Taylor Toeka Kakala
28 Juin 2007
Jeannette Munihire n'a jamais quitté le Parc national des Virunga où elle a passé son enfance. Elle ne vivait que de la chasse et de la cueillette comme le reste de sa communauté, les Pygmées.
Lorsque le PNUD/UNOPS avait lancé un microprojet pour intégrer les Pygmées dans le reste des communautés de Rutshuru, à 70 km au Nord de Goma, ce fut une occasion propice offerte à sa famille de quitter le Parc. Le microprojet a consisté à apprendre aux Pygmées l'élevage des caprins afin de consolider la cohabitation avec les autres communautés et surtout de préserver le Parc, à la satisfaction des responsables de l'Institut congolais pour la conservation de la nature.
Deux chèvres ont été servies à chaque ménage. Au total, plus d'une centaine d'entre eux en ont été bénéficié. Résultats : la cohabitation des chèvres a favorisé celle des ethnies. Longtemps marginalisés, les Pygmées sont de plus en plus acceptés par leurs compatriotes. Cette acceptation s'est imposée à travers le pouvoir économique : le cheptel des caprins. Car, la chèvre constitue l'unité de mesure pour la résolution de plusieurs problèmes dans la région : les conflits, la dot, etc.
Par cette nouvelle activité, les Pygmées changent aussi leur mode de vie. A la place de la chasse et de la cueillette, ils passent à l'élevage. Enfin, ils sont partis du nomadisme au sédentarisme. Pour ce faire, le PNUD/UNOPS a collaboré avec une Ong des Pygmées dénommée PIDP, Promotion pour l'intégration et le développement des peuples Pygmées.
« C'est plus bénéfique cet élevage, mes enfants vont à l'école comme ceux des autres communautés, et je suis maintenant en mesure de payer la dot à mon fils qui voudrait prendre une fille non pygmée en mariage », s'est félicitée Mme Munihire. Pour sa part, M. Florent Runiga, un autre Pygmée, le mariage de M. Joseph Itongwa avec une femme de l'ethnie tembo est la preuve de leur acceptation par les autres communautés. « Nous avons d'autres cas des mariages mixtes entre Pygmées et non Pygmées », a-t-il insisté. Le mariage n'est que la face visible de l'iceberg dans cette acceptation.
C'est le cas des habitants de Burayi, à 5 km de Rutshuru centre, où les communautés d'accueil encadrent les Pygmées dans l'élevage des caprins. C'est ainsi que la cohabitation est entrain de se renforcer davantage. « Nous sommes impliqués dans l'intégration de nos semblables, car cet élevage nous concerne aussi », a indiqué Yvette Renato, de la communauté tutsi. Cependant, la communauté pygmée, comme le reste de la société, se bute à un problème.
A chaque fois qu'il y a affrontement armé dans la région, ce sont des pillages qui s'ensuivent. Et les Pygmées ne sont pas épargnés. Le cas les plus alarmant, ce sont les pillages enregistrés dans les localités de Kabindi, Butaro, Chanzo, où les Pygmées ont enregistré une perte de bétails de grande ampleur.
Malgré cela, l'engouement est de taille pour ces peuples qui, enfin, ont compris l'importance de l'élevage. Ils ont, pour cela, renforcé leur activité. « J'ai été victime de pillages et toutes mes chèvres ont été emportées, voilà pourquoi je viens d'acheter au marché pour reprendre l'activité », a indiqué Mme Louise Namuntu de la localité de Chanzo, dans le territoire de Rutshuru. Avant d'en ajouter : « Ceci va m'épargner de l'oisiveté. »
En dépit de cet engouement, il faut noter que les Pygmées ont encore besoin d'être accompagnés. Car l'élevage demande beaucoup d'engagement et de suivi d'un technicien en la matière. « Nous avons besoin de vétérinaire pour le suivi médical des nos bêtes, surtout, en cas d'épidémie», ont insistés les Pygmées de Burayi. Quant au directeur de l'Ong, il a souhaité que les Pygmées des autres contrées de la RDC aussi soient assistés comme leurs frères de Rutshuru.
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