L'Autre Quotidien

Côte d'Ivoire: Meiway, l'artiste visionnaire !

7 Juin 2007


Il est des succès discographiques qui marquent toute une carrière. Il est ainsi des succès qui vous collent comme une seconde peau toute la vie. Prononcer aujourd'hui Meiway ou Zoblazo, c'est quasiment désigner, évoquer la même chose. La chanson zoblazo originelle, qui swingue bien, avait placé Meiway sur orbite et lui a tellement réussi qu'il en a fait une sorte de talisman. Chacun de ses albums débute par la chanson zoblazo. Un signe distinctif, une sorte de seing privé qui devient à la longue un pesant écran de fumée sur la discographie de ce chanteur ivoirien.

Un écran de fumée que Meiway épaissit au fil de ses albums et qui, heureusement, laisse percer de temps en temps quelque lueur révélatrice des oeuvres qui édifi ent sur un chanteur qui trompe son monde avec un look mi-ado, mi rock-star un peu tape à l'oeil. C'est lui en effet qui, avant tous les médias et analystes politiques, avait prophétisé la crise qui a abouti à la partition de son pays, la Côte d'Ivoire. Mais le message n'avait pas été décodé par beaucoup car Meiway est poète et fait souvent dans des allusions et allégories subtiles, fruits d'un esprit alerte et raffi né. Pour annoncer ces jours sombres, Meiway fi t l'éloge de la folie face au développement effréné de la bêtise humaine en Côte d'ivoire, aux pesanteurs de l'administration et à l'avilissement de la politique. Le chanteur estima qu'être fou et privé de la raison permettrait, en effet, de se soustraire de cette cruelle réalité qui s'annonçait imminente.

Meiway est très engagé dans ses chansons, quoi de plus banal dans un pays où le pourcentage de chansons à caractère militant et politique est l'un des plus importants au monde. Mais, contrairement aux autres chanteurs ivoiriens, Meiway n'a pas le verbe cru, ni vindicatif. Et pourtant, dans six titres au moins, le chanteur évoque la situation politique de son pays et déshabille les hommes au pouvoir : «Kaboulé man», «Koliadja», «Achimango», « La sentence », « Le chant des martyrs », «Petoulet».

Prophète, pertinent et esthète

Quand la Côte d'Ivoire s'embrase et que les autres artistes décrient les ingérences extérieures et l'instrumentalisation des ethnies et des religions, Meiway, lui, chante «Abénan » et demande pardon aux immigrés burkinabé qui avaient été traqués et en appelle à la réconciliation entre les deux pays. Une position pas très populaire à l'époque (2001), mais dénuée de populisme et qui caractérise bien le personnage.

Depuis une dizaine d'années, Meiway est l'un des chanteurs africains qui a un champ de vision, d'investigation et d'inspiration très étendu. Ses albums sont un large tour d'horizon avec d'intéressants arrêts sur l'enfance, les minorités ou sur certains comportements déviants. Il dénonce la pédophilie dans "Adibébé", se préoccupe du sort des orphelins dans "Ahissan", exalte le respect et l'attachement aux parents dans « M'mapa », «Adjalou », « Gagloudji ». Et quand on vilipende les lesbiennes (« Les Lele»), le père de Zoblazo les défend avec une réponse à l'absurde: « Et si elles l'étaient devenues à cause de la rareté des hommes sérieux et fidèles ? ». Constat que fait une femme dans la chanson «Prends mais laisse » et qui dit à la maîtresse de son mari : « Je te concède le coeur de mon mari et même le fait de l'accaparer tous les jours de la semaine, mais à la fi n du mois laisse-le moi pour les salaires car j'ai des enfants à élever ».

Dans un registre plus léger, au sujet de ces filles et femmes qui font étalage de leur anatomie, Meiway constate dans la chanson « Voila String » que « Autrefois pour voir une femme nue, il fallait aller au cinéma, mais aujourd'hui c'est devenu cinéma cadeau dans la rue ». Et de s'interroger sur le string, ce sousvêtement qui, selon lui, ne couvre fi nalement rien : « Autrefois, pour voir la culotte de nos compagnes, il fallait les déshabiller ; aujourd'hui en plus de les déshabiller il faut leur écarter les fesses ».

Le tout n'est pas d'écrire de très beaux textes, encore faut-il savoir les rendre musicalement, les habiller. Sur ce plan, Meiway est un modèle qui devrait inspirer et stimuler une musique ivoirienne qui s'est entichée des animations qui ont enlaidi la musique congolaise et qui s'enlise dans la dépendance à ces musiques sans âme qui sortent des ordinateurs. On peut se demander de plus en plus si Meiway n'était pas le plus grand artiste musicien de la Côte d'Ivoire de ces quinze dernières années. Probablement, même s'il vit tout cela avec détachement. Meiway n'a jamais regardé ses pairs comme une concurrence, moins encore avec condescendance. Ainsi quand les puristes trouvent insensé que la vague des DJ ait une plus grande audience, Meiway lui va plutôt leur dédier la chanson « DJ Tassouman » en guise de respect et assaisonner même son dernier du «coupé-décalé ».

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