Younes Hamidouche
23 Mai 2007
analyse
Alors que le FLN s'adjuge la majorité dans plus de la moitié des circonscriptions
Faisant fi du débat autour de l'abstention et sur les vingt-quatre partis engagés dans la course électorale, la moitié a fini par obtenir quatre sièges au moins -selon les résultats officiels rendus publics vendredi dernier par Noureddine Zerhouni- dans la composante de la sixième -la troisième à participation plurielle- législature de l'Assemblée populaire nationale (APN). Dans une Assemblée multicolore (21 sur 24 partis engagés ont décroché au moins un siège), seuls le PNSD, le PST et le PRP n'ont rien gagné.
Comme il fallait s'y attendre, le trio de l'Alliance présidentielle (FLN, 136 sièges - RND, 62 - MSP, 51) s'est taillé la plus grosse part du gâteau, soit la majorité absolue des sièges (249 sièges sur un total de 389). Le FLN s'est ainsi adjugé la majorité des sièges dans 28 wilayas, en plus d'une grande partie des circonscriptions de l'émigration. L'ancien parti unique se retrouve «majoritaire», par ordre décroissant, à Alger (11 sièges), Oran (5), Tlemcen (5), Sétif (5), Skikda (5), Batna (5), Djelfa (5), Constantine (4), Tiaret (4), Aïn Defla (4), Chlef (3), Biskra (3), Blida (3), Sidi Bel Abbès (3), Mostaganem (3), M'sila (3), Mascara (3), Boumerdès (3), El Oued (3), Souk Ahras (3), Laghouat (2), Béchar (2), Saïda (2), Annaba (2), El Bayadh (2), El Tarf (2), Tipasa (2) et Aïn Témouchent (2).
La «baraka» des ministres
Comme dans cette dernière wilaya, où c'est Djamel Ould Abbès qui a piloté le Front, la plupart des listes du FLN sont menées dans les wilayas susmentionnées par des ministres. Dans 8 autres wilayas, le parti de Abdelaziz Belkhadem -et dont Abdelaziz Bouteflika est le président, selon les statuts de cette formation- est arrivé en tête mais en compagnie d'autres listes, de partis ou alors d'indépendants. Il s'agit des wilayas de Bouira (2 sièges pour le FLN, idem pour le RND), Jijel 2, Relizane 2, Tamanrasset 1, Guelma 1, Illizi 1, Tindouf 1 et Khenchela 1. A Tizi Ouzou et Béjaïa, le FLN est battu par le RCD (ce dernier a respectivement arraché 7 et 4 sièges dans ces wilayas contre
4 et 2 pour le FLN). Défaites subies également par le parti de l'actuel chef du gouvernement (Belkhadem) face au RND (2 sièges contre 1 au FLN) à Oum El Bouaghi, devant le duo RND-MSP (3 sièges chacun contre 2 au FLN) à Mila et contre des listes d'indépendants à Tébessa (3 contre 2).
Par ailleurs, le FLN n'a obtenu aucun siège de député pour ses candidats dans les wilayas d'Adrar et de Ghardaïa. Dans cette dernière, sont absents à la fois le FLN et le RND à l'annonce des résultats donnant vainqueurs les têtes de liste du MSP, du PRA, d'Ennahda, et d'une liste d'indépendants).
Dans certaines wilayas, le FLN partage ses sièges avec d'autres formations du même courant, dit nationaliste, comme c'est le cas à Saïda (FLN 2 sièges, RND 1, FNA 1) ou Khenchela où le plus vieux parti sur scène est à égalité (1 siège chacun) avec le RND, le FND et AHD54. Egalité parfaite aussi à Tissemsilt (FLN, RND, ANR, PRA). A El Bayadh, l'Alliance présidentielle n'a rien laissé aux autres partis. A Souk Ahras, le FLN est suivi du duo islamiste MSP 2 et Ennahda 1. A Naama, c'est le quatuor FLN, RND, MSP, indépendants qui prend les 4 sièges mis en jeu. A Tamanrasset, c'est l'égalité parfaite (1 siège chacun) entre le FLN, le RND, le FNA et le FNIC.
RND-MSP, talonnés par les «indépendants»
Placé en seconde position à l'échelle nationale, le RND n'est majoritaire, sur les suffrages exprimés, que dans deux wilayas (Oum El Bouaghi 2 et Mila 3, mais en compagnie du MSP concernant cette dernière wilaya). Le RND l'emporte, mais pas seul, à Bouira (2 sièges), Tamanrasset 1, Guelma 1, Illizi 1 et Tindouf 1. Le RND n'a rien gagné, notamment à Tlemcen, Laghouat, Blida et Aïn Defla.
