Port Louis — Sale temps sur le port. Une désorganisation totale affecte le transport maritime. Si les autorités ne s'accordent pas d'urgence sur un plan pour améliorer l'efficacité de ce secteur, le prix sera très lourd à payer pour notre économie. D'autant plus qu'avec le développement en Chine et en Inde, nous risquons de rater bien des opportunités pour les activités de transbordement.
Le problème remonte à longtemps, mais ses conséquences sont très visibles désormais. Cette semaine, il a pénalisé des importateurs forcés de prendre livraison des marchandises importées pour la fête des Mères après l'événement. Pour leur part, les industriels ont, lors d'une réunion officielle tenue jeudi dernier, exprimé une nouvelle fois leur exaspération face à l'accumulation de problèmes au port.
Les usines sont affectées tant au niveau des exportations qu'à celui des importations de matières premières. La lenteur des opérations portuaires et l'absence d'une liaison directe entre Port-Louis et l'Europe compromettent leur compétitivité. Des produits textiles mauriciens sont transbordés dans des ports d'Afrique et d'Asie avant d'être acheminés vers l'Europe. Du coup, de gros clients remettent en question l'image de notre pays comme une source fiable d'approvisionnement.
Ce ne sont pas uniquement les industriels qui sont victimes de la situation. Le transitaire Mike Wong faisait ressortir au début du mois, dans une déclaration à "l'express-économie" que "si la situation ne s'améliore pas, non seulement d'autres bateaux ne vont plus faire escale à Port-Louis mais des compagnies maritimes risquent d'imposer une surcharge sur le fret les consommateurs risquent d'en subir les conséquences".
Plusieurs navires évitent en effet Port-Louis, ne pouvant supporter ses retards. C'est le cas, par exemple, de "Maersk Drammen" qui était attendu le 29 avril mais qui s'est vu accorder une place à quai le 4 mai seulement. Ses armateurs ont demandé au capitaine du bateau de décharger ses conteneurs en Afrique du Sud. Il y a aussi le cas du "CGM-CMA Lavender" qui devait arriver à Port-Louis le 21 avril. Il a finalement mis le cap sur la Réunion. Le port de Port-Louis est devenu un lieu pestiféré.
À la Cargo Handling Corporation (CHC), on arguera que les conditions climatiques, le manque d'équipements, et des problèmes techniques avec les portiques sont les principaux facteurs derrière le chaos existant. Mais, la mauvaise administration est également un facteur qui a contribué fortement à la baisse de productivité dans le port. Cela devrait pousser le gouvernement à accélérer ses plans pour un partenariat stratégique entre la CHC et un opérateur réputé.
Il est vrai qu'il y a des décideurs au Conseil des ministres qui s'opposent à la modernisation du port sous prétexte qu'elle engendrera des pertes d'emplois, mais ceux-là ne peuvent pas tenir le pays en otage. D'ailleurs c'est à Madagascar, au terminal de conteneurs de Toamasina, géré par un opérateur international que seront créés les futurs emplois si on persiste dans l'inaction.

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