Emilie Delpeyrat
23 Juin 2007
Y a-t-il meilleure recette que la littérature enfantine pour l'apprentissage d'une langue étrangère ? Oui, la scène ! Les élèves de primaire de l'Institut Juan Ramon Jimenez de Casablanca l'ont démontré avec brio en interprétant deux oeuvres populaires, Le vilain petit canard et Charlie et la chocolaterie.
Deux cartes maîtresses de la littérature, l'un conte, l'autre roman ; a priori, deux étrangers l'un pour l'autre. Le théâtre réussit le tour de force de les réunir dans un lieu ouvert à toutes les audaces littéraires : la scène. Décomplexé, le mélange des genres aurait pu être explosif. Il claque, certes, mais comme une bise rafraîchissante. Le chassé-croisé scénique des registres littéraires appelle bien d'autres surprises. Sans fouler au pied les codes ni l'esprit des deux oeuvres, la mise en scène hérisse juste comme il faut le poil de leurs gardiens autoproclamés. Le vilain petit canard répand le premier un doux parfum d'innovation dans le théâtre de l'institut Juan Ramon Jimenez. Le metteur en scène n'a pas eu besoin de jeter un pavé dans la mare pour rendre attrayant ce classique de la littérature enfantine.
Le vilain petit canard barbote déjà dans un jus délicat dans lequel on aime à tout âge tremper ses lèvres. Le vilain petit canard, c'est d'abord un destin, celui d'un cygne né sous les traits disgracieux d'un poussin trop chétif pour les uns, trop grand pour les autres. Il devra affronter les quolibets, essuyer le mépris des siens. Traîner sa solitude avant une mue, inattendue, qui le pare d'une grâce nouvelle, celle des cygnes blancs. L'innovation glisse sur la surface de ce conte aquatique avec légèreté. Les décors, comme les costumes sont tout droit sortis de l'imagination des enfants. Une fois n'est pas coutume, c'est à une narratrice, présente sur scène, que le soin de rendre explicite l'histoire en cours a été confié. Un aller-retour bien senti s'installe entre la narration et les dialogues des comédiens présents sur scène. Pari gagnant !
Charlie et la chocolaterie nous invite dans l'univers sucré du chocolat. C'est avec le secours des lutins Lumpas-lumpas que nous pénétrons dans l'imprenable forteresse de Mr Willy Wonka. Nous y ferons la connaissance de Charlie, dépositaire del'un des cinq fameux tickets d'or ouvrant les portes de la mystérieuse fabrique de chocolat. Les quatre autres enfants désignés par le sort lasseront de leurs caprices le fantasque Willy Wonka. Sur le parcours, le péché de gourmandise leur sera fatal. Les décors, mobiles, mettant en déroute les lois de la gravité. L'esprit voyage dans les tuyaux de la jamais trop féconde imagination de l'auteur Ronald Dahl.
C'est avec beaucoup de spontanéité et de décontraction que les Lumpas-lumpas entraînent le public forcément conquis, dans une ronde musicale qui a le goût sucré de l'enfance. Difficile, une fois le rideau baissé de réprimer une irrépressible envie : laisser traîner encore longtemps le doigt dans cet alléchant pot de confiture.
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