Pour sa part, le MSP n'est déclaré majoritaire dans aucune wilaya hormis celle de Ouargla (2 sièges devant le FLN, le FNA et AHD54 ainsi que le représentant d'une liste indépendante). A Mila, le MSP est aussi premier mais avec le RND (3 sièges chacun). Il en est de même en ce qui concerne Tindouf et Guelma. Le parti de Bouguerra Soltani est sorti bredouille de plusieurs wilayas (Saïda, Tizi Ouzou, Béjaïa, Illizi où il est classé dernier de toutes les listes en course avec seulement
75 voix). Les listes dites indépendantes (trois dizaines au total) sortent majoritaires, notamment à Guelma (2 sièges devant les trois partis de l'Alliance présidentielle). A Biskra, 3 listes indépendantes sur les 7 sièges réservés à cette wilaya. Les listes dites indépendantes sont déclarées majoritaires à Adrar (2 sièges sur 4), Tébessa 3, Guelma 2, Bordj Bou Arréridj 3, et en zone émigration Amérique-Asie 1. A Jijel, ils sont premiers à égalité (2 sièges) avec le FLN.
Lesdites listes indépendantes varient entre celles proches du FLN et du RND et celles des courants islamistes ou alors adossées à d'autres référents en dehors du politique comme c'est le cas du président du club de football de Annaba (Menadi arrivé deuxième derrière le FLN).
Dans cette wilaya, réputée comme étant l'un des fiefs des partisans de Abdallah Djaballah, exclu non seulement de la course mais de son second parti (MRN-Islah), c'est le MNND et Ennahda qui profitent de la crise d'El Islah (3 sièges seulement au total, dont celui de Djahid Younsi à Constantine, alors que le président Boulahia est battu à Alger). L'aile Djaballah de ce mouvement semble avoir tiré son épingle du jeu en réussissant 7 sièges mais sous les couleurs, semble-t-il, du MNND (Tlemcen, Blida, Illizi, Tindouf, Mascara, El Tarf et Annaba).
Multicolore
Dans quelques wilayas, les sièges sont partagés par un nombre élevé de partis, comme c'est le cas à Chlef (7 listes, dont 6 partis, ont eu les 11 sièges en jeu), Béjaïa (6 listes gagnantes, dont celles présentées par 5 partis), Blida (6 partis, dont Ennahda, MNND et ANR), Bouira (derrière le FLN et le RND -2 sièges chacun-, le RCD, le MSP, le MEN et une liste d'indépendants se partagent les autres sièges). A Sétif, 6 partis (FLN avec 5 sièges, RND 3, Infitah 3, MSP 2, -PNSD 2 mais annulés par le Conseil constitutionnel au profit du parti de Moussa Touati, FNA 2-, et aucune liste indépendante). Remarque de taille, le PT de Louisa Hanoune est le plus souvent bénéficiaire du plus grand nombre de sièges là où le FLN est déclaré majoritaire. C'est le cas notamment à Alger (11 FLN et 10 PT), à Skikda (respectivement 5 et 2), à Constantine (4 et 2), Boumerdès (3 à 2). Le PT est, par ailleurs, absent à Sétif, Tizi Ouzou, Béjaïa et Tindouf (dernier au classement des participants avec seulement 41 voix).
De son côté, le RCD obtient deux majorités (Tizi Ouzou et Béjaïa avec respectivement 7 et 4 sièges). Le RCD est premier, mais ex æquo, dans deux autres circonscriptions (Illizi 1, et émigration -zone France Nord- 1). Le RCD obtient 4 sièges à Alger, 1 à Bouira et 1 à Tipasa alors qu'il pouvait prétendre à des sièges dans certaines wilayas où il est éliminé de justesse de la course électorale, comme c'est le cas à Sétif (près de 10 000 voix), Guelma (plus de 7 000 voix), Boumerdès et Aïn Defla.
Le FNA est majoritaire à Relizane, en compagnie du FLN (2 sièges chacun), et est aussi premier mais pas seul à Tamanrasset. Le plus grand score du FNA est celui enregistré à Oran (3 sièges), puis à Sétif.
Suit un carnaval !
Pour le reste des partis n'ayant pas atteint le seuil des dix sièges, au-delà du débat autour de la fraude et du bourrage des urnes et en plus des allures de carnaval que lesdits partis microscopiques prennent dans leur intégralité, l'histoire retiendra que le seul et le premier député du sigle MDS aura été enregistré à Mascara.
Toujours au chapitre des «surprises», le PRA, après n'avoir compté par le passé qu'un seul et unique député pour l'ensemble du pays, est crédité de 4 députés, dont 2 (la moitié de son score) dans une seule wilaya (Tiaret) ! Le MJD de Mahdjoubi Chalabia se voit attribuer 2 sièges à Médéa. Pour le «gros» score de l'Infitah de Bouaacha (3 sièges à Sétif !), il s'agit de l'ensemble de ses représentants à l'APN (3 au total) ! Une Assemblée à laquelle à peine le quart des Algériennes et Algériens en âge de voter ont apporté leur caution. Pour tout le monde, et en plus des «terres électorales» telles que dessinées au profit des partis susmentionnés, il est clair que la cartographie de l'abstention est nationale.
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