Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Darfour, Côte d'ivoire... les attentes africaines

Par Amadou Gaye

26 Juillet 2007


analyse

Géographiquement, historiquement, stratégiquement la France occupe une place centrale dans les relations euro-africaines.

En dépit de la tâche noire que fut la colonisation, à laquelle certains esprits, tardivement, trouvent quelques vertus sinon quelques aspects positifs, sommeille au cÅ"ur de chaque intellectuel sénégalais un petit coin français qu'une longue pratique de la langue ne saurait à elle seule expliquer.

L'attrait des élites africaines pour la France, du moins jusqu'à une certaine époque fort récente, paraissait dès lors tout à fait naturel et leur connaissance de la culture, des us et coutumes de l'Hexagone, d'une banalité déconcertante tant se sont tissés de forts liens culturels issus d'un long cheminement historique, jusque dans les champs de bataille.

La présence française au Sénégal renvoie à des générations et générations d'hommes et de femmes de grande valeur, qu'il serait fastidieux d'énumérer. Blaise Diagne et Lamine Guèye ont défendu depuis le Palais Bonbon certains droits africains ce, bien avant nos indépendances acquises en 1960.

Plus près de nous, Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont côtoyé sur les bancs de l'Ecole normale de la Rue d'Ulm des célébrités françaises comme George Pompidou. Du président Wade, on a dit qu'il partageait avec Mitterrand, la même fascination pour le pouvoir, la même ténacité dans le combat avant l'arrivée du Grand Soir.

Mais, au-delà des hommes, il y a la France, un vieux pays ouvert sur le monde et que des siècles de partage ont façonnée. Une réputation s'est ainsi forgée d'une France protectrice des droits de l'Homme, d'une France devenue une puissance grâce à son « pré carré français » avec ces sommets Franco-africains devenus sommets France-Afrique, « grande messe » où se décidait presque le sort du continent.

Qui ne se souvient du fameux sommet de La Baule avec le discours historique de Mitterrand, discours qui résonne encore comme une référence et un repère en matière de démocratie sous nos tropiques ?

Un demi-siècle de « vie commune, d'histoire commune, de souffrances partagées sur les mêmes champs de bataille (1914-1918) contre l'ennemi commun » avait marqué les relations particulières de l'Afrique avec la France. Relations fécondes, même teintées de paternalisme. Chaque président français de De Gaulle à Chirac a délimité, à son façon, son « territoire » africain. Chacun se servant comme d'une boussole de ce testament de Mitterrand lequel disait que « La France ne serait plus tout à fait elle-même aux yeux du monde si elle renonçait à être présente en Afrique ».

Avocat infatigable de ce compagnonnage franco-africain, Mitterrand invitait par ailleurs la France « à maintenir sa route et à refuser de réduire son ambition africaine ».

Giscard, avec son plaidoyer sur l'aide au développement, Pompidou pionnier d'une mutation de la coopération, Chirac « le Grand africain » ont tous revendiqué ce « fonds de commerce » qui, la langue de travail aidant, a beaucoup contribué au rayonnement international de la France, du moins jusqu'à une certaine époque. En effet, face aux crises africaines et sous l'effet conjugué des déboires et revers subis dans certains théâtres de conflits africains (putsch au Niger sous Kountché, mutineries en Guinée, en Rca, à Madagascar et plus récemment lors de la crise ivoirienne), on a eu comme l'impression que l'intérêt géopolitique français se jouait ailleurs. L'Afrique était reléguée au second plan des préoccupations du Quai d'Orsay.

La politique du laisser-faire, du service minimum rimant avec protection et évacuation des ressortissants de l'Hexagone en cas de conflit, a beaucoup contrasté avec celle interventionniste d'alors. Il est bien loin l'époque où les parachutistes français sautaient sur Kolwezi pour sauver un régime africain en péril.

Les adeptes de « l'Afrique aux Africains » diront que c'est tant mieux si les Africains résolvent d'eux-mêmes leurs crises, comme c'est le cas actuellement en Côte d'Ivoire, après de vaines tentatives. Comme ce fut le cas en Guinée-Bissau ou à Madagascar grâce au dynamisme de la diplomatie de la palabre de nos sages d'Afrique. On en arrive d'ailleurs à se demander quel sort va être réservé sous le mandat du président Sarkozy, partisan de certaines ruptures et d'une redéfinition des termes de l'échange franco-africain, aux bases militaires françaises en Afrique et si le fameux pourcentage jamais atteint alloué à l'aide au développement, véritable chimère, sera toujours de vigueur. Le levier économique traité durant ces dernières années en parent pauvre de nos relations avec la France a laissé un vide que d'autres, comme le président Bush ou Tony Blair ou même les dragons d'Asie s'empressent, non sans arrières pensées géostratégiques, de combler.

Si la France n'est plus au plan éducationnel la destination de prédilection de nos étudiants, c'est que quelque part, dans la politique de l'émigration, de l'accueil, il y a des dysfonctionnements à corriger.

Qui disait que la présence de la locution « et de l'identité nationale » dans la dénomination du ministère de l'Immigration va plus loin qu'une simple affaire de vocabulaire ?

Dans la crise du Darfour comme dans l'évolution de la crise ivoirienne, le président Sarkozy est attendu. La diplomatie internationale, au chevet du Darfour et sous l'initiative de la France, s'est manifestée de fort belle manière récemment à Paris. Mais il faudra plus que de la compassion pour sauver de la tragédie des milliers d'Africains.

L'option des sanctions pourrait dissuader les acteurs du conflit plus que le ronronnement diplomatique de ceux qui veulent se donner bonne conscience. Face à cette « catastrophe humanitaire » sans précédent, il faudra plus que des mots.

La France, une voix écoutée dans le monde en matière de résolution des conflits africains, a l'impérieux devoir d'agir, de concert avec les Africains (absents à Paris), pour sortir des ténèbres les victimes innocentes d'un conflit absurde et inutile. Plutôt que d'entonner l'air des grandes retrouvailles franco-américaines, il est question de mettre fin, sans tarder, à un drame.

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