La Tribune (Algiers)

Algérie: Une enfance algérienne

Azzedine Chabane

2 Juin 2007


En dehors de la scolarisation pour laquelle des efforts sont réellement consentis, surtout en zones urbaines, la situation globale de l'enfance en Algérie n'incite pas à l'optimisme.

Pêle-mêle, se posent, et sinon même s'imposent, les problématiques de la santé, de la nutrition, de l'éducation morale et civique et, plus largement, de la culture et du sport qui, à entendre certains esprits branchés, seraient de l'ordre de l'utopie.

C'est une évidence qu'il y a deux catégories de jeunes dans notre pays : ceux qui ont tout, ou presque, et ceux qui n'ont rien, ou presque. Entre les deux, une faille qui illustre la faillite des gouvernements successifs, dont les plans, les programmes, les «réalisations» ont d'autant moins pesé sur le devenir de la jeunesse, et donc du pays, que celui-ci a dû affronter dix années de destruction et de régression conséquentes.

L'Algérie compte plus de 13 millions d'enfants, un vivier du futur ambitieux que chantent les responsables actuels, mais leur sort est en vérité déplorable. Exposés à tous les phénomènes qui minent la société -violence, exploitation physique et psychologique, drogue-, ils n'ont pour la plupart aucune forme de protection, même si l'Etat est signataire de la Charte internationale des droits de l'enfant depuis 1992. Les différents acteurs impliqués dans le programme de protection et de promotion de l'enfance jouent un rôle limité dont l'efficience n'est pas quantifiée, et pour cause. Que ce soit la famille, l'école ou le tissu associatif, il y a toujours quelque part des défaillances, plus ou moins tangibles, plus ou moins contraignantes, qui hypothèquent, au bout du compte, les efforts et les buts que revendiquent volontiers les pouvoirs publics, sans s'attarder sur les inventaires, d'un bout à l'autre du parcours.

Certes, l'enfant algérien est, toutes proportions gardées, moins à plaindre que celui de nombreux pays de par le monde et principalement du continent, voire de la région. Mais est-ce une raison nécessaire et suffisante pour pavoiser au-delà du raisonnable et donner à croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Il semble qu'au regard de nombreux cadres et commis de l'Etat, ce soit naturel, ne serait-ce que parce qu'ils observent l'enfance algérienne, dans sa globalité, à travers la lorgnette réductrice et trompeuse de leur propre milieu et de leur entourage.

L'Algérie, en ce qui concerne le sort de l'enfance, n'est absolument pas Alger et il serait éminemment souhaitable que les spécialistes, autant que les ministres et autres responsables du «dossier», puissent avoir un regard autrement plus concret de la vie quotidienne d'un enfant algérien à Sidi Ameur, Guemar ou Remka qui ne sont que le reflet d'une multitude d'autres endroits oubliés de tous.

Dire et faire ce que l'on dit. Un véritable défi à l'algérienne depuis l'indépendance. Un défi d'autant plus douloureux que l'écho des discours est aussi perçu par tous les enfants de ce pays, les citoyens de demain, qui n'osent plus rêver et qui n'ont d'autre sève nourricière que l'illusion d'un esquif futur leur permettant une improbable évasion.

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