Sarkozy a déçu. En choisissant, dans un discours prononcé à l'université de Dakar, d'être égal à lui-même et de parler crû aux Africains, il a choqué en choisissant les mauvais thèmes et en faisant des affirmations fausses, souvent approximatives, presque toujours figées sur le passé et parfois même douteuses quant à l'objectif visé.
En déclarant, en somme, que la colonisation est coupable mais nullement responsable des malheurs de l'Afrique, M. Sarkozy confond superbement épiphénomène et cause profonde. Car, comment vouloir séparer les guerres ethniques et les découpages territoriaux arbitrairement fixés par la colonisation ? Comment dédouaner le colon de toute responsabilité dans le style de gouvernance et dans le sous-développement initial de l'Afrique qui influencent ses performances ? Comment oser déclarer, comme M. Sarkozy l'a fait, que « nul ne peut demander aux générations actuelles (de l'Europe) d'exprimer le crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères ». Cette même analyse a-t-elle été retenue pour ce qui concerne le peuple juif européen victime du nazisme. N'a-t-il pas obtenu réparation des fautes et des expoliations subies ? Ce qui serait bon pour le peuple juif européen cesserait-il de l'être pour les Africains ?
Au surplus, la vision que M. Sarkozy a de l'homme africain est étonnante et provocatrice. Selon lui, l'africain, représenté par le paysan, serait incapable de se tourner vers l'avenir, d'innover et de changer l'ordre des choses, d'entrer dans l'histoire et de s'inventer un destin. On croirait entendre Stephen Smith qui dans son livre « Négrologie, comment l'Afrique meurt » défend les mêmes thèses fallacieuses. De la bouche d'un chef de l'État, une telle attitude est inacceptable et répréhensible.
En vérité, M. Sarkozy s'est lourdement trompé en croyant bien faire. Souhaitant tendre la main à la jeunesse africaine, il n'a fait que prouver sa méconnaissance de l'Afrique, son alignement sur l'esprit paternaliste de « l'ami » européen qui veut aider les éternels « jeunes » africains à lire d'une certaine façon leur passé et leur identité.
Non M. Sarkozy, la jeunesse africaine n'a nullement besoin de votre analyse biaisée pour comprendre ce qu'elle doit faire pour développer son continent. Elle connaît le chemin et prouvera au monde, sous peu, que les pays africains, en se donnant un bon leadership, peuvent, comme les nations asiatiques sont en train de l'expérimenter, émerger et retrouver le rang qu'ils n'auraient jamais dû perdre.
En définitive, les relations entre M. Sarkozy et l'Afrique sont très mal parties et tout permet de penser que la rupture tant annoncée ne serait que mirage.

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