«Ici (Dougga), donc, plus qu'ailleurs, l'archéologie et l'écriture se conjuguent pour offrir des moments d'histoire et des scènes de la vie quotidienne rarement perceptibles ailleurs. Tous ces moments peuvent être relativement bien racontés grâce aux vestiges encore visibles...», commence par écrire Samir Aounallah dans l'avant-propos de son récent livre Thugga-Dougga, ville romano-africaine de Tunisie.
Dougga impressionne aussi bien les chercheurs que les visiteurs. Il est un site à la fois spectaculaire et d'un intérêt exceptionnel. Par sa beauté et son intérêt historique, le site a été inscrit en décembre 1997 sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco, et, depuis 1991, il fait l'objet d'un aménagement en Parc archéologique national dans le cadre d'un projet présidentiel... Il est le site le mieux conservé et le plus complet de tous les sites de Tunisie.
Il s'est développé durant plus de dix-sept siècles. «Cité d'une belle grandeur » à la fin du IVe siècle av. J.-C. selon Diodore de Sicile, et première capitale du royaume numide selon certains modernes, Thugga est devenue une résidence royale sous Massinissa (198-148 av. J.-C.) et, ensuite, sous ses successeurs. Elle connut alors une période de grande expansion et de prospérité et devint un foyer vivace de la culture libyco- punique.
Dougga a livré les plus anciennes inscriptions libyques datées. C'est le seul site où se trouve attestée l'utilisation de l'épigraphie libyque pour des inscriptions publiques. Le plus connu de ses vestiges est le célèbre mausolée libyco-berbère dit d'Atban (fils de Iepmatath et de Palu). Il s'agit de l'un des rares exemples d'architecture royale numide. Ce tombeau de 21 mètres de haut est bâti au IIe siècle av. J.-C... Parmi les monuments figure aussi le Capitole : il s'agit d'un temple romain du IIe siècle dédié à la triade protectrice de Rome : Jupiter, Junon et Minerve. Au fond du temple se dressait une statue colossale de Jupiter. Les temples de Saturne et celui de Junon Caelestis sont d'un grand interêt. Le premier dédié à Saturne qui est l'héritier de Ba'al Hammon. Le second, le temple de Junon Caelestis, héritière de la Tanit punique, vaut pour l'excellence de la conservation de son enceinte sacrée (temenos) délimitée par un mur dont une partie importante subsiste aujourd'hui.
Le théâtre de Dougga est l'un des plus importants du pays. Construit en 168 ou 169, il est l'un des mieux conservés de l'Afrique romaine. Il pouvait accueillir 3.500 spectateurs, alors que Dougga comptait 5.000 habitants. Sa dédicace, gravée sur le fronton de la scène et sur le portique qui dominait la ville, rappelle que «P. Marcius Quadratus, fils de Quintus de la tribu Arnensis, Flamine du divin Auguste, pontife de la Colonia Julia Karthago, appelé dans les cinq décuries par l'Empereur Auguste, Antonin le Pieux, a construit de ses deniers pour sa patrie, en reconnaissance de la dignité de Flamine Perpétuel, un théâtre, élevé depuis les fondations, avec des basiliques, des xystes, une scène avec des rideaux et une ornementation complète et à l'occasion de la dédicace, il a offert des représentations scéniques, des distributions de vivres, un festin et des jeux gymniques».
A cela s'ajoutent l'arc de triomphe, des établissements thermaux publics...
Le site est également riche d'une importante collection de mosaïques figurées: Ulysse résistant aux chants des Sirènes, Cyclopes forgeant les foudres de Jupiter dans l'antre de Vulcain, Dionysos châtiant les pirates et tant d'autres encore qui contribuent à la gloire du Musée national du Bardo.

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