Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI ? un deal sur le dos des africains

13 Juillet 2007


Dominique Strauss-Kahn surnommé Dsk est candidat de la France et de l'Union européenne pour occuper la prestigieuse fonction de Directeur général du Fonds monétaire international. Possédant un lourd bagage intellectuel, Dsk est diplômé de l'Ecole des hautes études commerciales (Hec), de l'Institut d'études politique de Paris (Iep), Docteur d'état ès Economie et Agrégé de l'enseignement supérieur. Compétent et expérimenté, Dsk est professeur des universités, titulaire de chaire et avocat d'affaires à la Cour.

Politiquement, c'est un éléphant du Parti socialiste français qui a été plusieurs fois ministre, député et maire. En toute honnêteté, le Professeur Strauss-Kahn est un professionnel reconnu et correspond au profil idéal pour servir ce poste.

Mais l'Afrique et les pays en développement doivent s'opposer à ce choix pour plusieurs raisons. Par principe, le vieux continent doit remettre en question le gentleman agreement passé entre Américains et Européens, qui veut que le directeur du Fmi soit un Européen et celui de la Banque mondiale un Américain. Ce partage de rôle dit ancien qui ne se justifie point, est révolu et doit être purement aboli. Le Fonds monétaire international n'est pas un monopole de la France qui l'a dirigé pendant trente-deux ans sur cinquante-deux. Il nécessite de réadapter sa constitution antidémocratique, despotique, censitaire et inféodée.

En effet, les Etats-Unis possèdent 17,50 % des parts de vote et ont toujours la majorité absolue en s'alliant avec l'Allemagne 6,1 %, la Grande Bretagne, la France respectivement 5 % chacune, l'Italie 3,3 % et le Canada 3 % contre le Japon, la Chine et la Russie qui possèdent respectivement 6,3 %, 3,3 % et 2,8 % des voix. Ce qui est injuste puisque, le Fonds monétaire international compte 185 pays membres. Cette inégalité interpelle non seulement une question d'équité.

Pour une exigence de la transparence, le stratégique directeur général du Fonds monétaire international ne doit pas être désigné sur des critères politiques ou géographiques, mais plutôt de compétence et d'intégrité ou doit être choisi par un comité d'experts. En sus, Dsk a été mis en cause pour des affaires judiciaires comme la Mnef et Elf, liées à l'exercice de sa profession d'avocat. Malgré sa démission du gouvernement et les non-lieux prononcés à son égard, il n'a jamais relaté une version catholique des faits qui lui étaient reprochés.

La France ne manque sûrement pas d'économistes, de monétaristes, de financiers irréprochables et chevronnés tels que le Professeur Christian De Boissieu, Professeur Christian Bordes, Jean Claude Trichet qui peuvent remplir pleinement cette fonction. Pis, avec ce parachutage, la France instrumentalise une institution mondiale pour solder sa politique intérieure. Cette fonction exigerait à Dsk de s'exiler pendant cinq, voire dix ans à Washington. Cette manoeuvre du président Nicolas Sarkozy vise, par sa politique d'ouverture, à casser le Parti socialiste français, mais aussi à éloigner un rival potentiellement dangereux pour 2012.

Force est de constater que de nos jours, le Fonds monétaire international ne remplit plus son rôle d'institution neutre conçue pour fournir des crédits volumineux aux économies délabrées, tronquant ainsi le premier article de ses statuts : 'Encourager la coopération monétaire internationale ; faciliter l'expansion et l'accroissement harmonieux du commerce mondial ; promouvoir la stabilité des changes ; aider à établir un système multilatéral de paiements ; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des Etats membres qui font face à des difficultés de balance des paiements'.

Autrement dit, elle tourne le dos à sa responsabilité d'assurer la stabilité du système financier international et à l'émergence économique. Au contraire, elle cautionne, étouffe et camoufle la mondialisation qui n'est autre qu'un système d'exploitation et de distribution très inéquitable avec un processus ne conduisant pas à une intégration des flux commerciaux, des ressources scientifiques et technologiques, des systèmes productifs et des marchés financiers.

D'après les plans de relance du Fonds monétaire international qui se sont soldés par un résultat médiocre, les pays en développement doivent orienter leurs économies vers le commerce international, se désengager dans les secteurs publics et parapublics, et privatiser les sociétés productives à des multinationales étasuniennes, canadiennes ou européennes. Or, l'Afrique est escroquée, marginalisée dans le jeu du commerce international où sa part des échanges constitue 1,2 % du marché mondial unifié.

Le vieux continent exporte vers le Nord des matières premières contre des technologies, des produits manufacturés et une partie des céréales de base. Ces termes de l'échange entre le Nord et le Sud sont antagoniques parce que les prix des matières premières sont cotés sur les marchés boursiers de Wall Street, Chicago et de la City, et ne cessent de baisser constamment contrairement aux cours des produits manufacturés. En conséquence, l'Afrique se voit disqualifiée par des fluctuations extérieures à vendre ses matières premières sans valeur ajoutée, accentuant le déficit de sa balance commerciale qui passe de 600 millions de dollars en 1990 à près de 25 milliards de dollars en 2005.

Par exemple, une économie agricole à 70 % comme le Sénégal et qui exporte 90 % de ses produits primaires subit un désavantage des chocs externes. Le président Hugo Chavez a eu raison de retirer le Venezuela de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, en les qualifiant de 'mécanismes de l'impérialisme' destinés à exploiter les pays pauvres. Les pays africains doivent suivre l'exemple et mener une fronde contre les institutions de Bretton Woods. Rien que les quotes-parts du Japon (6,3 %), de la Russie (2,8 %), de la Chine (3,3 %), de l'Arabie Saoudite (3,3 %), de l'Afrique entière (4,3 %) et de l'Asie, peuvent créer une crise du Fonds monétaire international et imposer une réforme en profondeur ou une refonte totale.

En somme, le Fonds monétaire international n'est pas un machin français, mais au contraire est une institution internationale appartenant à 185 nations libres. Si le choix du Professeur Dominique Strauss Khan est confirmé, cet acte injuste serait un deal orchestré sur le dos des Africains. Ce qui est sûr, en enfonçant le vieux continent dans un pépin économique et chronique, cette institution n'est certainement pas un partenaire au développement, mais un adversaire.

De même qu'en faisant payer cinq fois à l'Afrique sa dette et en avalisant le jeu pipé des échanges internationaux où l'Afrique entière n'est impliquée qu'à 1,2 % et déplace que 1,3 % des investissements directs à l'étranger, cet organisme n'est pas un bailleur de fonds, mais un pilleur de fonds.

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