Josué Ngako
7 Août 2007
analyse
Plus le temps passe, plus on se rend compte que l'opposition camerounaise perd de sa vitalité.
De 1992 à aujourd'hui la décrépitude est permanente ; pas un siége de plus, pas un conseiller municipal en plus mais bien au contraire des pertes de siéges ; des diminutions considérables des conseillers municipaux ; c'est le constat que l'on peut faire des différents scrutins qui ont pu avoir lieu depuis l'avènement du multipartisme. En observateur de la scène sociopolitique, nous nous posons la question de savoir ce qui peut être à l'origine d'une telle décadence? Est-ce toujours la fraude électorale tant décriée ou l'incompétence avérée de cette opposition qui justifie cette chute observée ici et là ?
Absence de stratégies politiques
Au moment où on attendait que l'opposition fasse bloc en 2004 pour barrer la voie à l'éternel et naturel candidat du Rdpc, on assisté plutôt à une somme d'individualité, que dis-je, à une somme d'individualisme incapable de s'entendre pour s'opposer véritablement à "l'homme lion " .les égoïsmes, mieux encore l'égotisme à triompher une fois de plus sur l'intérêt générale, sur l'avenir du cameroun. C'est ce qui peut justifier d'une façon ou d'une autre le désastre et la déconvenue que connaît le peuple camerounais aujourd'hui.
Un peuple malade de son opposition qui est à court d'idées et qui fait preuve d'inexpérience criarde. En toute chose, on a besoin d'un programme, d'un projet, d'un plan, d'une méthode .Malheureusement, tout ceci manque à notre opposition ; elle ne sait pas quoi faire. Ainsi, difficilement, elle gagnerait les élections dans ce pays. On comprend dès lors pourquoi d'élection en élection, elle va decrescendo, perdant de plus en plus ces représentants à l'Assemblée nationale et dans les mairies.
A ces élections encore, on a remarqué une tentative de regroupement de la part de l'UDC d'Adamou Ndam Njoya , du MP de Jean Jacques Ekindi et du Manidem d'Anicet Ekane, dans les circonscriptions du département du Wouri. Tentative de coalition individualisée dont le protocole d'accord prévoyait que là où l'un était présenté, les autres s'abstenaient et lui apportaient tout leur soutient,malheureusement encore,la montagne n'a accouchée que d'une souris
En attendant le verdict final qui sera proclamé par la cour suprême siégeant en lieu et place du conseil constitutionnel, on remarque la déculottée de l'opposition à ces élections couplée
De la 6éme à la 7éme législature, l'opposition s'est amoindrie en terme de représentativité perdant plusieurs sièges. Cette année encore, elle ne sera représentée que par moins du cinquième de l'auguste chambre tant convoitée dont les portes ne s'ouvrent exclusivement qu'à quelques téméraires de l'opposition qui bénéficient naturellement de leurs appartenances à telle ou telle localités dites fiefs de l'opposition ; on peut citer le cas du Noun, du Nord-Ouest éventuellement du Sud-Ouest et difficilement de l'Ouest. D'ailleurs, cette notion de fief, en ce qui concerne l'opposition tend à disparaître au vu des résultats provisoires de l'Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Du recul du Sdf à l'Ouest
Si le parti de Ni John Fru Ndi à pu conquérir les 2 sièges et les 3 mairies du départements de la MIFI qui étaient jusque là gérés par le parti des flammes le Rdpc, il a en revanche perdu ses atouts dans cette provinces. C'est ainsi dans le département du Haut-Nkam, l'honorable Kwemo Pierre, vice-président de l'assemblée, député du SDF n'a pu été réélu ; lui qui a fait 2 législatures consécutives sous la bannière de ce parti. Ceci est un coup sérieux .Il en va de même de 'absence totale des conseillés du SDF à la mairie de Bafang. Coup dur pour le parti qui veut remettre " le pouvoir au peuple ".
Dans les Bamboutos, département où NI John a choisi d'y lancer la campagne pour ces élections couplées du 22 juillet, le SDF a vu la mairie de Batcham basculée dans les girons du Rdpc. Cette commune que l'opposition tenait depuis près de 3 mandats consécutifs sans partage. Mbouda que l'on disait complètement à gauche à changer de camp. Une fois de plus le SDF en sort affaibli, diminué.
Là où le bat blesse, c'est la commune de la ville universitaire que dirigeait le SDF depuis 11ans qui revient à droite. La mairie de Dschang où trônait le maire Sonkin depuis 11ans, soit deux mandats sans contestation, à virer à droite ; pourtant, sa gestion des affaires publiques faisait l'unanimité même du coté de adversaires du Rdpc. Rigoureux et intègre, cet homme objectif et impartial a comblé les attentes de ces électeurs et des populations de la menoua ; mais, hélas les urnes cette fois-ci ont produits des résultats surprenants. Les raisons de cette déconvenue seraient bien ailleurs que dans le bilan de ses travaux et de son séjour à la tête de la municipalité.
