incident se serait produit lorsque l'auteur a tenté de pénétrer par effraction dans la résidence privée du commerçant pour la piller. Ayant rencontré une certaine résistance de la part de la victime, l'auteur aurait tiré plusieurs coups de feu à travers la porte, la blessant fatalement à la tête. L'auteur présumé s'est par la suite enfui emportant un porte-documents (mallette) et deux téléphones portables appartenant à la victime.

Pendant la nuit du 18 au 19 avril, un civil aurait été tué et un deuxième civil aurait été grièvement blessé, à la suite de l'attaque d'une résidence privée dans le quartier Essence (4 km du centre de Bukavu), par un groupe de quatre soldats des FARDC, membres de la Police militaire. Les auteurs présumés ont pénétré par effraction dans la maison en demandant de l'argent. Le propriétaire de la maison a répondu qu'il n'avait pas d'argent. Les assaillants ont aussitôt tiré deux balles dans sa tête. La victime a succombé sur le champ. La femme de la victime a été blessée et admise à l'hôpital.

Le 28 avril 2007, un étudiant de l'Université de Goma a été abattu par un caporal de la 5ème région Navale. L'auteur présumé avait demandé le téléphone portable de la victime. Le soldat l'aurait abattue parce qu'elle aurait refusé de lui remettre son téléphone portable. La victime est décédée le lendemain, à l'hôpital local. Ce décès a suscité l'indignation de la communauté estudiantine de Goma, suivie de manifestations de protestation, qui ont perturbé les activités dans la ville.

Le 6 mars 2007, à Walikale (environ 120 km à l'Ouest de Goma) un civil aurait été abattu par un soldat FARDC appartenant à la 85ème brigade. L'auteur présumé lui aurait ordonné de lui remettre trois cigarettes et de l'argent. La victime lui aurait remis des cigarettes et aurait refusé de donner de l'argent. L'auteur se serait énervé et l'aurait fusillée. L'auteur a été arrêté et placé en détention préventive à la prison centrale de Munzenze.

Le 21 avril 2007, à Butembo, un soldat des FARDC de la 2ème brigade intégrée aurait arbitrairement exécuté un agent de la PNC. La victime a reçu deux balles, une dans la tête et l'autre dans la poitrine, et est mort sur- le -champ. Selon les informations reçues, la victime était dans un état d'ébriété quand elle est arrivée à son poste de travail, accompagnée par un collègue. Un soldat des FARDC en patrouille aurait interpellé le policier trois fois, et aurait tiré après que la victime a aussi elle-même ouvert le feu. Cependant, cette information n'a pas été confirmée par le collègue de la victime qui a vécu la scène. Selon le collègue de la victime, le soldat les a interpellés une seule fois et puis il a ouvert le feu. L'auteur présumé et le collègue de la victime ont été appréhendés pour être auditionnés par l'Auditorat militaire.

PROVINCE ORIENTALE

Le 22 mars 2007, un garde du parc national d'Epulu (presque 180 km à l'Ouest de Bunia, dans le territoire de Mambassa) aurait été tué par balle pendant qu'il était en train de patrouiller en compagnie de quatre autres gardes, par un sergent des FARDC dûment identifié. L'auteur présumé faisait partie d'un groupe de braconniers dirigé par un capitaine déserteur des FARDC. Après l'incident, l'auteur a rejoint son unité au sein du 82ème bataillon actuellement déployé à Fataki. Le frère de la victime a porté plainte auprès de l'auditeur militaire qui a confirmé que l'auteur a été arrêté, et pourrait être transféré à Bunia.

Le 25 avril 2007, un homme résident du village Ayissi-Umbozi (6 km au Sud de Ngote, en Ituri) aurait été victime d'une tentative d'exécution arbitraire par deux soldats du 2ème bataillon des FARDC basé à Nioka. La victime s'était opposée à leur tentative d'extorsion d'argent. Les deux assaillants se sont enfuis emportant une somme de 80.000 Shillings ougandais (58USD), mais ont été plus tard arrêtés avec le concours des résidents locaux. Ils ont été remis au commandant du bataillon de Nokia. Les auteurs ont été depuis lors transférés à la prison centrale de Mahagi.

Des cas de violences sexuelles continuent d'être régulièrement enregistrés à travers le pays. Cependant, le plus grand nombre de cas a été enregistré dans la province du Nord-Kivu. Dans la seule localité de Butembo, une ONG locale a enregistré 19 nouveaux cas de viol pendant le mois de mars 2007. Au moins trois de ces cas de viol ont été commis par les soldats des FARDC appartenant à la 2ème brigade intégrée.

A Rwahwa, dans le territoire de Beni, cinq cas de viol ont été recensés les 15 et 17 avril 2007. Ces incidents se seraient produits en guise de représailles contre la mort d'un soldat FARDC de la 2ème brigade intégrée. Le 27 mars 2007, dans le village de Ndiba, territoire de Walungu (approximativement 110 km au Sud-Ouest de Bukavu), une femme aurait été violée. L'auteur présumé est un soldat FARDC de la 1ère section de la 1ère compagnie du 2ème bataillon de la 103ème brigade (ex-11ème brigade intégrée). L'incident se serait produit lorsque la victime revenait des champs. La victime aurait été menacée de mort et ensuite violée par le soldat. (A suivre)

Ads by Google

Copyright © 2007 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 2,000 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 200 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.