Le Messager (Douala)

Cameroun: La culture absente du débat

Le développement et le financement de la culture sont absents des discours de campagne. Et pourtant, les attentes sont nombreuses.

Voici une semaine que la campagne électorale bat son plein. Aucun candidat ne fait référence aux infrastructures culturelles, ni au financement de cette culture. Les " politiques " à la conquête d'un mandat électif, tant à l'hémicycle que dans les mairies, ignorent presque tous la culture. " Nous avons en projet, la conservation de l'histoire culturelle duala et l'aménagement des sites " explique un candidat du Sdf à la télé. " Nous allons d'abord nous occuper de la croissance économique. La création des parcs d'attraction, des salles de spectacle et des espaces ludiques, tout cela viendra après ", tranche le Rdpc.

Pourtant, un regard attentif sur le centre culturel camerounais, nous fait ressortir certaines évidences. Ce vestige miroir de l'expression de la culture camerounaise dans toutes ses dimensions, est en péril. La salle ne joue plus son rôle fonctionnel. La scène est triste. Les toiles d'araignée remplacent allégrement les rideaux. Le fauteuil, quand il n'a pas la velléité de vous briser la colonne vertébrale, se rattrape en gardant pour lui, le fond de votre pantalon. Très peu d'acteurs, prennent encore du plaisir à jouer au Centre culturel camerounais.

Pour la plupart des artistes approchés, les hommes politiques ne leur ont toujours pas dit ce qu'ils vont faire pour les amener à voter pour eux. " On les écoute à la radio, on les regarde à la télé, on les lit dans la presse écrite. Ils sont partout présents. Mais le défilé de ces hommes et femmes, candidats à l'Assemblée Nationale et dans les mairies, ressemble à un cirque lugubre où des saltimbanques traitent le peuple spectateur, comme une masse d'idiots, " commente l'écrivain Albert Bobongo. " Ils se jouent avec trop de désinvolture, de nos espoirs et de nos patiences. Il y a des vrais problèmes comme la lutte contre la piraterie, l'organisation du marché du disque, la création des salles de spectacle, la formation des artistes Ils n'en parlent pas ", se plaint un musicien de cabaret.

L'habitude du bluff

L'embargo des candidats sur le manque d'infrastructures spécialisées à la formation des créateurs, l'absence des structures favorables à la circulation des spectacles, l'insécurité sociale et alimentaire des artistes expliquent l'indifférence des hommes de culture. " Que valent la croissance économique, des grandes théories sur le progrès et sur la santé, l'obsession du discours sur la revalorisation des systèmes scolaires, l'éternel débat sur la pauvreté et la misère, si tout cela manque une âme culturelle ? " s'interroge un anthropologue. Il en appelle aux candidats, à chercher et à retrouver cette âme culturelle. " Elle existe sous la croûte du Mont Cameroun, dans les forêts épaisses de l'Est et des profondeurs du Sud, sur les plateaux de l'Ouest, dans le château d'eau de l'Adamaoua, dans les steppes du Nord, sur les hauteurs du Mont Mandara ", conclut-il.


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