Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Quel avenir pour la littérature congolaise?

Kinshasa — Parti d'une vingtaine d'écrivains connus en 1960, la RD-Congo compte de nos jours 250 à 300 écrivains. C'est à partir de 1965, année qui marque la fin des imbroglios politiques et la naissance de la 2ème République, que la RD-Congo connaît une fécondité dans le domaine de la production littéraire.

Cette situation est doublement favorisée, d'une part, par le nombre toujours croissant des diplômés d'universités et d'instituts supérieurs et d'autre part, les efforts déployés par les pouvoisr publics pour la promotion de cette littérature.

Jusqu'en 1965, on pouvait mettre en doute l'existence d'une littérature congolaise. Après la publication par le ministère de la Culture et des Arts d'une liste bibliographique des écrivains congolais en 1970, la parution de la Bibliographie littéraire de la République du Zaïre : 1931-1972 de Mukala Kadima-Nzuji et une série de ses articles critiques sous le titre de « Littérature au Zaïre après l'Indépendance dans la revue Zaïre-Afrique, les auteurs congolais d'expression française prouvée.

Méconnue du grand public, il fallait bien la faire connaître de ce dernier. Après les pionniers de cette littérature que sont Antoine-Roger Bolamba, Paul Lomami Tshibamba, V.Y. Mudimbe, Georges Ngal, Mukala Kadima-Nzuji, Gaby Sumaïli, etc., bien d'autres écrivains -encore jeunes certes- sont venus à la rescousse. On doit aussi leur rendre justice en faisant découvrir à un large public leurs oeuvres pour que celles-ci puissent aussi, à leur tour, être appréciées à leur juste valeur.

Cette littérature, qui était appelée à un bel avenir au regard de son rayonnement dans les années 1970 et 1980, aujourd'hui stagne et est devenue l'ombre d'elle-même. A quoi est dû cet état des choses ? En effet, deux obstacles majeurs sont à la base de cette situation, à savoir le problème de l'édition et celui du public.

Le problème de l'édition est l'un des plus grands obstacles. Les écrivains congolais, de plus en plus nombreux, n'ont pas de facilités de publier. Lorsque quelques maisons d'édition existaient encore (Bibiso, Eza, Lokolé, Les Presses Africaines, etc.), les conditions d'accès y étaient très difficiles. Ce qui n'était pas de nature à arranger les choses.

Aujourd'hui, - à l'exception des maisons d'édition à préoccupation scolaire (Afrique Editions, CRP, etc.)- il n'existe presque pas de maison d'édition principalement à vocation littéraire. Or, la plupart des écrivains sont jeunes et matériellement instables. N'étant pas en mesure de participer aux frais de la publication de leur livre, certains se découragent vite et -ne s'efforcent pas de concevoir des oeuvres consistantes quant au contenu et belles quant à la forme.

Certes, certains intellectuels - de surcroît eux-mêmes écrivains-, soucieux de promouvoir la littérature congolaise, créent des maisons d'édition. Mais, que constate-t-on ? Ils publient, en priorité et jusque-là exclusivement, leurs propres oeuvres. Ce sont, entre autres, les cas des Editions Dombi Diffusion de Masegabio Nzanzu (Le Centre demeure et Fais-moi passer le lac des caïmans), des Editions Clairière de Buabua wa Kayembe (Mais les pièges étaient de la fête et Dieu sauve l'Afrique), de l'Echo des écrivains zaïrois de Kiluba Mwika Mulamba (Larmes d'amour, Le tatouage sacré, Non ! poèmes, etc.), et tant d'autres.

Avec la crise multiforme et persistante depuis de nombreuses années déjà -elle remonte en effet aux mesures de zaïrianisation de la Deuxième République en 1973-, ce problème va encore durer longtemps. Or, il est indispensable que les Congolais puissent se faire connaître d'abord chez eux, en éditant leurs propres textes à partir de leurs maisons d'édition.

Se faire publier à l'extérieur, c'est bien, mais se faire éditer dans son pays, c'est mieux encore. Car, la culture qu'il faut bâtir doit être prioritairement, celle de ses contemporains, qui sont d'abord nos proches (parents, amis, voisins). Comment songer à accéder à la culture de l'universel, quand celle qu'on doit cultiver chez soi végète dans la misère de la sous-information et de la sous-instruction ?

Les éditeurs, auxquels on reproche l'esprit commercial très poussé de leurs maisons d'édition, se basent pour se défendre sur l'insensibilité du public. Même si l'écrivain écrit d'abord pour répondre à une préoccupation personnelle, il espère toujours qu'il sera lu et apprécié par le public communément appelé lecteur. Or, les gens dans notre pays ne lisent pas, dit-on.

Ils ont, avance-t-on, d'autres préoccupations surtout celle de survie matérielle. Pour eux, la littérature ne fait qu'exprimer les idées. Son action n'est pas immédiate, directe. De plus, de tout temps, elle ne cesse de fustiger des anti-valeurs de la société. Mais, elle n'arrive pas à changer l'homme : celui-ci, en effet, à travers l'histoire de l'Humanité reste pratiquement la même.

Aussi longtemps que l'homme vivra, il existera toujours des pesanteurs : jalousie, viol, tueries, etc. Mais, à quel niveau se situe réellement la désaffection d'un large public pour notre littérature ? Personnellement, je l'aperçois à deux niveaux.

Premièrement, le public estime que la plupart des oeuvres produites par nos écrivains ne sont pas de bonne qualité littéraire, esthétique. Là, la comparaison est faite par rapport aux autres littératures de par le monde : européenne ou africaine d'ailleurs, Sénégal par exemple. Quand aurons-nous par exemple, l'émule ou l'égal d'un L.S. Senghor ? Donc, le public n'est pas généralement sensible à la beauté de notre littérature.

Celle-ci, en effet, ne provoque chez lui le plaisir du texte pour reprendre l'heureuse expression de Roland Barthes. De ce qui précède, nos écrivains sont invités à un sérieux examen de conscience en vue de revoir leur projet de création littéraire. Ils devront désormais produire des oeuvres de qualité qui allient la 'dialectisation' du fond (message) et de la forme (expression). La langue utilisée doit être correcte et agréable à lire.

Deuxièmement, la langue française -qui est le véhicule principal de notre littérature-, crée un fossé entre l'écrivain et la majorité des lecteurs congolais renonce-t-il à l'utilisation de la langue française ? En quelle(s) langue(s), l'écrivain congolais doit-il écrire, s'exprimer ? En français de France ou langues locales. Il est placé, devant ce dilemme. Pour moi, chaque écrivain est libre de choisir sa(ou ses) langue(s) d'expression, à la seule condition qu'il en ait une parfaite maîtrise.

La Littérature est avant tout rêve, utopie, mais une utopie qui vit la réalité, qui fait avancer la société, le monde. La littérature est utile dans la société : elle permet de prendre le pouls -mieux la température- de la société et anticipe peut-être l'avenir, elle devance les sensibilités humaines. Elle est donc positive pour l'avenir. De ce qui précède, le ministre de la Culture ainsi que l'Union des écrivains congolais (Ueco) doivent se retrouver, se rencontrer -comme autrefois- pour étudier ensemble et dégager enfin les voies et moyens pour stimuler et susciter à nouveau une véritable création littéraire en Rd-Congo. Cette prise de conscience vaut son pesant d'or !


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