La ville de Rabat abrite ce mardi une rencontre autour des questions qui traversent le champ du cinéma et des problèmes qui interpellent la profession.
Cette rencontre est initiée par le ministère de la communication en collaboration avec le Centre cinématographique marocain. Le ministère de tutelle parle à ce propos des "assises nationales" du cinéma inscrivant ainsi cette rencontre dans la continuité des rencontres tenues sous la houlette du ministère : les assises de la presse, les assises de l'audiovisuel ce 19 juin, la boucle est ainsi bouclée dans une certaine urgence, la période n'est pas parfaitement indiquée, avant le grand déballage de septembre et son horizon d'interrogations si ce n'est d'incertitudes...
Le choix de convoquer les professionnels à débattre de la situation du cinéma au Maroc est d'abord politique. En fait, le prétexte qui réside derrière cette initiative est la validation d'une recherche intitulée "Etude diagnostique et stratégique pour le développement du secteur cinématographique au Maroc", travail réalisé sur une recommandation du Conseil d'administration du CCM par un cabinet de consultation international (Valyans Consulting). Cette étude est maintenant fin prête. Elle fournira le principal argument des débats abrités par les locaux des Travaux publics du quartier chic de la capitale, Hay Riad. Elle porte sur les thèmes de la production nationale, la distribution et l'exploitation, la production étrangère au Maroc, et enfin la promotion du cinéma
Ce n'est pas la première fois qu'une rencontre est organisée sur les problèmes du cinéma au Maroc ; ce n'est pas non plus la première fois qu'une rencontre est organisée sur la base d'une étude préliminaire. Le cinéma au Maroc a même été pendant très longtemps une affaire de discours. Une journée annuelle, le 16 octobre, a longtemps été dédiée à ce qui allait devenir un rituel consacrant cette tendance discursive, la première a été organisée le 16 octobre 1997 et la dernière le 16 octobre 2003.
Au début des années 90 et à l'occasion de la troisième édition du festival national du film tenue à Meknès, un important colloque a été organisé sur la base d'une étude, intéressante à plus d'un titre, réalisée en partenariat avec la faculté des lettres de Ben Msik avec notamment la publication d'une enquête sur les attentes du public. Depuis, le cinéma marocain a collectionné les journées d'étude et accumulé une vaste littérature de doléances, et un large référentiel de résolutions au point que lors de la dernière édition de la journée nationale du film et de guerre lasse, la profession a décidé d'adopter une résolution unique, celle appelant à un comité de suivi des résolutions précédentes.
Aujourd'hui, la situation a radicalement changé. Si ce n'est pas pour le meilleur, dans tous les cas ce n'est pas pour le pire. Le cinéma marocain vit une situation résolument optimiste, et forcément prometteuse. Dans tous les cas, porté par un réel dynamisme, il a accumulé une formidable expérience et bénéficie d'une réelle visibilité. Le cinéma marocain n'est plus un concept. Mardi à rabat, on ne va pas parler d'une abstraction mais d'une réalité, d'une action et d'une politique. Les assises se tiennent par un hasard heureux à la veille du démarrage à Tanger de la cinquième édition du festival du court métrage méditerranéen et au lendemain de la proclamation du verdict de la deuxième session pour 2007 de la commission nationale de l'avance sur recettes qui a fait bénéficier pour la première fois de la jeune histoire du cinéma marocain, un projet de la somme de cinq millions et demi de dirhams. L'étude stratégique est venue d'ailleurs signifier les nouvelles ambitions de ce cinéma, lui tracer des perspectives pour la décennie à venir (2007- 2017).
Elle part d'abord d'un constat. Une évaluation diagnostique permet en effet de souligner les atouts existants, les lacunes et les leviers pour assurer le décollage d'une véritable industrie du cinéma. Quelles en sont les grandes lignes, secteur par secteur ?
Les conclusions de l'étude et sa synthèse sont disponibles sur le site www.ccm.ma. Elle s'articule autour des axes suivants: la filière distribution exploitation, la filière production nationale, la filière production étrangère au Maroc. Pour chaque axe, l'étude présente la synthèse du diagnostic, la synthèse de stratégie, la synthèse des plans d'action pour la décennie 2007 - 2017. Si l'on prend l'exemple de la filière production nationale, la stratégie retenue vise à l'horizon 2017 à multiplier par cinq la production nationale annuelle de longs métrages pour passer d'une moyenne de 8 films à 40 longs métrages par an. Doubler le budget moyen par longmétrage pour passer d'un budget moyen de 5 à 10 millions de dirhams.
Atteindre une part de marché de la production nationale de 30% en termes d'entrées, contre près de 13% en 2004. Exporter 20% de la production nationale annuelle, soit 8 longs métrages marocains. Les impacts économiques de cette stratégie sont évalués par l'étude comme suit : investissements réalisés par la production nationale 400 millions de dirhams ; emplois : passer de 21.300 à 40.000 ; la dotation du Fonds d'aide : passer de 36 millions de dirhams (en fait 50 millions actuellement) à 100 miluions de dirhams ; recettes d'exploitation générées par les films nationaux estimées à 100 millions de dirhams.
Les stratégies proposées pour les autres filières tournent logiquement autour du développement du secteur de la production. Un autre élément a été souligné dans le cadre de l'organisation des assises, celui de la promotion du film marocain et de l'ensemble de l'activité cinématographique.
Les réflexions menées par les professionnels et les propositions qui seront formulées tâcheront certainement d'offrir les meilleurs atouts au secteur du cinéma pour rendre irréversible la dynamique actuelle. Le cinéma, faut-il le rappeler, est un secteur fragile, tributaire de plusieurs facteurs et particulièrement le facteur socio-culturel. Les chiffres et les statistiques ne font pas un cinéma. Le cinéma se nourrit d'une ambiance générale avec une synergie entre volonté publique, culture de liberté, de tolérance et implication d'une profession dynamique et aimante de ce qu'elle fait.

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