Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Dr Dolorès Nembunzu, «une femme ne devrait pas mourir ni garder des séquelles comme la fistule parce qu'elle a voulu donner la vie»

Kinshasa — « Une femme ne devrait pas mourir, ni garder des séquelles telles que la fistule en voulant donner la vie et un enfant ne devrait pas mourir en venant au monde ». Il n'y a pas plus saisissant ni plus édifiant que ce slogan de l'OMS pour traduire une bien triste réalité.

Dans tous les cas, Dr Dolorès Nembunzu en a fait sien pour justifier la campagne de soins gratuits des fistules qui va commencer le jeudi 31 mai 2007 à Kinshasa. Elle donne également certaines perspectives susceptibles d'orienter l'action gouvernementale, voire de toute la communauté pour une prise en charge sanitaire et sociale de qualité en faveur des femmes enceintes.

Directeur médical à l'hôpital St Joseph de Kinshasa, Dr Dolorès Nembunzu déplore non seulement le jeune âge auquel les filles accouchent, mais aussi la mentalité kinoise qui a tendance à minimiser l'état de grossesse. Selon elle, la grossesse n'est pas une routine, mais un état qui nécessite une attention particulière de toute la communauté, notamment des hommes parce que, à cette période, la femme court un certain nombre de risques. D'où, relève-t-elle, l'importance de l'information de la population en matière de santé de la reproduction qui inclut les infections sexuellement transmissibles, la planification familiale et l'accouchement pour permettre une bonne compréhension de ces risques dont les conséquences peuvent s'avérer graves sur la santé de la femme. Parmi ces conséquences, il y a la fistule obstétricale.

Faisant partie du personnel soignant impliqué dans la réparation des fistules pendant la campagne qui a lieu à Kinshasa grâce à l'appui de l'Unfpa, Dr Nembunzu explique que celle-ci s'inscrit dans l'objectif mondial d'éradication de la fistule dont la campagne a commencé en 2004 en Rdc. « Principalement, la campagne de Kinshasa vise à soigner au moins 50 femmes chez qui la maladie s'est manifestée », précise-t-elle.

QUID DE LA FISTULE

Selon Dr Dolorès Nembunzu, la fistule se manifeste par des pertes continuelles d'urines parfois des selles, chez une femme qui a connu un accouchement difficile et dont le travail (contractions) a duré plus longtemps que prévu, soit plus de 24 heures. Et pendant ce temps, la vessie et la paroi antérieure du vagin sont coincées entre la tête de l'enfant et l'os pubien. Si l'on n'intervient pas à temps, l'accouchement va se terminer par la voie basse, mais l'enfant sera mort. Et là où la vessie s'est coincée, il va se former un trou qui fera passer l'urine sans que la femme ne la contrôle. Si c'est le rectum qui se retrouve coincé, ce sont des pertes de selles qui vont se manifester.

Pour éviter un tel désagrément, Dr Dolorès Nembunzu invite les femmes enceintes à se présenter à la consultation prénatale, à aller accoucher dans les centres disposant d'un personnel qualifié et surtout à ne pas craindre la césarienne. Elle estime que la césarienne est un moyen par excellence de préserver la vie et la santé de la femme ainsi que de l'enfant en cas de complication pendant l'accouchement.

Mais, pour que les femmes intériorisent les différents aspects relatifs à la grossesse, sa prise en charge et les conséquences qui surviennent au cas où la prise en charge est déficitaire, Dr Dolorès préconise leur sensibilisation, leur instruction ainsi que la lutte contre les facteurs socioculturels qui freinent leur bien-être. Parmi ces facteurs, il y a la coutume nataliste qui incite les femmes à de nombreux accouchements ou à des accouchements précoces.

LE ROLE DE L'ETAT

Dr Dolorès interpelle aussi le gouvernement sur un certain nombre de choses. La première, c'est la prise en charge sanitaire de la population en général et celle de la femme en particulier. Selon elle, si on enregistre de nombreux dégâts lors des accouchements, c'est d'une part à cause de la négligence du secteur de la santé. « Le gouvernement doit agréer ce qui est agréable. C'est-à-dire qu'il doit se montrer rigoureux face au foisonnement des structures sanitaires, à la pléthore ainsi qu'à la qualification du personnel y engagé. Ce n'est pas le fait d'être formé qui accorde une qualification à un personnel de santé, mais c'est la pratique sur le terrain qui atteste la qualification », explique-t-elle. Aussi demande-t-elle au gouvernement de prendre en charge la formation continuelle du personnel de santé qui s'occupe des femmes qui accouchent. « La médecine, comme toute autre science, est dynamique. D'où, l'importance de la mise à niveau à chaque opportunité qui se présente », insiste-t-elle.

En bref, Dr Dolorès invite le gouvernement à être exigeant en matière de formation et qualification du personnel, surtout celui qui est déjà opérationnel sur le terrain. C'est dans le même contexte qu'elle justifie le choix de l'hôpital St Joseph pour soigner les fistules lors de la campagne. Au niveau national, précise-t-elle, cette formation hospitalière est déjà en avance par rapport à d'autres grâce à la fondation belge Fistula Aid à travers l'Ong belge Médecin sans vacances.

C'est par le canal de cette Ong qu'elle a suivi une formation sur le traitement des fistules en 2003. Toujours par le biais de Fistule Aid, la Coopération technique belge a financé la construction d'une salle d'opération et d'une salle d'hospitalisation de 10 lits. « Donc, il y a déjà ici une équipe qualifiée et une infrastructure adéquate pour une prise en charge des cas de fistule », affirme-t-elle en signalant que dix-sept femmes se sont déjà présentées pour se faire soigner depuis l'annonce de la campagne.


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