Libération (Casablanca)

Tanzanie: Dar Bouaâzza, le calvaire du voisinage

Ayoub Akil

2 Juillet 2007


Pour mieux se rendre compte des relations sociales dans les bidonvilles, il faut se pencher sur celles existant à Dar Bouaâzza.

Et même si le karyan abrite des bidonvillois de longue date, il ne constitue rien d'autre qu'un camp de regroupement que ses habitants considèrent comme le "bidonville à problèmes".

Là aussi, les relations sociales des habitants se centrent autour des relations de voisinage. En dépit de la fréquence quotidienne des problèmes de voisinage, ceux-ci prennent rarement une tournure dramatique, sauf en ce qui concerne le cas de plusieurs familles par baraque. Mais de manière générale, les conflits sont vite dépassés. « Les gens ne s'entendaient pas, les disputes étaient fréquentes, à cause surtout des enfants. Mais malgré les disputes, on oubliait vite. », se rappelle, Rachid, 29 ans, ancien résident à Dar Bouaâzza.

Lorsque se déclare un conflit qui risque de dégénérer, un système d'arbitrage est mis en place selon les dires des habitants. Abdelkarim Maâzouz, un autre bidonvillois, nous rapporte que le groupe de voisinage exerce « sa propre autorité morale et force intégrative pour réconcilier les personnes en conflit". Et c'est généralement à un homme connu pour sa respectabilité et sa neutralité qu'est dévolu le rôle d'arbitre. Il aura alors à s'interposer entre deux parties adverses jusqu'à taire le conflit en question. Abdelkarim se rappelle que son père décédé jouissait d'une très bonne réputation au karyan, et cela en raison de son rôle d'arbitre lors de conflits.

Ainsi, faut-il voir dans cette forme de régulation des conflits sociaux la survivance de configurations sociologiques traditionnelles. Actuellement, il est de plus en plus rare de retrouver ce type de régulation des conflits, si ce n'est par ce que quelques personnes se référent généralement à une situation passée, révolue et peut-être bien meilleure qu'avant. Ainsi, ce système d'arbitrage fait-il particulièrement défaut pour les familles déracinées du douar. L'épicier du coin nous le confirme explicitement. « Lorsqu'il y a des bagarres au douar, plus personne ne vient se poser en arbitre de la situation. Chacun se montre et se monte contre son prochain". Mais pour lui, c'est compréhensible qu'il y ait des disputes lorsqu'il est fréquent de trouver à Douar Bouaâzza trois familles loger dans une seule baraque.

Le rôle d'arbitrage des conflits semble être de moins en moins opérationnel. On peut craindre dans l'avenir, avec la montée de l'anonymat, la perte de cette caractéristique particulièrement efficiente du milieu social bidonvillois.

Sous ses bons aspects, la promiscuité crée une solidarité de groupe opérationnelle. Celle-ci n'existe pas en soi, elle a été façonnée par contrainte. Dans ses mauvais aspects, elle touche à des problèmes pratiques de la vie quotidienne. Telles l'utilisation des W-C. et la collecte de l'eau. Mais, elle empêche par ailleurs l'habitant d'être indépendant vis-à-vis de son voisinage, et ces aspects de la promiscuité influent aussi bien sur les conditions d'habitat que sur les relations sociales.

Pour ce qui est de la cause des conflits entre bidonvillois, un premier niveau de déclarations permet de retenir une explication assez simple. Les enfants sont à la source des

S'ils sont souvent prétextes aux problèmes de voisinage, les enfants ne sont pas les seuls à les créer des problèmes. Ils touchent également les femmes qui, dans le cadre de leurs activités ménagères, connaissent plus que les hommes les difficultés journalières de la collectivité bidonvilloise.». A retenir l'exemple de Mohamed Ben Tahar qui pense que ce sont les enfants qui sont souvent « à l'origine des disputes entres les femmes. » Mais, généralement dans le milieu bidonvillois, « les disputes des femmes commencent par exemple lorsqu'elles font la queue pour chercher de l'eau dans les W-C. » ajoute-t-il.

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