10 Juillet 2007
Kinshasa — Biodiesel : la RD Congo est potentiellement capable de devenir l'un des plus grands producteurs du monde. Mais, il faudrait choisir entre le palmier elaeis et le jatropha curcas. Le premier détruit la forêt, le second valorise la savane et les écosystèmes marginaux.
Il y a moins de deux semaines, quelques journaux de Kinshasa ont fait à leur une de gros titres sur le retour des investisseurs étrangers dans l'industrie de l'huile de palme. Les commentaires étaient dithyrambiques. A croire que ce retour est une très bonne nouvelle pour la République démocratique du Congo. Ce n'est pas le ministre d'Etat de l'Agriculture, Pêche et Elevage qui va le contredire. Il a même signé, au nom de la RDC, un protocole d'accord avec la société chinoise de télécommunication ZTE International qui vise un projet de production et d'exploitation de l'huile de palme. D'un coût d'un milliard de dollars américains, ce projet va s'étendre sur trois millions d'hectares, dans les provinces de l'Equateur et de Bandundu, dans la province Orientale et dans une partie de la province du Kasaï Occidental.
ETAT DES BESOINS
A première vue, le projet semble intéressant surtout que la production locale d'huile de palme est insuffisante et qu'environ 15.000 tonnes sont importées annuellement et ce, depuis plusieurs années. Aujourd'hui, l'offre totale est de 240.000 tonnes. Si l'on table sur une croissance démographique annuelle de 3% et un niveau de consommation identique à celui d'aujourd'hui, les besoins devraient s'établir en 2010 à 280.000 tonnes et au plus tard en 2015 à 323.000 tonnes. Pour maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande, les importations passeront ainsi de 15.000 tonnes en 2005 à 55.000 tonnes en 2010 et 98.000 tonnes en 2015. Si l'on retient une hypothèse de consommation alimentaire annuelle de 6 kg par personne et une consommation de savons équivalente à 2,5 kg d'huile de palme, les besoins peuvent être estimés à 465.000 tonnes en 2010 et à 540.000 tonnes en 2015, ce qui se traduit par un déficit de 225.000 tonnes en 2010 et 300.000 tonnes en 2015 (Etude des filières huile de palme et caoutchouc).
Depuis les années 1990, la demande de produits dérivés du palmier à huile d'Europe occidentale est restée à peu près stable, tandis que celle de l'Inde, du Pakistan, de la Chine et du Moyen-Orient a explosé. Ces nouveaux marchés, comme ceux d'Europe orientale, vont se développer davantage du fait que la population de ces pays est en train d'adopter de plus en plus les habitudes de consommation occidentales.
Partout ailleurs, notamment au Cameroun, en Colombie, en Indonésie, en Malaisie, à Bornéo, en Thaïllande, des projets comme celui proposé par ZTE International sont légion. Ces pays se sont avérés attrayants pour les développeurs pour diverses raisons, dont le climat favorable, le coût relativement bas de la main-d'oeuvre, le faible prix de la terre et les plans concertés des gouvernements de développer le secteur au moyen des législations favorables, de prêts bon marché et d'incitations fiscales.
L'HUILE DE PALME SOURCE DE BIODIESEL
Depuis quelques années, l'huile de palme crue fait l'objet d'une forte publicité en tant que source de biodiesel appropriée pour des pays tels que le Japon ou l'Europe, qui ont adopté des politiques favorables aux énergies renouvelables par suite de leurs engagements à mettre en oeuvre le Protocole de Kyoto. La croissance de ces marchés est le moteur principal de l'expansion du palmier à huile. Selon les experts, la demande mondiale de l'huile de palme aura doublé d'ici à 2020, augmentant au rythme de 4 % par an, alors que l'augmentation serait de 2 % dans le cas de l'huile de soja.
Avec les perspectives qu'offre la production de biodiesel, les planteurs de palmier et les promoteurs de plantations de palmiers à huile ont de nouvelles possibilités de croissance. Cela a amené aussi certains Etats à soutenir et parfois à financer des projets colossaux des plantations de palmiers à huile. Comme on peut le deviner, cela ne va pas sans problèmes sociaux et environnementaux.
Le Cameroun, depuis 2001, a lancé un projet de palmiers à huile avec l'aide active de la France, du FMI et de la Banque mondiale. L'objectif est d'atteindre au moins 250,000 tonnes pour 2010. Cet objectif repose sur la privatisation de grandes exploitations étatiques et sur la plantation d'au moins 5,000 ha supplémentaires par année. Cela, au prix des forêts avoisinantes. La culture du palmier à huile et sa transformation industrielle dans ce pays sont réalisées par 5 grandes sociétés dont 3 sont détenues par le groupe Bolloré (SOCAPALM, SAFACAM, et la Ferme suisse) qui contrôle quelque 40,000 ha de plantations. SOCAPALM, la plus grande société du groupe, est à l'origine de graves conflits fonciers avec les populations locales auxquelles la terre est confisquée sans compensation.
La Colombie, principal pays producteur de l'huile de palme d'Amérique et le quatrième du monde, après l'Indonésie, la Malaisie et le Nigeria, a fait des projets agro-industriels de palmiers à huile l'une de ses priorités. Vers le milieu des années 60, il y avait 18 000 hectares en production. En 2003, il y en avait plus de 188 000 et, à l'heure actuelle, les plantations couvrent environ 300 000 hectares. L'objectif est d'atteindre un million d'hectares en quelques années. Une fois encore, la stratégie consiste à déplacer les populations et, dès que les terres sont abandonnées, à permettre aux entreprises de plantation de palmiers de les occuper. Les entreprises, ou l'État lui-même, proposent aux membres des conseils communautaires de devenir des entrepreneurs du secteur rural pour pouvoir rester dans le territoire. On les oblige à participer à des alliances ou des chaînes de production avec les entreprises de plantations. Comme conséquence, les forêts humides sont transformées peu à peu en monocultures de palmiers à huile.
L'Indonésie encourage la production du biodiesel à partir de l'huile de palme, autant pour l'exportation que pour la consommation intérieure. En ce moment, près de 6 millions d'hectares sont affectés au palmier à huile, et le triple de cette surface, soit environ 18 millions d'hectares de forêts, a été défriché pour l'expansion de cette culture. Les plans régionaux prévoient d'y consacrer 20 millions d'hectares supplémentaires. Des projets sont en discussion pour établir au coeur de Bornéo une plantation de palmiers à huile de 1,8 million d'hectares, qui sera la plus grande du monde. Près de 1,3 million d'hectares de forêt ont été détruits, en seulement trois ans. Ces plans et projections sont susceptibles d'avoir de fortes répercussions sur les forêts indonésiennes et sur les populations qui en dépendent. Le pays a déjà perdu 72 % de ses forêts anciennes et 40 % de l'ensemble de ses forêts. Les zones visées par ces déboisements sont principalement celles des forêts tropicales marécageuses, qui stockent de grandes quantités de carbone sous forme de tourbe.
En Malaisie, la plus grande partie du déboisement effectué ces derniers temps a été due aux plantations de palmiers à huile. Le gouvernement malais est en train de préparer une politique nationale sur les biocombustibles pour encourager la production et la consommation intérieure de biocarburants à base d'huile de palme. Près de 54 projets de production de B100, un biodiesel d'huile de palme à cent pour cent, ont été approuvés par le gouvernement qui s'est associé à des partenaires privés pour construire trois usines de production du nouveau carburant à des fins d'exportation.
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