Comme nombre d'immigrés clandestins ou pas, les artistes africains également vivent dans des conditions très difficiles en France. Pour gagner leur vie, musiciens, chanteurs, plasticiens et autres monnayent leur talent dans les cabarets et/ou quelques rares spectacles organisés pour la plupart par les villes ou des associations.
Sans cela nos artistes se voient obligés d'accepter n'importe quel autre boulot comme les étudiants, du gardiennage à l'hôtellerie en passant par la restauration entre autres.
Sans couverture sociale quelconque, les artistes qui choisissent d'aller à l'aventure en Occident sont eux aussi confrontés à la dure réalité quotidienne des immigrés clandestins. Les labels de productions ne pouvant pas les engager pour cause de leur irrégularité, ils se retrouvent alors dans un engrenage souvent difficile à sortir, sauf par miracle. En France, il est fréquent de voir des talents reconnus de la musique et des arts africains se convertire dans les métiers de sécurité, nettoyage et autre petit boulot.
Pour survivre, faute de papiers légaux pouvant leur permettre d'exercer librement leur métier, nombreux sont ceux qui deviennent casaniers, sortent rarement de leur lieu d'hébergement pour éviter tout contact avec la Police, au risque de se faire arrêter. « Pour échapper au misérabilisme et garder encore un peu de notre talent, on se produit régulièrement dans le milieu africain, dans les boîtes de nuit à des prix raisonnables », affirme un célèbre chanteur sénégalais sous l'anonymat.
En général, rare sont les artistes qui arrivent à s'en sortir en choisissant de partir à l'aventure sans aucune garantie au préalable, soit celle un contrat de travail ou autre type d'engagement. Au bout de quelques années de dure galère, certains finissent par s'engager dans un mariage mixte pour obtenir un titre de séjour et espérer relever la tête. Toutefois, l'expérience prouve que ces mariages ne sont pas souvent réussis puisque basé sur de fausses intentions, fragiles dès le départ.
Ce phénomène n'est pas pour plaire cependant aux professionnels du monde des arts. A y voir plus clair, ils pensent surtout que la difficulté pour les Africains de voyager, de circuler librement avec notamment l'équation des visas ont beaucoup contribués à la montée de l'immigration clandestine. Par exemple, dans les consulats de France en Afrique, c'est une pléthore de documents parfois impossibles à obtenir qui sont toujours réclamés aux demandeurs de visa ; soient-ils artistes ou pas. Les rendez-vous sont difficiles à obtenir, souvent à des dates très éloignées et l'accueil au service consulaire également n'est pas non plus des meilleurs.
Devant une telle situation, qui perdure, les plaintes sont unanimes et récurrentes. « Ils traitent les gens avec un total manque de respect, comme du bétail », témoigne un artiste sous l'anonymat. « Même si on arrive à leur fournir tous les papiers requis, il arrive qu'on nous fasse faire plusieurs va-et-viens qui retardent nos engagements », renchérie-t-il.
« L'octroie du visa est au bon vouloir du consul », ajoute Ibrahima Sylla, patron du label « Syllart production ».
« Plusieurs fois et cela arrive souvent, les artistes ont raté des représentations et se retrouvent dans des situations difficiles pour cause d'inégalités dans les services consulaires de France en Afrique ».
Plus grave encore, les autorités africaines ferment les yeux et ne font rien pour défendre les droit de leurs citoyens, même dans leur propre territoire.
Salon des artistes sénégalais à Paris...
Autre phénomène récurrent chez les jeunes groupes d'artistes, il arrive souvent que des membres d'une formation prennent le large en France ou ailleurs en Europe, après avoir remplie son contrat avec le groupe qui l'a fait voyager. A ce sujet, Ibrahima Sylla affirme que lui et ses paires n'ont pas encore trouvé une solution efficace à ce genre de fait, si ce n'est d'inciter les autorités consulaires à établir « des visas long séjour pouvant aller de 3 à 10 ans avec autorisation de travail ».
Selon le patron de « Syllart production », un tel visa devrait permettre la libre circulation des personnes et une meilleure organisation de leur voyages pendant les moments opportuns pour vendre leurs produits et exprimer leur talent. « Nous ne pouvons pas confisquer leur passeport aux artistes que nous faisons voyager. Ce serait leur prendre leur liberté, sûr qu'ils doivent pouvoir se rendre librement dans les marchés et autres places publiques en dehors des heures de prestations ».
Pour Ibrahima Sylla, « lorsque les gens se rendront compte qu'avec un visa long séjour, ils peuvent rentrer librement au pays d'origine sans aucune honte d'avoir échoué et revenir en Europe quand ils veulent sans difficulté de visa, alors le problème de l'immigration clandestine trouvera définitivement une solution ».
Même plaidoirie chez les artistes peintres qui eux aussi réclament de meilleures conditions de déplacement avec « zéro contrainte » pour assister à des ateliers de création, des festivals, etc.
Adam's Ndiaye, plasticien sénégalais vivant en France, va plus loin en demandant « un Salon des artistes sénégalais à Paris ». « Ils nous chantent toujours les bonnes relations entre le Sénégal et la France et pourtant on n'est même pas capable d'avoir une journée entière à défaut d'une semaine pour exprimer toutes les formes d'arts sénégalais. C'est une honte de constater qu'il n'y a même pas un seul centre culturel sénégalais en France ».
Pour Adam's Ndiaye, une telle structure devrait permettre une bien meilleur intégration des artistes sénégalais dans le milieu occidental, « ce qui n'est pas le cas à part quelques rares exceptions ». « Ici, les gens sont généralement très peu accueillants, parfois pas du tout, contrairement au Sénégal ».

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