Cherif Faye
3 Septembre 2007
Elles sont près de trente femmes zambiennes abandonnées, veuves ou divorcées vivant entre Dakar et le Fouta dans la discrimination et la violence. Leurs maris travaillant dans les mines d'extraction de pierres précieuses en Zambie les auraient abandonnées.
C'est pour alerter l'opinion sur leur situation que l'Ong Awomi a convié les médias, samedi dernier 1er septembre dans l'après-midi, à une conférence de presse à son siège située sur la route de l'aéroport à Yoff Layène.
Alerter l'opinion nationale et internationale sur la situation de ces malheureuses femmes zambiennes pour que des actions judiciaires soient initiées et qu'une grande mobilisation sociale et un plaidoyer auprès des autorités sénégalaises et zambiennes puissent être entamés. C'est le dessein que nourrit l'Initiative des Femmes Africaines du Millénaire contre la Pauvreté et pour les Droits Humains (Ifaped) ou Awomi, en conviant les médias à une conférence de presse samedi dernier 1er septembre à son siège sis à Yoff Layène sur la route de l'aéroport. En démarrant la manifestation à 16 h, la coordonnatrice des programmes d'Awomi, Mme Salimata Bocoum a noté la mise en à "uvre par son institution de deux programmes, le Yowli (Initiative pour le Leadership de Jeunes Femmes) et le Wefu (Fonds d'encadrement des femmes) qui leur offre des opportunités économiques et soutient ce groupe de femmes zambiennes victimes de violences basées sur le genre.
Désespoir et suicide
Au total, elles sont une trentaine de femmes zambiennes qui ont choisi de suivre leurs maris au Sénégal. La plupart d'entre elles résident au Fouta, certaines devenues veuves ou divorcées vivent à Dakar. Les maris sont des Toucouleurs du Fouta ou des Sarakholés émigrés à Kitwe, la principale région d'extraction des pierres précieuses en Zambie. Les témoignages de ces femmes sont dramatiques et époustouflantes. La veuve Maman Ida Atanda est brisée, la quarantaine sonnée, elle vit mal encore le souvenir du suicide mélancolique et altruiste facultatif de sa fille aînée. Elle raconte son histoire en ces termes : « J'avais deux enfants avec mon mari quand nous étions arrivés à Dakar. Par la suite, nous avons sept enfants au total, quatre garçons et trois filles. Quand ses parents sont venus nous voir, ils lui avaient demandé si j'étais excisée et si je priais. Ils lui avaient proposé de marier une autre femme alors que nous avions choisi la monogamie surr notre certificat de mariage...Déjà au village, alors que j'étais au terme de ma grossesse, les parents de mon mari m'avaient invité dans une hutte au lieu de me porter à l'hôpital. Une vieille femme m'avait demandé de me déshabiller parmi d'autres. Quand je l'ai fait, en voyant mon clitoris, elles avaient toutes fuit dehors, aucune d'elles ne voulait s'occuper de moi. C'est une femme venue de Tosriga qui m'a assistée. Après cela et la discrimination qui s'en suivit, j'étais revenue à Dakar... Au moment de mon mariage, mon mari avait accepté que je garde ma religion, c'était notre pacte car je voulais rester chrétienne.
Un jour, de retour de la messe, j'étais rentrée dans la cuisine pour faire le repas quand une de mes belles sà "urs m'avait dit que ce que je préparais était impropre à manger dans la mesure où je n'étais pas musulmane. De l'altercation qui s'en était suivie, mon mari m'avait sévèrement battue, ma belle sà "ur m'avait donné un coup de pilon à la tête. J'avais réussi à m'échapper en direction de la plage, là où est érigée la porte du Millénaire. J'avais tenté de me suicider. J'avais attaché mes yeux et plongé dans l'eau », déclare-t-elle en notant qu'elle doit son salut à la vigilance d'un vendeur peulh dont la femme avait alertée. Recueillie après un quart d'heure par les sapeurs pompiers, Maman Ida avait fait une semaine à l'hôpital. Après ce drame, son mari lui avait proposé d'aller au village dans le département de Bakel. « Je lui avais intimé de me ramener chez moi en Zambie », dit-elle. Meurtrie par les nombreuses histoires vécues par la suite au village, Maman Ida Atanda avait fui pour revenir à Dakar.
