Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Journée nationale du poisson

Kinshasa — Comment investir dans le secteur de la pêche en République démocratique du Congo ? La réponse à cette préoccupation é été au centre de la cérémonie grandiose présidée par le ministre d'Etat en charge l'Agriculture, Pêche et Elevage, Mobutu Nzanga, le dimanche 24 juin, à la cité de Kinkole, dans la commune de la N'sele.

C'était à l'occasion de la 40ème édition de la journée nationale du poisson. L'occasion était bien indiquée pour un grand rêve : revaloriser le secteur de la pêche pour une autosuffisance alimentaire. Le ministre d'Etat à l' Agriculture a affirmé qu' il s'emploie à changer les méthodes de travail pour affronter les nouvelles réalités. L'option a été levée pour « financer le secteur agricole ». Cap vient d'être mis sur la pêche industrielle.

« Cette journée doit désormais devenir celle de nouveaux challenges, car notre pays présente un tableau sombre dans le domaine de la pêche». C'est en ces termes que François-Joseph Mobutu Nzanga s'est adressé à des milliers de pêcheurs de la ville de Kinshasa et de ses environs et aux hommes d'affaires réunis à Kinkole pour la 40ème édition de la journée nationale du poisson.

En cette 40ème édition de la journée nationale du poisson, l'ambiance était chaude à la cité de Kinkole. Pour la plupart des participants, cette cérémonie a permis de revivre la « belle époque », où les pêcheurs étaient valorisés. Car, en effet, il y a exactement 40 ans, était annoncée et lancée à Kinkole même, la célébration de la Journée du Poisson par le maréchal Mobutu Sese Seko. L'ironie et le destin ont voulu que ce soit aujourd'hui un ministre « fils de son père » qui renoue avec ces vieilles bonnes habitudes.

Pour donner sens à son action, le ministre a remis, avec l'appui de nombreux partenaires, un important lot d'intrants de pêche à différentes associations de l'Union des pêcheurs, entre autres, des filets, de nylons, des hameçons et des machettes. Plusieurs prix ont aussi été remis aux lauréats de la course à pirogue, organisée par une société de communication de la place.

Mais qu'est-ce qui va changer dans la pratique ? Quel message nouveau les pêcheurs et tous les partenaires de ce secteur ont-ils besoin d'entendre au-delà de cette cérémonie devenue routinière ?

Nzanga Mobutu a exprimé sa détermination de s'employer maintenant à changer les vieilles méthodes de travail pour affronter les nouvelles réalités. L'agriculture, l'élevage et la pêche ne seront plus abordés de la même manière que dans le passé. C'est peut-être le même monde; mais ce ne sont plus les mêmes réalités et encore moins les mêmes problèmes, a-t-il dit.

Le ministre d'Etat à l'Agriculture a annoncé sa stratégie et sa politique de la pêche pour les cinq ans, ainsi que sa vision sur le statut des pêcheurs et la collaboration entre privé et public. « Mon ambition à la tête de ce département est bien entendu de contribuer à la réduction de la pauvreté, à la création d'emploi, à la création de richesses et surtout de contribuer à faire passer notre économie d'assistance à une véritable économie de production Je rêve de voir ce jour où tous les Congolais mangeront ce qui sera produit localement », a déclaré le ministre d'Etat.

Pour ce faire, Nzanga a fait savoir que le gouvernement entend travailler de manière harmonieuse et cohérente afin de maximiser les chances de la RDC d'être un pays compétitif à l'échelle mondiale. Car, le pays est aussi un scandale halieutique, notamment avec les mystères du Lac Tanganyika où les poissons meurent de vieillesse, les pêcheries de Vitshumbi ou encore les délicieux tilapias de Bukama.

« Mais en ce jour d'histoire, nous n'allons plus rester au niveau de seuls symboles ( ) la pêche peut nous aider à rencontrer ces résultats et à contribuer activement à la création de nombreux emplois rencontrant ainsi les priorités du Chef de l'Etat à travers les cinq chantiers. Voilà pourquoi, cette journée doit désormais devenir celle de nouveaux challenges ».

Evidemment, la RDC ne manquait de rien. Sur place à Kinkole, existait l'Office national de pêche, ONP Une chambre froide y était installée, permettant ainsi aux pêcheurs du Pool Malebo qui n'avaient pas réussi à écouler le poisson de les garder aux frais.

Outre l'ONP, il y avait un bateau frigorifique, « Ebale Mbonge ». Ce bateau sillonnait affluents et rivières pour acheter du poisson afin de ravitailler la ville de Kinshasa. Malheureusement, tout ce ceci n'est plus qu'un vieux souvenir à la suite de la mauvaise gestion.

