10 Juillet 2007
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Est-ce la voie que doit suivre la RDCs ? Ses forêts sont déjà attaquées par les sociétés forestières, faut-il encore les offrir aux transnationales des biocarburants ? Trois millions d'hectares de sa cuvette centrale pour un milliard de dollars américains. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. A plus forte raison si c'est pour produire du biodiesel d'huile de palme. Le problème est que l'utilisation de l'huile de palme pour produire du carburant risque d'accroître le prix de celle-ci et de perturber l'approvisionnement pour la consommation humaine. Cela n'est pas acceptable.
La satisfaction des besoins du pays en biocarburants pourrait aussi se concevoir en dehors des méga plantations de palmiers à huile, de la canne à sucre, etc. On devrait explorer d'autres voies. Protégeons nos forêts, étendons les puits de carbone qu'elles sont, et valorisons plutôt des millions d'hectares disponibles dans nos savanes en y établissant des plantations d'autres espèces oléagineuses aussi performantes et moins exigeantes que le palmier à huile sur le plan agro-écologique. Vu les étendues incommensurables de terres arables (estimées à environ 100 millions d'hectares) et de terres marginales qui sont disponibles, tout porte à croire que la RD Congo réunit les chances de devenir, demain, l'un des plus grands producteurs et exportateurs de carburant biologique du monde sans pour cela détruire massivement la forêt, comme l'est l'Arabie Saoudite pour le pétro carburant. Il faut que le gouvernement congolais s'y engage formellement et prudemment.
Parmi les plantes oléagineuses pérennes qui conviennent pour les plantations dans les savanes et les écosystèmes marginaux de notre pays, le Jatropha curcas semble être le plus indiqué. Ce n'est pas une plante indigène en RD Congo, mais on la trouve en petites quantités partout. On s'en sert principalement dans les haies vives pour délimiter les parcelles et pour faire des enclos pour bétail. C'est la plante dont on parle beaucoup depuis quelques années et qui semble bien être la plante d'avenir en matière de production de biodiesel. L'industrialisation de sa culture dans les régions où il est déjà établi et son introduction dans celles où il n'existe pas encore ne devraient pas rencontrer des contraintes sociologiques majeures.
En ce moment où l'envolée des prix des matières premières agricoles semble de plus en plus menaçante pour la sécurité alimentaire, la graine de cet arbuste, connue jusqu'alors pour ses vertus médicinales, offre de nombreux atouts. Non comestible, l'huile de cet arbuste employée dans la filière biocarburant contribue à faire retomber la pression sur les huiles de cuisine. En plus de ses qualités comme matière première pour la production de biodiesel, elle est aussi utilisée dans la savonnerie et comme huile pour éclairage (fabrication de la bougie), le résidu d'extraction (tourteau) est utilisé comme engrais organique de valeur comparable à la fiente de volaille. Une tonne de tourteau de Jatropha équivaut à 200 kg d'engrais minéral (NPK 12 :24 :12). Par ailleurs, comme il pousse volontiers sur des terres arides. Il n'entre donc pas en concurrence avec les cultures vivrières pour occuper leurs bonnes terres, il n'exige pas de forêts. A côté du palmier à huile, plante plutôt bourgeoise qui entraîne des déforestations massives, le Jatropha apparaît comme une plante prolétaire car n'importe qui peut la faire pousser. En plantation, son coût d'exploitation est de très loin inférieur à celui du palmier à huile. Autre avantage écologique, c'est un agent efficace de lutte contre l'érosion. C'est un outil efficace au service du reboisement.
A l'échelle internationale, les avantages offerts par le jatropha curcas suscitent énormément de l'intérêt. En effet, des compagnies anglaises, américaines et des autres grandes économies du monde s'intéressent de près à cet or vert. D'aucuns y voient une réelle perspective de développement des pays économiquement fragiles et faibles. Plusieurs expériences de culture intensive sont menées actuellement par les pétroliers et les Etats. L'Inde est l'un des précurseurs. Elle a lancé un vaste programme de plantation et de sélection des cultivars de meilleurs rendements. L'objectif est de cultiver 11 millions d'hectares. Des plantations sont également développées dans le reste de l'Asie (Indonésie, Chine, Vietnam, Philippines, etc.), en Amérique Centrale (Nicaragua) et aussi en Afrique (Madagascar, Ghana, Mali, Zimbabwe, Malawi, etc.).
