26 Juin 2007
Bujumbura — Une économie au pied du mur Après une longue et pénible période de guerre civile, le peuple burundais croyait enfin trouver les bases d'un décollage économique. En effet, paix, démocratie, développement étaient les slogans des nouveaux dirigeants.
La population avait crû, même les plus sceptiques avaient déjà investi dans la bonne foi de ceux qui allaient devenir une nouvelle classe bourgeoise. Deux ans après, les nouveaux gestionnaires de l'État ne sont toujours pas crédibles aux yeux de ces masses paysannes enlisées dans une pauvreté dont elles ne semblent pas pouvoir sortir.
Le Président Thomas Sankara avait probablement vu juste quand il déclarait : â-û Le plus important, je crois, c'est d'avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il faut s'asseoir et écrire son développement ; il faut s'asseoir et écrire son bonheur ; il peut dire ce qu'il désire. Et en même temps, sentir quel est le prix à payer pour ce bonheur. «
La population du Burundi est essentiellement agricole. Ce qui signifie que toute volonté de démarrage économique (certains parleront de relance économique) suppose le développement de l'agriculture et de l'élevage. Autrement dit, le développement des agriculteurs. Ces derniers parviennent à nourrir tout un pays au prix des efforts incalculables. Dans presque tous les pays du monde en général et en particulier au Burundi, la classe politique commande les destinées d'une nation. Chez nous, le gouvernement commande les destinées de plus de 6 millions d'âmes. Toute cette population n'a qu'un seul rêve : rompre avec la famine, les guerres, le désordre, &bref, passer de la pauvreté à un niveau de développement tel que préconisé par l'Indice de Développement Humain (IDH).
Dans cette pénible marche vers la réduction de la pauvreté et l'amélioration du niveau de vie de la population, les dirigeants y jouent un grand rôle. Le président de la république et son gouvernement sont concernés au premier chef. D'autres institutions et organisations comme le parlement, le sénat et&.les partis politiques ont aussi une responsabilité enorme dans ce processus de développement. Malheureusement, ces institutions affichent une attitude contraire au développement. Le parlement et le sénat veulent bloquer le fonctionnement du gouvernement. Les partis politiques sont dans la même danse. En voulant paralyser le fonctionnement de l'Etat, c'est tout le peuple qui est pénalisé. Ce qui est désolant, c'est que les présidents et gouvernements qui se sont succédés n'ont pas songé à changer le système. Ceci fait dire que le développement du Burundi est bâti sur une fausse fondation d'où il s'effondre chaque jour qui passe. Aucune session ordinaire ou extraordinaire, que ce soit du gouvernement, du parlement ou du sénat, ne s'est penchée sur les stratégies à mettre en Suvre pour cultiver les vastes plaines de l'Imbo, ou sur comment relancer le secteur du textile. Le COTEBU a été fermé poussant ainsi des milliers de familles à la mendicité. Demain, COGERCO, Air Burundi, SRDI pourraient aussi disparaître du paysage économique burundais. Le bas profil de formation de nos dirigeant est l'une parmi les multiples raisons qui expliquent ces difficultés du secteur économique. La plupart des administrateurs communaux ont un niveau de formation relativement bas pour faire face à la gestion de la commune. Certains sénateurs et parlementaires n'ont pas dépassé la 10ème. Leur rôle consiste à lever la main et percevoir salaire et indemnités incalculables. Si vous leur demandez d'élaborer une stratégie de développement de la circonscription dans laquelle ils ont été élus, ils vous regarderont en chien de faïence.
Une autre raison qui explique le recul économique est que les dirigeants servent leurs intérêts et non ceux du peuple qui les a mandatés. A cet effet, quelques exemples suffisent pour illustrer ces affirmations. On peut citer entre autre la récente création de la société Sogepu (Société de gestion des parkings urbains). Tout burundais est témoin de la cacophonie et des désordres qui ont suivi le début des activités de cette société puisque le dialogue et la concertation n'ont pas été mis en avant. Un autre exemple est celui du blocage au niveau du parlement et du sénat dans le but de paralyser la vie du pays. Les désordres dans la gestion du patrimoine public : vente de l'avion présidentiel Falcon 50, corruption dans divers marchés publics, le cas de l'annulation par le PNUD d'un marché de matériels médicaux, les désordres dans la circulation routière où les accidents se succèdent suite à une mauvaise surveillance de la police, les policiers eux-mêmes corrompus, la crise du ciment& sont autant d'autres illustrations de mauvaise gestion du pays.
Bref, on dirait que le Burundi n'est pas le nôtre. Un dicton rundi dit : â-û Gira aho uba wubahwe «. Au lieu de développer leur pays et les entreprises locales, les dirigeants actuels volent les richesses nationales pour développer les autres peuples. Souvenez-vous des marchés de livres scolaires, qui au lieu de les confier à la Régie de Production Pédagogique (RPP) ont été confiés aux entreprises étrangères. Nous ne sommes pas loin de ce que dit Axelle Kabou dans son livre intitulé : â-û Et si l'Afrique refusait le développement. « quand elle dit que : â-û Les africains restent persuadés que leur destin doit être pris en charge par des étrangers. L'Afrique noire reste profondément humiliée par l'idée même de développement considérant que c'est une tâche qui relève légitimement des obligations du colonisateur. Trente années de télé-alimentation, de télé-financement, de détournements divers ont, semble t-il largement convaincu les bourgeois africains que leur argent ne saurait servir au développement de leur continent. C'est là le rôle historiquement dévolu à l'ancien colonisateur.«
Le développement est d'abord perçu comme un état d'esprit, une façon de se comporter orienté vers un but à atteindre. Ensuite et enfin il est perçu comme la mobilisation des énergies et des ressources nécessaires pour les orienter vers l'atteinte du but. Tout cela est coiffé par une motivation du peuple et de ses dirigeants. Sans changer d'attitude, le Burundi ne tirera pas grand profit de son adhésion à la Communauté Est Africaine. Le pays devra abandonner certaines taxes dans le cadre des accords régis par ce marché. Les dirigeants continuent à arguer que le pays y gagnera, sans pouvoir expliquer comment, en des termes clairs. Quelle force le pays a-t-il pour pouvoir tirer profit de ce vaste marché ? Nous vivons un pays où les ambitions de développement ne riment pas avec les réalités économiques. En voyant notre rythme de travail, nos partenaires dans l'East African Community ne cessent de s'exclamer que le Burundi doit être soit producteur de pétrole, soit exportateur de diamants.
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