Quand son mari décéda quelque temps après, sa belle famille lui avait proposé de se remarier avec son beau frère. Selon elle, ce dernier était plus terrible que son frère. « Il m'aimait, mais pas mes enfants. Il les chassait de la chambre au moment de se coucher. Mes enfants étaient obligés de traîner jusque tard dans la nuit », avoue-t-elle. La gorge nouée par l'ampleur des sentiments, elle ressasse le suicide de sa fille aînée. « Elle s'est suicidée à cause de ces problèmes. Enfermée dans sa chambre, elle avait avalé des comprimés. Quand nous avions défoncé la porte, elle gisait par terre, de sa bouche sortait une mousse visqueuse. Elle avait rendu l'âme sur le chemin de l'hôpital Abass Ndao... Au moment de se suicider, elle m'avait laisse une note retrouvée dans son soutien-gorge lors de l'autopsie. Elle y avait écrit : Maman pardon. Ta souffrance est grande dans ce pays, mais je pense que tu es la seule à pouvoir la supporter, moi non. Je préfère mourir... Cette note, je la garde toujours sur moi. Voilà mon histoire », confesse Maman Ida qui est par ailleurs indignée par le fait que toutes ces filles sont excisées contre son gré. « C'est abominable. On leur a coupé le clitoris. Elles saignaient à la traînée », dit-elle.
Incertitude, faiblesse, et maladie
Pour ce qui concerne Véronique, elle révèle que depuis 16 ans, elle ne peut pas dire si elle est mariée ou divorcée. Elle a trois enfants, deux filles et un garçon. « C'est par amour que je me suis mariée. Je suis une chrétienne pratiquante depuis l'âge de seize ans. Mon mari m'avait proposé de me convertir à l'Islam. Par amour pour lui, j'avais essayé de pratiquer sa religion. J'ai passé cinq ans pour cela à Tambacounda et Matam. En venant au Sénégal, j'avais laissé ma voiture à l'aéroport. Depuis neuf ans que je vis à Dakar, je n'ai pas pu obtenir une maison et le loyer est très cher. Mon mari est resté en Zambie et s'est marié à une autre femme avec qui il a deux enfants. Je souffre beaucoup et demande de l'aide. Je lance ce message aux sénégalais et aux zambiens. Mon fils aîné est en 3e année à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il m'était difficile de l'entretenir jusque là », dit-elle.
Mariée en 1995, Madjuri qui a eu son premier enfant l'année suivante a été elle aussi trompée par son mari qui l'a conduite au Sénégal sous un faux prétexte. « Quand j'ai eu mon deuxième enfant en 1998, mon mari avait décidé de revenir avec moi au Sénégal. Il m'avait dit qu'il voulait partir aux Etats-Unis et attendait le visa. Il m'avait promis qu'il nous ferait partir dès l'obtention du visa. Quand j'en avais parlé à mes parents, mon père était d'accord, mais ma maman était réticente. Mais comme j'aime mon mari, je suis venue en 2002 au Sénégal. L'année suivante, j'avais un autre enfant. Mon mari décéda après. J'avais le choix de me remarier à son frère ou de repartir sans mes enfants. J'avais accepté, mais je n'avais pas la paix au Fouta. Il y avait beaucoup de problèmes. J'avais regagné Dakar où une de mes sà "urs m'avait hébergé. J'étais retournée reprendre mes deux filles et laisser le garçon au village avec beaucoup de difficultés. Trouver un logement n'est pas facile à Dakar. C'est seulement l'année dernière que j'en ai trouvé un qui est très cher, j'éprouve d'énormes difficultés pour le payer. Présentement, je voudrais rentrer au pays », souligne-t-elle.
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