Abidjan — Aujourd'hui, la production d'un film ne demande plus forcément un budget à coups de centaines de millions et les professionnels du milieu ne sont plus obligés de transporter des dizaines de kilogrammes pour faire voir leur oeuvre.
Le film tient maintenant dans un petit disque qui se glisse facilement dans une poche. Mais malgré toutes ces avancées, la diffusion en numérique, pour un cinéma africain riche en supports argentiques, se décline encore en multiples équations aussi complexes les unes que les autres.
Si pour nombre de professionnels du septième art, le cinéma africain doit se mettre à l'ère du numérique pour davantage supporter les coûts de production et suivre l'évolution technologique du monde, ils n'en reconnaissent pas moins que la question de la diffusion des oeuvres produites suscite bien des interrogations. Et c'est parce que l'argentique, symbole du cinéma des anciens, a fini de faire constituer tout 'un patrimoine filmique qu'il importe de sauvegarder'. Ainsi, la volonté de revaloriser ces archives cinématographiques implique également une restauration du matériel ancien qui permet de (re)visionner les productions en argentique.
Conseiller à la formation à l'Institut supérieur de l'image et du son du Burkina Faso, Pierre Ernest Rouamba souligne qu'aujourd'hui même si les possibilités offertes par la production permettent d"aller de l'argentique au numérique dans le cadre du télécinéma' ou encore 'du numérique à l'argentique ou le kinescopage', le coût de la diffusion se révèle élevé. Mieux, précise le coordonnateur général du concours international de courts métrages d'Abidjan (Clap Ivoire), Yao Norbert Etranny, le télécinéma nécessite de nos jours un matériel de haute technologie, dont le coût est estimé à 150 mille dollars ; soit environ 75 millions de francs Cfa.
Des échanges, tenus mercredi dernier dans le cadre de la table ronde de ce septième rendez-vous des jeunes cinéastes de l'Union économique monétaire ouest-africaine (Uemoa), on note l'obligation de créer des circuits de distribution internes pour assurer la diffusion des films produits avec l'émergence des nouvelles technologies. C'est ce que semble comprendre un pays comme le Nigeria, où des privés ont investi le septième art pour 'favoriser la production de films sur supports domestiques afin de les mettre à la disposition des consommateurs'. Le Bénin a, face à la fermeture de salles, choisi d'amener le cinéma vers le public à travers notamment 'le cinéma itinérant'. Un cinéma qui se découvre aujourd'hui avec plus de trois mille points de diffusion de films. Cette stratégie pousse le représentant de l'Institut supérieur de l'image et du son du Burkina Faso à dire que 'le numérique a son destin tout tracé en Afrique '.
C'est pourquoi, le représentant de la direction de la Cinématographie du Sénégal, Abdoul Aziz Cissé, avait auparavant mis l'accent sur les multiples opportunités offertes par le numérique, dans sa communication axée sur le thème de Clap Ivoire 2007 : 'De l'argentique au numérique, rupture ou compatibilité'. Aujourd'hui, rapporte le cinéaste, avec une moyenne annuelle de 35 films produits par an, grâce à l'adoption des technologies numériques, les jeunes cinéastes ont réussi à faire amorcer à la production filmique une sortie de crise dans laquelle le secteur était plongé deux décennies durant, 'alors que, remarque Abdoul Aziz Cissé, même à l'époque mythique de l'âge d'or du cinéma sénégalais, où l'Etat et ses partenaires investissaient beaucoup d'argent dans le secteur, on ne produisait pas une moyenne de quatre films par année'.

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