Mais la zaïrianisation ayant apporté son chapelet de malheurs, la société Permaco, dans le Bas-Congo, est tombée en faillite. Qu'a-t-on fait de Congofrigo, Elakat dans la province du Katanga ? Des questions qui méritent des réponses pour rectifier le tir.

En fait, certaines personnes dont nous taisons le nom par pure décence sont devenues millionnaires grâce au poisson de Pweto. Nous saluons donc la décision du ministre d'Etat de revoir les méthodes de travail, car au Lac Tanganyika, dans le Lac Vitshumbi, l'ère de la pêche industrielle apportera un plus à l' agriculture de notre pays.

Tout en s'engageant dans la réforme du secteur agricole, Nzanga a peint un tableau sombre de ce qu'est devenue la pêche au Congo.

Comment en effet expliquer qu'un pays qui a un potentiel halieutique de 707.000 tonnes de poissons, pour des besoins de consommation limités à 450.000 tonnes, puisse importer plus de 150.000 tonnes de poisson par an ? C'est tout simplement ahurissant!

S'adressant aux pêcheurs du Congo, il a exprimé sa fierté face à leur détermination à perpétuer nos vieilles traditions pour en faire profiter à notre jeunesse. « Soyez encore plus nombreux à nous donner le goût du fleuve et de ses rivières, des lacs et de leurs mystères, de l'océan et de ses mers. Car, vous êtes le pont qui relie notre passé à notre avenir, nos traditions à la modernité ».

Aux hommes d'affaires congolais importateurs de poissons, il a fait savoir que le temps n'était plus à la facilité, mais plutôt à la tradition et à l'exigence de soi. Il les a exhortés à suivre l'exemple de la Société congolaise de pêche (SOCOPE), car notre tradition est de consommer ce que nous produisons. « Mais que sommes-nous devenus aujourd'hui sinon de simples étrangers consommant du tout-venant ? ( ) Je vous invite donc à plus d'engagement et de courage dans vos entreprises.

Veuillez retrouver la noblesse dans la création des richesses ». Il a ainsi invité les uns et les autres à trouver ensemble de nouvelles synergies pour une pêche moderne. Ce sont là de nouveaux challenges auxquels tous sont invités.

L'une des préoccupations du ministre Nzanga est de promouvoir un bon climat des affaires. Il l'a révélé lui-même. « Toute mon action au sein du ministère de l'Agriculture, Pêche et Elevage va tourner autour d'un objectif central: la mise en place d'un code agricole pour la promotion des trois «P», à savoir « Partenariat Public-Privé ».

Ce code qui va nous réconcilier avec notre passé, estime-t-il, se présente comme le cadre qui permet de solutionner l'ensemble des problèmes du secteur agricole: mise en place des politiques et des programmes mieux articulés sur une longue période, conception des incitations fiscales et administratives bien pensées, et octroi des garanties financières et foncières stabilisées.

Par ailleurs, le ministre d'Etat a indiqué la ferme volonté du gouvernement d'honorer sa promesse de faire de l'Agriculture et de la pêche l'une de ses priorités. « Pour donner un nouvel élan à cet important secteur et à cette journée du souvenir, nous allons proposons l'instauration d'un prix national de développement », a-t-il souligné.

Ce prix, organisé par un texte réglementaire, récompensera le 24 juin de chaque année, les pêcheurs ou les autres exploitants agricoles s'étant illustrés dans un de nos différents domaines d'activités suivant des critères à définir. Grâce à des supports médiatiques appropriés, les congolais pourront eux-mêmes désigner les lauréats de l'année.

La République démocratique du Congo dispose de vastes plans d'eau dont la superficie totale est de 86.000 km2 avec un potentiel halieutique de 707.000 tonnes exploitables annuellement. Le Lac Tanganyika dispose à lui tout seul de 40 % des ressources halieutiques du pays.

La production annuelle de poisson est estimée à 250.000 tonnes, soit environ 30 % du potentiel halieutique. Le nombre de pêcheurs en RDC est estimé à 400.000.

Si l'on considère qu'une famille de pêcheurs est constituée de 6 personnes, cela fait 2,4 millions de personnes, soit près de 4 % du total de la population congolaise vivant directement des activités de la pêche sans compter les intermédiaires, les commerçants, les fabricants de pirogues et autres, à qui la pêche apporte des revenus substantiels.

Bien plus, ce code va poser pour la première fois l'épineuse question du financement du secteur agricole. Il ne s'agit plus ici des demi-mesures, mais plutôt d'une solution structurelle dans une vision à la fois localisée et globalisée.

L'ensemble de cette dynamique sera inspiré d'exemples réussis de réforme globale du secteur et de l'activité agricoles non seulement à travers le monde mais aussi et surtout au niveau africain ou certains pays de l'Ouest et du sud enregistrent d'excellents résultats dans ce domaine.


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