Emilie Delpeyrat
26 Juin 2007
billet
La même signature, partout. En bas, à droite d'une aquarelle. En bas, à droite d'une peinture sur bois. En bas, à droite d'un tapis de laine. En bas, à droite d'une sculpture de bronze. Partout la même signature. Discrète, pudique, moins énigmatique que solennelle.
Hervé di Rosa, en toutes lettres. L'artiste français signe le retour de l'Art, un et multiple à la fois dans ses quartiers de noblesse, la bien nommée Villa des Arts de Casablanca. Mieux que Sisyphe, Hervé di Rosa traîne sa mallette de magicien sur les flancs escarpés des cinq continents de la création. Du dessin à la peinture. Du tressage de câbles électriques au graffiti. Son voyage «Autour du monde» repousse les horizons rétrécis de l'art académique. Pour ouvrir en retour de nouvelles perspectives à ses futurs héritiers. Ambitieux ? Hervé di Rosa a l'esprit large des visionnaires. Il n'en tire aucune vanité ni arrogance. Son oeuvre, aussi disparate soit-elle, ne cultive qu'une seule vertu : l'authenticité. Chacune des pièces de la collection présentée à la Villa des Arts exhale le parfum, parfois acre, le plus souvent généreux, du quotidien.
Celui des humbles, des badauds, des âmes sensibles. Un quotidien que le pinceau, le crayon, ou le chalumeau savent rendre ô combien fascinant pour l'oeil exercé des amateurs d'art. C'est avec pudeur que l'on s'invite à la table d'un repas familial où l'on partage généreusement les fruits de la dernière récolte. La maîtrise consommée du réalisme annonce bientôt celle de la fiction. Une cohorte de robots s'invite sur les murs immaculés de la Villa des Arts. Raides, ligotés par les rigides lois de la géométrie, ils sont les témoins privilégiés d'un monde qui les rêve serviles et les rend méprisables. Hervé di Rosa les aime. Le petit gars de Sète pourrait être le seul au monde à les chérir, ça ne changerait rien. Hervé di Rosa est un caméléon, un caméléon de convictions.
Quelques mètres plus loin, c'est avec circonspection que l'on suit cette fois les pérégrinations des «deux nigauds» chers à l'artiste. Bedonnants, houppette dressée sur leur crâne d'oeuf, les deux compères étalent leur sourire béat sur les murs de la médina de Tunis. Sur le tableau voisin, ils flottent, tout ahuris qu'ils sont, sur un tapis volant aussi fiable que le radeau de la Méduse. Plus fort que Lucky Luke, le héros des westerns, ces nigauds-là tirent plus vite que leur ombre.
On perd leur trace, l'instant d'une seconde, pour mieux les retrouver, étrangers en de lointaines contrées, toujours à l'affût du même miel : l'exotisme. Qu'ont-ils à nous dire, ces mutiques mais grassouillets mousquetaires des temps modernes ? Sous les traits de l'impayable nigaud, c'est à coup sûr Hervé di Rosa qui avance masqué sur des territoires qu'il va s'efforcer de découvrir avant d'imaginer leur alter ego sur le support qui se prêtera le mieux à l'exercice diplomatique de la représentation. Une précaution utile à qui veut se tenir loin des clichés et de l'ère nouvelle, celle du vide.
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