Joseph DIEDHIOU
7 Juin 2007
interview
Rapports entre les jeunes et la Musique assistée par ordinateur, évolution du théâtre africain, diversité culturelle, tels sont les points soulevés par le musicien béninois, Jolidon Lafia, dans la deuxième et dernière partie de notre entretien.
Au-delà de la question des tabous, qui étouffent l'exploration de la musique traditionnelle, sentez-vous un engouement des jeunes autour de ce style ?
J'avoue que, lorsque je vois tout ce qui fourmille comme idéal dans la tête des jeunes, cela me fait peur. Parce que les jeunes sont plus attirés par les choses simples. C'est-à-dire que dans les ordinateurs, il y a des sons qui sont enregistrés dans les boîtes où les jeunes prennent des compositions pour faire du rap et autres musiques. Mais très peu de jeunes sont portés vers la recherche du savoir, vers la pratique de l'instrument, en somme vers la valorisation elle-même de nos traditions. Et cela me fait peur. Je me dis, qu'au-delà de la facilité que nous offrent les communications, avec ces sons qu'on met ensemble pour faire une musique en deux jours, je voudrais plutôt que les jeunes apprennent à jouer les instruments de musique et qu'ils apprennent à communiquer...
Le théâtre est-il pris à la 'légère' à l'image de la musique au Bénin ?
Le théâtre marche bien au Bénin. Parce qu'à chaque fois qu'il y en a, j'avoue que les salles sont pleines. Au début, cela ne marchait pas bien. Mais il a fallu que nous communiquions davantage pour que les gens commencent à venir massivement. Ils ont finalement compris que dans le théâtre, la vérité est dite sous une forme de geste, sans blesser. Et quand il faut blesser, il faut le faire aussi, car, lorsqu'on est malade, parfois il faut de l'alcool pour désinfecter la plaie. Le théâtre est là pour désinfecter la société.
Quel regard portez-vous sur le théâtre africain ?
Le théâtre évolue en Afrique. On voit de jeunes directeurs de compagnies. On voit de jeunes promoteurs de festivals, comme Macodou Mbengue du Sénégal avec le Fest'art. Le théâtre a dépassé son caractère de sous l'arbre à palabre. Quand on parle du théâtre classique, quand on parle de la danse contemporaine, quand les Occidentaux en parlent, il faut savoir que cela a commencé d'abord en Afrique.
C'est l'Afrique qui, à l'origine, faisait du théâtre classique. Cette dernière se faisait de manière à dénoncer les caractères. Parce que le comédien est un griot, un parolier, un communicateur du temps et de l'histoire. Et cela existait déjà en Afrique. On a vu que quand le Blanc est venu, il a essayé de tout disperser pour faire passer son message à travers les religions. Aujourd'hui, les Africains reviennent encore à la racine pour faire du théâtre un vecteur de communication. A côté de la musique et du sport, le théâtre est roi ! Parce qu'il véhicule à la fois le son, l'émotion et les gestes. De même, que le parler qui vient écraser cela pour dire la vérité.
Parfois, lorsque vous suivez une pièce de théâtre, vous êtes métamorphosés. En effet, le comédien prend dans le tas. Il prend tout ce que les gens font de bien et de mal. Il prend les faits de la rue, dans les bureaux, les chancelleries, les marchés, les hôpitaux, etc. Et il vous les sert d'une manière digeste. De sorte que tout le monde comprenne que la vie n'est pas seulement de donner ou de recevoir. Mais la vie, c'est un tout. Donc, le théâtre, c'est le miroir de la société. Et c'est pourquoi le comédien est un 'demi dieu'. Le metteur en scène est l'ami du créateur. Je trouve donc que le théâtre en Afrique bouge.
Parce qu'il permet de rapprocher les peuples. Je ne serais pas venu à Dakar, si le Fest 'art du Sénégal ne m'avait pas invité. Et bravo aux autorités qui ont compris que le théâtre est un vecteur de communication. Et que c'est de la haute diplomatie. Je pense que l'Afrique est bien partie parce qu'il y en a qui croient encore à la culture.
Quelle est votre approche de la diversité culturelle ?
Je crois vraiment à la diversité culturelle. On en a besoin. Elle est à l'image de la diversité de nos visages, de nos tailles, de nos couleurs, de nos démarches, de nos odeurs, de nos regards, de nos sourires, de nos gestes, etc. Je crois que la diversité culturelle est importante. Il faut d'abord favoriser cette diversité culturelle pour que cela puisse nous permettre d'en tirer les grandes lignes et de converger maintenant vers un seul et unique sens. Parce que l'Afrique est une et indivisible.
Que vous inspire cette réflexion de Senghor : 'la culture est au début et à la fin du développement' ?
Je vous assure que j'aurais voulu être un fils à Senghor. De part ce qu'il a fait, sa valeur, son sens de l'africanité. Ce monsieur n'est pas mort, il est là. Et il a vraiment fait un grand travail. Que ce soit à l'Université ou ailleurs, tout le monde a besoin de la culture pour se développer. Au Bénin, nous sommes tous des fans de Senghor. J'ai visité le théâtre national Daniel Sorano, dont on m'a dit qu'il a été construit depuis 1967, sous son égide. Cela signifie que Senghor était en avance sur sa génération.
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