Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: L'envolée des cours du pétrole, conjoncturelle ou structurelle ?

Faustin Kuediasala

5 Juillet 2007


Kinshasa — La hausse est survenue quand on l'attendait le moins, au lendemain de la deuxième guerre du Golfe, en avril 2003.

On tablait alors sur une augmentation de la production irakienne et le retour à un prix d'équilibre physique estimé autour de 25 dollars le baril (25 Usd/baril). Mais les prix du pétrole sont repartis à la hausse au cours de l'été 2003, atteignant 29,4 dollars le baril en moyenne en août. Aujourd'hui, les cours se pointent autour de 70 Usd le baril. Le prix du pétrole retenu ici est le prix du Brent, pétrole « léger/doux », le moins cher à raffiner, qui fait référence pour le marché européen.

Trois facteurs sont généralement avancés pour expliquer la flambée des cours observée notamment depuis 2004. D'abord, une forte demande mondiale émanant notamment de la Chine, désormais second importateur mondial derrière les Etats-Unis.

Ensuite, les tensions géopolitiques (Venezuela, Nigeria, situation au Moyen-Orient, affaire Ioukos en Russie, faiblesse des stocks pétroliers et insuffisance d'investissements dans les capacités de raffinage aux Etats-Unis). Enfin, une vague de froid en Europe et aux Etats-Unis, début 2005, qui pousserait à des achats massifs de nature spéculative.

La spirale de la hausse se poursuit en dépit du maintien de l'offre globale de pétrole brut qui sert à couvrir les besoins de consommation. Ainsi, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'offre mondiale de pétrole au 2e trimestre 2004 a excédé la demande de 150 000 barils/jour en moyenne. Les stocks de brut dans la zone OCDE ont continué à progresser (69% de la production consommée en 2002 contre 75% en 1973) et représentent, en 2005, près de 80 jours de couverture des besoins.

Il est évident aujourd'hui que la hausse des cours du pétrole depuis 2003 a eu un impact sur l'économie, sur la facture énergétique et l'inflation notamment, mais il est moindre que lors des chocs pétroliers de 1973 et de 1979. Pourquoi ?

La part du pétrole dans la production mondiale d'énergie a diminué au cours des 30 dernières années : en 2004, elle représente le tiers de la production contre environ la moitié en 1973. Les pays de la zone OCDE sont devenus moins dépendants du pétrole grâce à des moyens de transport et de chauffage plus économes, un recours accru au gaz et au nucléaire et une montée en puissance des services.

Conséquence logique de cette plus grande autonomie vis-à-vis du pétrole - à l'exception des pays en voie de développement -, l'inflation est de moins en moins sensible à l'évolution des cours de l'or noir. De plus, dans un contexte de mondialisation et de concurrence accrue, les entreprises sont davantage tenues de limiter la répercussion de la hausse de leurs coûts de production sur leurs prix de vente.

Estimant la hausse des cours du pétrole de nature conjoncturelle, les gouvernements de certains pays de l'OCDE ont apporté des aides ponctuelles pour certaines professions particulièrement touchées comme les marins pêcheurs, les transporteurs routiers et les agriculteurs. Cependant, les avis sont partagés sur l'impact réel de fortes fluctuations des cours sur l'activité économique. De même aussi, il y a rarement unanimité sur les causes évidentes de la forte montée des cours de brut sur le marché mondial.

Mais, parmi les analyses qui confortent l'assertion du caractère conjoncturel de l'envolée des cours du pétrole figurent les projections faites par le ministère de l'économie et par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et l'OCDE. Pour le ministère, une augmentation de 20% début 2006 (le baril de Brent passant de 35 dollars à 42 en moyenne) se traduirait par un ralentissement de la croissance de 0,1 point en 2006 puis 0,2 point en 2007 et 2008. Avec une augmentation d'un demi-point de l'inflation au bout de 2 ans, l'effet sur les finances publiques serait quasi nul.

A plus long terme, quel effet aura la hausse du prix du pétrole ? A l'horizon 2050, toutes les prévisions indiquent que l'accroissement de la demande d'énergie primaire se poursuivra à un rythme soutenu dans les prochaines décennies et que la part du pétrole dans ces besoins restera prédominante. La hausse de la demande de pétrole accélérera l'épuisement de la ressource, les nouvelles découvertes de gisements pétroliers étant de plus en plus rares.

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