Port Louis — Dans cette cité qu'on peut difficilement qualifier d'"ouvrière" parce que le chômage sévit, on survit surtout. La débrouillardise et l'esprit d'entraide font heureusement que les jeunes se préparent un autre avenir.
"Nou pena okenn developman ici", lance Marie Alexendra Poonooa, une habitante de Cité EDC, Caroline. Si l'on veut être témoin d'une forme d'exclusion sociale, cette cité "ouvrière" de l'Est en est l'adresse. Qui sont-ils ceux qui vivent là et que font-ils chaque jour de leur petite vie ? Très peu de gens, ailleurs, le savent. Dire qu'à l'île Maurice, à notre époque, il existe encore de nombreux Mauriciens à vivre dans la plus grande pauvreté ! Pendant la période de vacances scolaires, les jeunes scolarisés, une minorité, se réunissent autour d'un jeu de Monopoly. Rachel Charles, élève du collège Professeur Basdeo Bissoondoyal SSS, et ses camarades, "font passer le temps" après une demi-journée consacrée aux études, sous la supervision de Rachel.
Rachel vient de commencer ses études secondaires et déjà elle ne laisse rien au hasard. Consciente que la plupart de ses amis ne réussissent pas à passer le cap fatidique du CPE, elle les aide. Dans un petit local en tôle construit par un groupe d'habitants, elle fait le professeur avec ses petits camarades de quatrième et de cinquième. Cette petite a déjà le sens de l'engagement et veut faire progresser sa localité. Elle a pris l'initiative seule, et les parents des enfants sont reconnaissants à cette fille, forte et dévouée.
Les habitants, les femmes surtout, font preuve d'une solidarité exemplaire. Etant parmi les rares jeunes de l'endroit à étudier, Rachel est soutenue par ses voisines. Elles lui procurent son uniforme ainsi que d'autres équipements essentiels chaque année. Quelle belle leçon donnent les habitants de ces endroits modestes en ce qu'il s'agit d'entraide ! Ils n'ont presque rien mais sont toujours à là dès qu'il s'agit d'aider leur prochain.
Mme Lizette, habite dans une petite maison en tôle érigée sur le crown land, à côté de la cité EDC. Les habitants savent qu'il est dangereux de s'éclairer à la bougie, à cause des risques d'incendie, mais pas moyen de faire autrement Alors la débrouillardise est reine
Les habitants de Cité EDC vivent dans cette situation précaire depuis plusieurs années. "Nou pena narnien ici., nou zenfans pena oken loisirs", lâche Jocelyne Lizette d'une toute petite voix. Cette mère de trois enfants, ne sait plus vers quel saint se vouer. Elle ne veut surtout pas être une assistée mais qu'on améliore les conditions de vie difficiles des habitants. Pour elle, la cité EDC et ceux qui vivent sur le crown land, sont confinés dans les oubliettes. Le désespoir frappe ces gens de plein fouet. Alexendra Poonooa habite à Caroline depuis plus de vingt ans. "Ici personne pas vinn get nou. La lumiere pena dans nous chemin", explique-t-elle. Elle travaille pour réussir à se procurer le strict minimum pour sa famille. L'inflation qui frappe le pays en ce moment, et qui fait rouspéter plus d'un, ne la laisse pas indifférente.
Ces personnes ne connaissent plus le goût du lait. Et le constat déprimant à plus d'un titre, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui tombent dans cette catégorie.
Ceux-là auraient besoin d'une main tendue afin qu'ils aient un peu de lumière dans leur quotidien. L'éducation de leurs enfants demeure leur priorité. Ils demandent également aux autorités de mettre des structures de sports et des loisirs à la disposition des jeunes de l'endroit. Jocelyne Lizette fait comprendre que les jeunes sont à la merci des fléaux sociaux qui font tant de victimes dans la jeune génération.

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