Désillusion de l'Upc, de l'Undp et du Mdr
Le parti historique du Cameroun, pour parler comme son secrétaire général Augustin Frederik Kodock, ministre d'Etat, a douloureusement mordu la poussière dans son Nyong-Ekele qui était jusque-là sa seule base électorale et qui le gratifiait de quelques députés. Aujourd'hui, à cette 8éme législature, le parti le plus ancien de la république comptera zéro député pour parler comme l'autre. En effet, l'UPC ne sera pas représentée à cette énième législature ; et pour cause : querelles internes de toutes sortes, revendications tous azimuts des ténors tels que Charlie Gabriel Mbock, le Dr. Sende ,tous anciens députés de l'UPC.
Cette lutte a débouché sur la création d'un nouveau parti dans le Nyong -Ekellé par l'anthropologue Charlie Gabriel Mbock. La bataille de leadership donne lieu aujourd'hui à la fin programmée de l'UPC. On nous apprend que certains anciens cadres du parti se réjouiraient de la déconfiture du SG. A coté de ces rixes intra upécistes, il faut noter la lourde artillerie déployée par le RDPC par le truchement du ministre Bakan Bock qui n'a lésiné sur aucun moyen pour se repositionner aux yeux du Chef de l'Etat lors du prochain remaniement. Il faut surtout dire que l'inefficacité et incapacité politique des membres de l'UPC ont milité à la déchéance de ce parti dans son bastion naturel. Le slogan parti historique n'est pas un projet de société et je crois que Kodock l'a appris à ces dépens.
Le sombre avenir de l'opposition camerounaise
Il y a des signes qui ne trompent guère ; c'est ce que l'on a pu déceler de la campagne de ces dernières élections. L'opposition, presque dévitalisée, ne s'est pas livrée corps et âme à ce jeu ô combien de fois important et qui a une influence certaine sur le vote, car, c'est à cette occasion que l'on dévoile son plan, son projet de société pour avoir l'adhésion des population électrices. Malheureusement, les partis politiques d'opposition n'ont pas pu sortir l'artillerie lourde sur le plan ideologique, financier et les ressources humaines pour mettre la chance de leur côté, quant on sait que la chance ne sourit qu'à ceux qui ont été bien préparé et qu'il n'y a pas de hasard qui tienne en politique dont la complexité est indubitable.
L'opposition camerounaise, complètement diminuée, paye ainsi les conséquences de son impréparation, de l'amertune de ces présidents. A cette législature, le SDF a perdu le tiers de ses représentants à l'assemblée, l'UDC le cinquième, de même pour l'UPC, de l'Undp et du MDR. Le Rdpc une fois de plus en sort meilleur gagnant avec une majorité absolue et écrasante ; il contrôlera à coup sûr une fois de plus toute la vie politique jusqu'en 2012, années des prochaines élections législatives ;il en est de même des municipales où l'opposition en sort suffisamment affaiblis, fragilisé dans la plupart des fiefs où elle a été contraint au partage des sièges.
Avec 156 députés, le Rdpc sera maître du jeu et l'opposition ne jouera plus comme à l'accoutumée le rôle de figurant ;on peut s'entendre à nouveau à la politique de " chaise vide " à l'assemblée comme on en à eu l'habitude aux dernières législatures où l'opposition,minoritaire s'absentait pour exprimer sa désolidarisation à certains projets de lois.
Il ne faut pas être politologue pour comprendre que la décrépitude de l'opposition au fil des ans présage d'un avenir fort inquiétant, si l'élite politique en place ne cède pas la place à une nouvelle classe politique car, on a besoin au Cameroun aujourd'hui d'une nouvelle énergie issue d'une synergie de force capable d'offrir au Camerounais une autre alternative. Par pis-aller et face à l'incompétence certaine des hommes de l'opposition, on peut comprendre le raz-de-marée du Rdpc que l'on crédite de quelques positivités socio-économiques même si cet avis n'est pas partagé par tous au vu de la précarité existentielle des Camerounais dont le vécu quotidien est jonché de maladies et d'indigences de toutes sortes.
En somme, en 15 ans de pluralités politiques, l'opposition camerounaise a désillusionner l'opinion qui croyait en elle ;c'est ainsi qu'elle a perdu toute son autorité ,toute son aura et toute sa popularité d'antan pour se présenter aujourd'hui comme un ballon de baudruche sans quintessence et sans contenu aucun. De malheureux hospices se présente dès lors à l'horizon pour cette opposition que l'on accuse de tout les maux et dont la part de responsabilité dans sa disgrâce est assez établie.voilà pour la décrépitude de l'opposition camerounaise.
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