DIEUMERCI MONGA MONDUKA
22 Juin 2007
Kinshasa — Dimanche. Lundi. Mardi. Trois jours de spectacles à l'«Espace Ngoma » à Kisangani. C'est la grande première mondiale de la pièce « Africare ». La pièce déclenche beaucoup de moments d'émotions. Le théâtre, c'est la vie, c'est l'action.
Il s'y passe toujours quelque chose, et le public ne reste pas indifférent. Tantôt, il rit. Tantôt, il pleure. Tantôt encore il éprouve toutes sortes d'émotions plus complexes.
Dimanche, jour terne. Le soleil de l'après-midi est propice au divertissement. Des idées traversent les esprits. L'heure est à la récréation. Des jeunes et vieux « tolekistes » gambadent, font des roulades et se lancent dans une espèce de cause poursuite 19 heures. L'ambiance est assez bon enfant à l'«Espace Ngoma » qui a une jauge de plus d'une centaine de personnes. Le public qui arrive par l'entrée principale est du coup frappé par la beauté du décor. « Que va-t-il réellement se passer sur ce plateau ? », se demande-t-il. Dans les coulisses, les six tourteaux ont hâte de retrouver le public, leur complice de toujours « Moi ce que j'aime, c'est ce qui marche », a dit avec un certain cynisme rageur, le metteur en scène Lorent Wanson. « Je le pense toujours. Il est indispensable d'avoir du succès pour être libre de perdre sur des canards boiteux que l'on aime », renchérit-il.
SPECTACLE AHURISSANT
Une évolution, certes. Les trois représentations ont suscité de vives réactions. Réactions de ceux qui ont survécu à la guerre de six jours à Kisangani. Retours aux sources. Ces tristes événements ont coûté la vie à plus de trois millions de personnes et font des milliers de blessés. Cette guerre, la plus meurtrière a été occasionnée par les troupes armées rwandaises et ougandaises à Kisangani, où plus de 6.600 obus ont été tirés.
La pièce déclenche beaucoup d'émotions. On pouvait entendre dans la salle quelques réactions du public : «C'est ce genre des spectacles qu'on a toujours voulu voir jouer sur scène. Un spectacle qui dénonce le méfait de la guerre. Il est donc temps de jouer autrement ».
«Africare » est un voyage à travers un pays immense et magnifique, à travers des récits jamais racontés par les voies officielles, à travers des mémoires et des richesses culturelles foisonnantes. En quatre langues, en chant, en danse, en choeurs et en images. Un hommage à la vie, à l'humanité.
Il ne s'agit pas d'un spectacle sur la République démocratique du Congo, ni sur l'Europe La pièce rend hommage à la vie et à l'espoir. Il s'y passe des choses drôles. Des témoignages très poignants non seulement sur la guerre, mais aussi sur la prostitution, la démobilisation, etc.
UNE COMEDIE SUCCULENTE
Conçue, préparée, organisée et mise en scène en prévision du festival culturel multidisciplinaire «Yambi », la pièce associe l'artisanat et la technologie. Du théâtre élitiste ? Oui ! Mais franchement revisité et ponctué d'intermèdes musicaux cocasses aussi inattendus que délirants. Une comédie succulente qui nous amène à l'évidence que la guerre n'est pas bon.
Le comique de ce spectacle repose sur le rythme explosif de ses personnages et les situations de plus en plus inextricables dans lesquelles ils s'enfoncent. La mise en scène de Wanson s'appuie sur une distribution parfaite et simplifie les jeux de scène en dédoublant intelligemment l'espace sur le plateau. Elle donne au texte une âme et une profondeur. Une pièce drôle, servie habilement par six comédiens dont deux de Bukavu, deux de Kinshasa et deux de Kisangani.
Icare, première, deuxième, troisième, quatrième et cinquième partie, la pièce évolue progressivement vers l'effet comique. Le quiproquo du départ se transforme en une situation ubuesque et les jeux de scène se succèdent à un rythme endiablé.
Les déplacements sur scène des artistes rendent le spectacle plus vivant, plus attrayant. La démonstration est époustouflante. Nonobstant le sabotage d'électricité, il va falloir d'ailleurs l'oublier assez rapidement, les comédiens, danseurs et musiciens ont fait mieux. Ils respirent la maturité et suscitent l'admiration.
Quand le spectacle s'achève sur la scène, le public prend la relève à sa façon dans les foyers et les bistrots, racontant en s'efforçant de faire vivre à ceux qui n'étaient pas là les bons morceaux retenus.
PRODUCTIONS A KINSHASA
Accompagné de commissaires généraux de « Yambi », Yoka Lye et Jacques Deck, le délégué de la Communauté française de Belgique et de la région wallonne, Fredy Jacquet, a salué l'engagement et le dynamisme des comédiens. Magnifique. Par ailleurs, le plus grand mérite de Lorent Wanson, affirme-t-il, c'est d'avoir imaginé beaucoup de choses dans ce spectacle.
Lorent Wanson est allé au coeur même de blessures enfouies, sur les collines abandonnées où des expressions jaillissent dans des mouvements remplis à la fois des forces ancestrales, des gestes traditionnels qui deviennent danses ou chants, des fables dans lesquelles ont baigné les différentes réalités
« Nous avons adapter le mythe d'Icare à une histoire non-exhaustive de la région. C'est un moment de bonheur pour un metteur en scène et pour les comédiens», conclut Wanson. Trois productions sont prévues à Kinshasa les 23, 24 et 25 juin à L'Ecurie-Maloba, au Ciaj et Centre Wallonie-Bruxelles.
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