Port Louis — Elle est parmi les visages de la campagne "E si mo ti ena sida". Les bonnes causes, elle connaît. Peintre pour "montrer ce qui est beau", elle réalise aussi des installations, miroir de ses émotions.
Un port de reine. Jambes croisées sous sa longue jupe blanche. Contraste avec le sofa noir. C'est comme cela qu'elle est à l'aise. Pour mettre la musique des mots sur le flot tranquille de sa vie. Visage lisse, maquillage expert. Sultana Haukim tend au monde plus qu'un joli minois.
Quand elle a dit oui. Quand elle a été contactée pour la campagne de sensibilisation
"E si mo ti ena sida", Sultana Haukim, à la vue de ce concept qui utilise des visages connus pour stopper la stigmatisation, s'est dit, pourquoi pas. Artiste et bonne cause ont toujours été compatibles dans son univers.
Alors, elle s'est prêtée à la séance photo. Et pour une fois, on n'a pas vu ses fossettes rieuses. "Ce sont mes élèves au Pailles SSS qui me l'ont fait remarquer. Elles m'ont dit : Mademoiselle, pourquoi vous ne souriez pas ? Cela ne vous ressemble pas."
Mais ce n'était pas là l'essentiel. Le plus important était d'avoir capté leur attention. De diriger leur regard vers l'information et la prévention contre le sida. "Dans cette mesure, je crois que cela a marché."
Et tant pis pour ceux qui en voyant sa photo ont pensé : "que j'ai réellement le sida, que c'était une manière de faire mon 'coming out'. C'est dommage. La campagne cherche à combattre les préjugés, mais ils ont la peau dure. J'ai pu m'en rendre compte." Heureusement qu'à côté, quand Sultana va à la foire de tissus de Quatre-Bornes, sa ville, il y a ce gentil marchand qui l'a reconnue. Qui l'a encouragée.
Petit boniment de marchand pour allécher la cliente ? Sultana, qui fréquente les foires parce qu'elle réalise souvent ses propres vêtements, préfère croire dans les gens bien intentionnés.
Il est comme cela son univers. Tout dans le coloré. Sous ses pinceaux, il faut que cela brille, que cela pétille. à l'image de cette petite bonne femme de 30 ans qui ne fait pas son âge. Qui aime les fuchsias, les mauves, fuyant le marron et le gris. Petit rire de gorge, une voix modulée sur un volume bas. Une humeur qui se dit égale. Mais pas lisse.
Comme son travail. Sultana Haukim, c'est la dualité du peintre et l'inventivité de l'installation. "Les tableaux, c'est montrer ce qui est beau." Sur des surfaces à fort relief, relevées par du plâtre de Paris ou des matières collées sur la toile. "Les installations, c'est plus complexe. C'est soit un état dans lequel je suis, une réflexion ou une mémoire de ce qui m'a touchée."
Style qui émergera naturellement
Et n'allez surtout pas dire à la demoiselle qu'elle fait du décoratif. Ses yeux deviendront plus noirs, plus durs. Elle vous regardera fixement. Il faut dire que ses compositions, toujours pleines de feuilles collées sur la toile, de branches, de lune, de sable et de coquillage agrémenté de nacre pour son illusion tridimensionnelle, lui ont parfois valu ce commentaire. "Déco-ratif." Piquée à vif, l'artiste, des années après, refuse toujours qu'on la classe dans la catégorie du "juste pour faire joli".
Non, c'est à la catégorie des beaux-arts qu'elle veut appartenir. En laissant ses pinceaux dégoutter sur la toile, "parce que j'aime la pluie, j'aime l'eau". C'est pour cela qu'elle a deux diplômes : Teachers' Diploma in Visual Arts du Mauritius Institute of Education et BA in Fine Arts with Education, conjointement de l'université de Maurice et du Mahatma Gandhi Institute.
S'il y a une chose dans laquelle elle croit, c'est bien aux vertus du travail. Assidu, régulier. Unique moyen de progresser. Pour ne pas stagner. Seule dans sa chambre - c'est son lieu de repos et de travail, son atelier - Sultana essaye, mélange, tente d'arriver à quelque chose.
Car l'artiste, bien qu'elle ait du style, ne se vante pas d'avoir un style. Explique qu'elle est toujours dans l'expérimentation. "Cela finira par émerger naturellement." En attendant, quand cette ancienne du collège du Bon et Perpétuel Secours (BPS) termine ses cours à Pailles où elle enseigne le dessin depuis trois ans, elle retourne elle-même en classe. Façon de parler. En participant régulièrement à des collectifs. Cela lui plaît de rencontrer d'autres plasticiens, de travailler à leurs côtés, notamment lors des ateliers de l'association Partage auxquels elle a participé. Il y a deux ans, elle exposait en solo. Prochaine sortie : le Salon de Mai qui débute cette semaine. Sultana Haukim y présentera Cross-roads. Métaphore de sa propre voie ?

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