Contrairement l'impression que laisse voir la liste des films sélectionnés dans cette fête du cinéma à cannes qui souffle cette année ses 60 bougies, le cinéma africain est bien au rendez-vous du 7éme art.
Il est présent au marché du film, dans les pavillons en bordure de mer, dans les masters class, les leçons de cinéma de réalisateurs comme Gaston Kaboré, Aduana Newton.
(CANNES, ENVOYE SPECIAL) - Sur la Croisette, adossé à la mer et à une centaine de mètres du Grand Théâtre Lumière, avec ses célèbres montées de marche, le pavillon des cinémas du Sud accueille les réalisateurs africains, asiatiques et sud américains. Il s'y dégage le parfum d'une intense activité d'échange, de débats et de partage d'expérience. A chaque jour ses rencontres, le matin du 22 mai, le réalisateur cambodgien Rithy Panh, auteur de « S 21, la machine de mort Khmer rouge » et de « Le papier ne peut pas envelopper la braise » (Fipa d'or 2007) et président de l'Arpaa (association pour la recherche, la production et l'archivage des documents audiovisuels) est venu raconter comment avec son centre de ressources audiovisuelles, le « Bophana », il est parvenu à sauver de l'oubli une partie de la mémoire filmique du Cambodge. « Il existe un droit à la mémoire, c'est-à-dire donner la possibilité à un peuple de revisiter son passé ». L'intérêt de Rithy Panh pour la conservation des archives audiovisuelles de son pays vient du constat que les décennies de guerres, de coups d'état et de la folie génocidaire ont effacé un pan important de l'histoire audiovisuelle du Cambodge parce que les éléments filmés ont été brûlés, détruits. « Plus que les millions de morts, soutient Rithy Panh, la politique Khmère rouge s'est employée à détruire une identité, une culture. Aujourd'hui, il ne reste du patrimoine audiovisuel cambodgien que quelques archives qui semblent attendre que le temps, la chaleur ou la poussière achèvent de les effacer ». L'urgence, en tant que cinéaste professionnel a été donc de faire prendre conscience que « la mémoire s'écrit au quotidien ». Dès lors, la conservation et la préservation de ce qui témoigne du génie humain s'inscrivent dans l'ordre des priorités. Mais faudrait-il avoir le personnel qualifié et les infrastructures pour stocker cette production audiovisuelle (de son et d'images) qui témoigne et offre au monde un autre regard.
Reconstituer la mémoire d'hier et d'aujourd'hui
Le centre Bophana, relais du message de résistance, de courage et de dignité de ceux qui ont survécu aux décennies de guerre est installé à Phnom Penh. Le bâtiment qui abrite le centre Bophana est un bijou architectural qui relève du patrimoine national des années 60. Le bâtiment a été baptisé par le cambodgien du nom de « Maison blanche » après sa réhabilitation entamée en 2005. Le premier travail du centre Bophana conçu par une association privée (Arpaa) est de reconstituer la mémoire d'hier et d'aujourd'hui en collectant sur le territoire et à l'étranger des images par des Cambodgiens et sur le Cambodge. Un travail qui se fait en collaboration avec le ministère cambodgien de la Culture et des Beaux Arts. L'intention première est d'offrir une vitrine diversifiée du patrimoine historique et culturel du pays. Une base de données trilingue (Khmer, anglais, français) ouvre au public l'accès gratuit aux différents documents. Le second intérêt du travail effectué dans ce centre repose sur la conviction que les images libèrent la parole et suscitent la réflexion et ne prennent leur sens qu'au contact du public. Fort de cette conviction, le centre est devenu un lieu d'exposition de photos anciennes, de spectacles d'art vivant, de projection de film et de conférences débat. Un lieu que fréquentent les élèves du primaire et les étudiants. Les archives au contact des instituteurs se révèlent être de magnifiques supports pédagogiques. Préservation et conservation de la mémoire audiovisuelle, contrairement à ce que soutiennent nombre de personnes ne signifient pas figer le temps, elles offrent selon l'expérience de Rithy Panh une possibilité de dynamiser et de renforcer le secteur audiovisuel. Comment ? : « En mettant bien sur en place des formations aux métiers de l'audiovisuel comme la restauration des images, en réalisant des documentaires, vidéos, des émissions radio, des photos sur les gens et leurs comportements en société ». Le projet pilote de Bophana en association avec Adaac (Association d'aide au développement de l'audiovisuel au Cambodge, de droit français) bénéficie de plusieurs partenariats dont l'appui du ministère cambodgien de la culture et des Arts, le Ministère français des Affaires Etrangères, l'Oif, Unesco etc.. L'expérience pilote de Bophana peut-elle faire tache d'huile en Afrique ?
Les possibilités dans un pays comme le Sénégal pour à répondre par l'affirmative puisqu'il existe les Actualités sénégalaises, l'école des documentalistes et archivistes et des projets individuels touchant à la conservation de notre patrimoine audiovisuel. Il reste à prendre conscience que le présent est notre patrimoine de demain et qu'une initiative peut bénéficier de l'appui de financement de l'état et des partenaires à travers le monde. C'est là tout l'intérêt de l'expérience de Bophana au Cambodge.

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