Marc Atchiane
19 Mai 2007
Port Louis — La loi prévoit des peines moins sévères pour le trafic du médicament Subutex, consommé par les toxicomanes en substitution du "brown sugar", devenu hors de prix. Les trafiquants, eux, y trouvent leur compte.
Le gouvernement devrait légaliser la vente du Subutex. Cette proposition, qui peut paraître surprenante, se justifie, dit Dany Philippe. Il est coordinateur de l'Union de prévention du centre de solidarité Nu baz, organisation qui veut contrecarrer les activités des trafiquants de drogue dans le pays. Son point de vue est partagé par d'autres organisations non gouvernementales (ONG).
Tant la police que les ONG, dont le centre de Solidarité de Curepipe, disent constater un décuplement de l'utilisation de Subutex dans le pays. «Le brown sugar, dérivé de l'héroïne, se fait de plus en plus rare», indiquent nos interlocuteurs. «C'est le Subutex qui a pris la relève», soulignent-ils.
La raison en est simple, explique Dany Philippe, dont l'organisation s'active pour venir en aide aux toxicomanes désireux de se soustraire de l'emprise de la drogue. Les trafiquants de drogue privilégient le commerce du Subutex parce qu'il s'agit d'un produit qu'ils peuvent obtenir à bas prix et qu'ils peuvent revendre très cher, soit «au même prix qu'ils auraient obtenu pour la vente de la drogue dure».
Rs 1 000 le comprimé
De plus, le facteur à risque est considérablement réduit quant aux sanctions judiciaires. Les peines maximales prévues au Dangerous Drug Act, c'est-à-dire 45 ans de prison, ne les concernent pas et la prison à vie n'est pas prévue dans le cas de commerce illégal de Subutex. Un temps d'emprisonnement de pas plus de cinq ans et une amende ne dépassant pas Rs 100 000 seraient la peine infligée pour de tels cas.
«Alors, autant en profiter si l'on court moins de risque, doivent se dire les trafiquants», dit Dany Philippe. D'où la nécessité, affirme-t-il, que le gouvernement songe sérieusement à légaliser la vente de Subutex sur ordonnance, pour casser les reins aux trafiquants. Ceux-ci arrivent à vendre un comprimé de huit milligrammes à Rs1 000 pièce, ou à Rs 250 un quart de comprimé.
Qu'est-ce que le Subutex ? Nous avons posé la question au Dr Fayzal Sulliman, responsable du Centre de désintoxication national de Barkly. Il explique qu'il s'agit de Buprenorphine, disponible à Maurice sous forme de comprimé (Temgesie) de 0,2 et de 0,4 milligramme. Il est placé sous la langue. Mais les usagers de drogues ont fini par découvrir ses vertus et ont commencé à en faire usage par injection intraveineuse. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a décidé d'en bannir l'importation. Mais cette interdiction a fait des heureux : des trafiquants capables de s'adapter à toute nouvelle condition.
Le Subutex reste disponible en pharmacie à la Réunion et en France. Les ONG assurent qu'il n'est pas besoin d'expliquer comment les choses se passent entre Maurice et l'île soeur.
Saisie record
Lundi 14 mai. Les 400 passagers du vol AF 966 en provenance de l'aéroport Charles de Gaulle, en France et leurs bagages sont soumis à des fouilles. L'Anti Drug and Smuggling Unit met la main sur 51 863 comprimés de Subutex, cachés dans les valises d'un steward d'Air France, Christophe Caterino, âgé de 34 ans. Le prévenu aurait confié à la police qu'il devait les remettre à un contact à Maurice.
Une opération de control delivery n'a pas donné de résultat. A hier, Caterino, originaire de Montreuil en France et domicilié à Perreux-sur-Marne, n'avait pas encore donné sa déposition à la police. Ses proches ont pris contact avec le Collendavelloo Chambers.
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