Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Cacao - le jeu de la récupération

Rfi/Lp

8 Septembre 2007


Kinshasa — Des retraités américains pourraient bien faire les frais des investissements hasardeux du FRC, le fonds de régulation et de contrôle, qui chapeaute le négoce du cacao ivoirien. Le fonds qui gère leurs pensions s'est allié aux instances de la dite filière du cacao pour acquérir en décembre 2003 l'usine de chocolat de Fulton, près de New York. Hausmann Banet, le dirigeant de ce fonds de pension basé en Californie, (Lion Capital) est aujourd'hui pressé de récupérer ses billes, soit les 20% qu'il détient dans l'usine, car le retour sur investissement n'est pas au rendez-vous. Et pour cause. L'usine n'a toujours pas produit le moindre carreau de chocolat. Longtemps, cet Ivoirien d'origine a accepté les explications d'Abidjan sur les retards occasionnés par la guerre civile dans les financements promis. Mais, lui et ses actionnaires ont fini par se lasser et ont lancé un détective à la recherche des capitaux engloutis.

39 millions de dollars ont bien été virés par le FRC à l'usine de New York, mais ils n'ont jamais atteint leur destinataire. On en perd la trace après un transit via un compte ouvert au nom d'une société écran, IC Trading, dans l'Etat de Géorgie; l'enquête menée par le détective n'a pas permis d'en savoir plus sur leur destination finale. « Si l'argent était arrivé à l'usine on n'en serait pas là aujourd'hui », déplore Hausmann Banet. Deux maisons ont par ailleurs été acquises à New York pour les cadres dirigeants. Le comté d'Oswego qui a généreusement subventionné l'usine pour sauver quelques centaines d'emplois menace de se retirer, selon le lobbyiste recruté par le fonds de pension pour régler le contentieux.

Pour l'instant, les Ivoiriens jouent la montre et n'ont toujours pas signé l'accord trouvé en juin, accord qui prévoit le refinancement de l'entreprise, un changement de gestion et l'apurement des dettes accumulées. Dans plusieurs courriers adressés au président Gbagbo en juin dernier, le lobbyiste lui demande de faire accélérer la procédure. Malgré les réunions convoquées par le président avec les personnes concernées, ces demandes sont restées lettre morte.

Récemment, Hausmann Banet est passé à l'action judiciaire. Il a lancé des poursuites contre le FRC qui devra répondre du soupçon de blanchiment d'argent. Montant du préjudice subi par le fonds de pension : de l'ordre de 40 millions de dollars. Reste à déterminer les réparations auxquelles pourraient prétendre les planteurs ivoiriens, les premiers floués dans cette affaire. Depuis quelques jours, ils exigent eux aussi des comptes aux structures censées les représenter et menacent une fois de plus de ne pas livrer les fèves qu'ils s'apprêtent à récolter lors de la saison principale.

ÉCONOMIE DU CACAO

Le marché mondial représente 3 milliards de $ par an avec un prix du cacao très variable qui a pu monter jusqu'à 3.000 $/tonne dans les années 1970 mais qui depuis évolue entre 1.000 et 2.000 Usd/T. Après un pic en 1977, le cours du cacao a baissé pour s'effondrer au cours des années 1990. Cela est du à une production mondiale supérieure à la consommation de manière récurrente et à l'accumulation des surplus des années précédentes.

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La production stagne depuis une dizaine d'années aux environs des 3 millions de tonnes de fèves de cacao (soit 2 fois moins de tonnage que le café). Elle est pour la plus grande part issue de petits planteurs (80 %) : en Afrique, ces planteurs représentent l'essentiel de la production, en Asie ils côtoient les grandes plantations, ces dernières dominent au Brésil. Les principaux producteurs sont : en Afrique de l'Ouest : Côte d'Ivoire 36%, Ghana 13 %, Nigeria 12 %, Cameroun 4 % ; en Asie du Sud-Est : Indonésie 12 %, Malaisie moins de 4 % ; en Amérique Latine : Brésil 6 %, Équateur 4 %.

L'Indonésie et la Malaisie connaissent une croissance très forte de leur production. L'Indonésie est ainsi passée au 3ème rang mondial alors que ce pays ne figurait pas dans les 10 pays principaux producteurs dans les années 1960.

A côté de ces grands pays producteurs, il existe des origines - Venezuela, Trinidad et Tobago, Équateur dont la production est peu importante mais reconnue pour sa qualité et la finesse des arômes. Très appréciées des connaisseurs, ces productions connaissent un renouveau depuis le milieu des années 1990.

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