Le Mali et le Nicaragua ont mis en place des projets pilotes de production de biodiesel. Le Président du Brésil, Lula da Silva, a annoncé son intention de se lancer dans cette voie, afin de lutter contre la pauvreté qui sévit au nord-est de son pays. Le Sénégal et la Chine prennent des initiatives. En Indonésie le prix des semences s'envole, la tonne de cette graine soudain très recherchée coûterait jusqu'à 1.000 dollars américains.
OFFRIR L'EMPLOI A TOUT LE MONDE
Le pays, par sa grande étendue et par l'abondance des terres arables (plus de 130 millions d'hectares de terres arables dont environ seulement 4% sont annuellement utilisés pour l'agriculture) et de la main-d'oeuvre disponible (près de 80% de la population active est au chômage), réunit le potentiel pour développer la culture de cet arbuste et devenir l'un des principaux exportateurs de biodiesel. L'arbuste est bien adapté aux conditions écologiques du pays. La promotion et le développement de la culture de Jatropha curcas rencontrent des conditions favorables, notamment l'existence d'une certaine tradition dans la pratique des cultures de rente (palmier à huile, caféier, cacaoyer, canne à sucre, etc.).
Les investissements massifs public et privé dans la filière Jatropha (plantations commerciales et villageoises) pourraient être l'une des solutions face aux problèmes de pauvreté et de chômage. Le développement de cette filière permettrait à la fois: - De satisfaire les besoins et la demande en gasoil du pays, ce qui signifie relance des secteurs industriels, de transport, de l'énergie, etc. ; - De respecter les obligations du pays vis-à-vis du protocole de Kyoto; - De toucher plusieurs catégories sociales, à savoir les entrepreneurs ruraux, les petits paysans et les ruraux pauvres (source additionnelle de revenus) et de créer des centaines de milliers d'emplois tant permanents que temporaires (l'établissement d'un hectare permet de mettre au travail 250 HJ, l'usinage de la production de cet hectare - extraction d'huile- permet d'en mettre 23 HJ et, enfin la transformation de l'huile en biodiesel permet d'en mettre 2 HJ) ; - De générer des milliards de dollars nécessaires à la modernisation des infrastructures, à la relance de l'activité économique et à la réhabilitation sociale de la population (épargne et gain de devises, amélioration de la balance de paiement) ; - D'initier un développement rural durable (transfert des savoirs, reboisement des sols dégradés et réduction des érosions, production d'électricité sous forme renouvelable dans les zones rurales, électrification rurale, etc.) ; - De développer des micros business associés à l'industrie : production des bio fertilisants, du miel, de l'énergie domestique, etc.
Le défi doit consister à trouver un moyen d'exploiter cette plante dans son intégralité, pour offrir de l'emploi à tout le monde et optimiser les profits des paysans et des planteurs.
UNE RECETTE ANNUELLE DE 5,5 MILLIARD USD
Le développement des carburants verts classiques a un impact environnemental non négligeable: en Afrique, en Amérique latine, en Asie du Sud-Est, des forêts très riches sur le plan de la biodiversité sont détruites pour planter des palmiers à huile. Au Mexique, le prix de la tortilla, aliment de base de la population, a flambé récemment du fait de l'achat du maïs par les USA pour produire de l'éthanol. Au Brésil, on assiste à la perte annuelle de 2,4 millions d'hectares de forêt amazonienne, notamment pour cultiver de la canne à sucre et du soja pour produire respectivement de l'éthanol et du biodiesel.
L'énorme avantage écologique de Jatropha curcas, dans la perspective d'une production en masse de carburants verts, est que sa culture n'entre pas en compétition avec les cultures alimentaires ou les forêts. Comparativement au colza (rendement en huile : 572 litres par hectare), au tournesol (rendement en huile : 662 litres par hectare) et au soja (rendement en huile : 446 litres par hectare), cet arbuste avec son rendement moyen en huile d'environ 1.900 litres par hectare (des rendements plus élevés sont possibles) est le plus intéressant. Si seulement 3% de la superficie de la RD Congo étaient plantés en Jatropha curcas, soit environ 70.350 km2 (7.350.000 hectares), avec une production minimale de 1,5 tonne d'huile par hectare, le pays produirait 11.025.000 tonnes d'huile brute. Ce qui représente une recette annuelle d'environ 5,5 milliards de dollars US.
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