Le Nouveau Réveil (Abidjan)
Eddy Pehe
15 Septembre 2007
La nouvelle est donnée de façon drue et banale le mercredi 12 septembre dernier par deux confrères de la place. M. Eugène Doudou Piot serait mort dans un hôtel.
Le lendemain, soit le jeudi 13 septembre, lesdits confrères sont revenus sur cette affaire, avec chacun son style. Mais on retiendra que la mort de ce grand homme a été banalisée et infantilisée. Pis, sa mémoire n'a eu droit à aucun égard. Pourtant, quel grand commis de l'Etat et altruiste n'était il pas ! Au nom donc de cette mémoire, il y a des questions qui méritent d'être posées après investigation. Et si M. Eugène Doudou Piot avait été assassiné?
Certes, la famille du défunt, meurtrie par la douleur de la brusque disparition de ce valeureux homme, que nous avons approchée, a choisi de ne pas se lancer dans la polémique autour de la dépouille, mais se fondant, d'une part sur les articles des confrères qui ont donné les premières informations, et d'autre part sur la mise au point que cette famille a fait publier dans le quotidien gouvernemental le jeudi 13 septembre, on ne peut que chercher à y voir un peu plus clair. Dans ladite mise au point, la famille écrivait ceci : "Il faut préciser que, quelques heures avant son décès, l'oncle de la victime, M. Yelo Guillaume, a reçu quatre coups de fil d'un inconnu qui appelait du portable de M. Doudou Piot pour l'avertir des menaces qui pesaient sur la vie de la victime. Le dernier coup de fil précisait que M. Doudou Piot était menacé de mort. C'est à la suite de ces coups de fil successifs que la famille a averti la police qui a alors pris l'affaire en main. Nous pensons donc qu'il s'agit d'un acte de banditisme. Les enquêtes sont en cours".
Que s'est-il passé entre ces coups de fil et le déplacement jusqu'au lieu où la victime aurait trouvé la mort ce mercredi nuit ? M. Eugène Doudou Piot avait-il un seul numéro de téléphone portable ? Si oui, à partir de quelle heure n'a-t-il plus répondu ? Si non, a-t-on essayé de le joindre sur l'autre numéro ? Qu'a-t-il répondu ? A quelle heure ? De la réponse à ces questions découlera le chronogramme. Il y a de fortes chances qu'il ne soit pas arrivé à "Claire Fontaine" vers 19 heures comme l'ont fait croire des articles de presse. Puisqu'à "la suite des coups de fil, successifs la famille a averti la police qui a alors pris l'affaire en main" et que cette police n'a pu joindre la victime avant le drame. Assurément, il peut y avoir sur son téléphone des numéros qui peuvent être des pistes d'enquête ou même des informations qui peuvent aider les enquêteurs. A défaut de son journal des appels, l'opérateur peut ressortir l'inventaire des appels qu'il a reçus et émis dans la journée. M. Doudou Piot ne présentait aucun signe de maladie. Il n'était ni cardiaque, ni asthmatique, ni épileptique. Pourquoi doit-il mourir d'une simple émotion ? Et même s'il était atteint d'autres maladies, il ne saurait en succomber subitement en 30 minutes, puisque nos confrères soutiennent qu'il a conduit lui-même sa voiture 30 minutes plus tôt. De quoi est-il mort au juste et si vite ? Seule une autopsie en règle le dira. A défaut d'interroger le médecin qui a été le premier, sur les lieux, à faire le constat sur de sa mort clinique, sur les cause de cette mort. Là aussi, on s'interroge. Qui a fait appel au médecin et qui a appelé la police ? Est-ce avant la mort ou après ?
L'hôtel est un coin ouvert, ce qui veut dire qu'il y a avait sûrement d'autres clients et donc, des va et vient incontrôlés et incontrôlables. Des clients (même innocents) peuvent bien avoir pris des chambres autour de la sienne. Avant son arrivée et après son arrivée. Qui sont-ils? Qu'ont-ils entendu ? Qu'ont-ils vu ? Il est fort possible, aussi que M. Doudou Piot ait été suivi par des individus jusqu'à dans ce lieu ce même jour où il a reçu des menaces de mort sur un de ses portables. Il est fort possible que ces gens aient pris le temps d'étudier ses habitudes, ses fréquentations et ses loisirs. Ils pourraient aussi, ce jour, l'avoir traqué jusqu'à ce lieu. Avec ou sans complicité. Par ailleurs, il est très curieux que le confrère gouvernemental Fraternité Matin ait été le premier et le seul à être appelé tard dans la nuit avec tous les fins détails sur l'heure du drame, le numéro de la chambre. Qui a appelé uniquement Fraternité Matin ? Comment et à quel dessein ? Est-ce le médecin ? Les hôteliers, les agents des pompes funèbres ?
Pourquoi le journal gouvernemental a-t-il traité la mort de ce haut fonctionnaire avec promptitude, mais surtout comme un banal fait divers sur une page "faits divers" ? Pourquoi avoir appelé Fraternité Matin seul et pas les autres organes ? En pensant à la thèse de crime contre M. Doudou Piot, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a des points d'ombre qui indiquent qu'il y aurait des gens derrière cet acte et qui chercheraient à brouiller les pistes. D'abord en poussant à la banalisation de ce drame dans une publication sérieuse et surtout à l'infantilisation de la victime. Mais qui donc a intérêt à éliminer M. Eugène Doudou Piot ? Dans le contexte sociopolitique actuel, il est difficile de connaître ses ennemis. Aussi, bien que n'ayant pas d'ennemis déclarés à visage découvert, il peut ne pas forcement plaire ou ne pas faire l'affaire de certains individus. Dans les milieux politiques, il n'est pas un inconnu et il est d'un charisme et d'une générosité qui peuvent lui attirer la haine des esprits chagrins. Dans le monde des affaires, c'est un homme incontournable, un opérateur économique qui fait ombrage à plus d'un.
Dans le cadre professionnel, homme de rigueur et de respect, il peut tout aussi gêner. Dans tous les cas, le crime, s'il y a crime, peut être d'un caractère national ou local. Et si Eugène Doudou Piot avait été plutôt assassiné ? On attend vraiment d'être situé, car, si la vérité n'éclate pas, Eugène serait mort dans l'humiliation et sera enterré dans le déshonneur, comme le veulent certains mesquins. L'honorable Eugène ne mérite pas ça !
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