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Sénégal: Declaration de politique generale - Jamais sans ma culture !


Le Soleil (Dakar)
 

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Le Soleil (Dakar)

18 Septembre 2007
Publié sur le web le 19 Septembre 2007

Modou Mamoune Faye

Depuis le changement de régime intervenu le 19 mars 2000 au Sénégal, c'est comme si l'Etat peine à trouver des solutions aux nombreux problèmes auxquels sont confrontés les acteurs culturels. Le cinéma va mal (peu de films sont réalisés) ; le secteur du livre éprouve d'énormes difficultés pour se restructurer (les publications se font de plus en plus rares et les maisons d'édition croulent sous d'énormes difficultés) ; la musique essaie de tenir le flambeau culturel national, mais seuls quelques ténors parviennent à sortir la tête de l'eau ; les arts visuels n'existent presque que l'espace d'une Biennale de Dakar ; le théâtre a comme perdu de son lustre d'antan... et j'en oublie. Tout se passe comme si l'Etat veut se désengager de la Culture au profit d'autres secteurs jugés plus urgents.

D'ailleurs, tous les acteurs culturels vous le diront : la valse des ministres à la tête de ce département (au moins huit depuis 2000) reflète bien cette instabilité et l'insoutenable lenteur dans la réalisation des projets que le chef de l'Etat avait annoncés dès son accession à la magistrature suprême : Musée des civilisations noires, Grand Théâtre national, Festival mondial des arts nègres, Grande école dédiée aux métiers du cinéma, Maison d'édition africaine, Musée d'Art contemporain, Ecole nationale des arts, Ecole d'Architecture, Grande Bibliothèque, Maison des Archives... Autant de projets annoncés en grande pompe et qui, jusqu'à présent, tardent à sortir de terre. A qui la faute ceux qui dirigent actuellement le ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé (et ceux qui ont eu à le diriger durant ces sept dernières années) ?

Aux acteurs culturels qui ne s'impliquent pas assez pour défendre leurs droit et faire des propositions concrètes de sortie de crise ? Au gouvernement qui tarde à prendre des mesures idoines pour permettre au secteur de la Culture de sortir de sa léthargie ? Tous responsables, à notre avis ! Le dynamisme d'un pays se mesure à la vitalité de son secteur culturel. Hier, dans sa déclaration de Politique générale, le Premier ministre Hadjibou Soumaré l'a bien martelé : "Tous les pays émergents ont vécu une phase d'éclosion culturelle, facteur catalyseur des progrès scientifiques et technologiques indispensables à toute aspiration au développement". Au passage, il a réaffirmé la volonté du chef de l'Etat de "faire de la politique culturelle un des moteurs de sa stratégie de développement".

Ce n'est pas pour rien si les Etats-Unis dominent le monde. Ce pays est parvenu à imposer sa culture (son cinéma, sa musique, sa mode, son design...) à presque tous les pays de la planète. Si Hollywood cartonne dans le domaine du Septième art, c'est à cause d'un environnement fiscal et économique favorable qui permet aux professionnels américains de mieux produire, de mieux distribuer et de mieux exporter leurs images dans tous les coins du monde. Bien sûr que le Sénégal n'a pas les moyens de ce colosse que sont les USA, mais force est de reconnaître que les ministres de la Culture qui se sont succédé à la tête de ce département ne sont toujours pas parvenus à imprimer leur marque et imposer des ruptures radicales par rapport à la politique culturelle notée jusque-là au Sénégal. Pourtant, toute une stratégie a été mise en place depuis plus de trois ans afin de faire décoller les industries culturelles.

Il existe un Programme national de développement de la culture (Pndc) dont les objectifs spécifiques ont été déclinés comme suit : exploitation du potentiel économique de la Culture afin de doter l'entreprise et l'industrie culturelles de ressources humaines compétentes en vue de développer leurs performances et de rentabiliser leurs investissements ; formation aux métiers de la Culture ; appui au renforcement des capacités de l'Ecole nationale des Arts ; soutien aux initiatives en matière de formation des acteurs culturels ; échanges d'informations, de techniques et de méthodes d'enseignement aux niveau national et international ; appui aux acteurs culturels, aux grandes manifestations et la défense du Patrimoine culturel ; soutien à la création, à la production et à la diffusion dans tous les secteurs d'expression artistique (arts vivants, art visuels ...) ; soutien aux Journées culturelles et festivals locaux de dimension nationale et internationale.

Les principaux axes de ce Pndc sont les suivants : décentralisation de l'action culturelle et renforcement des capacités techniques et logistiques des services culturels régionaux ; professionnalisation des créateurs et opérateurs pour développer et améliorer les performances des cadres et agents du développement culturel ; défense de la diversité culturelle ; appui au dialogue culturel en concertation avec les organisations professionnelles de la culture. L'objectif est de favoriser la participation des organisations professionnelles à la définition des politiques culturelles et à leur mise en oeuvre. Comme on le voit, ce programme est apparemment bien ficelé, mais c'est dans sa mise en oeuvre que cela pèche. Ici, comme dans de nombreux secteurs de notre économie, la profusion des paroles cache les actes concrets. Et cela déteint finalement sur le rendement et l'efficacité.

Dans son discours d'hier devant les députés, le Premier ministre a bien reconnu que le secteur des industries culturelles et de l'artisanat d'art (au même titre que l'agriculture, l'agro-industrie, le tourisme, la pêche, les Technologies de l'information et de la communication, les télés services), fait partie de ce qu'il appelle les "grappes de croissances" capables de booster la croissance du pays et, par conséquent, de créer des emplois. Mais pour arriver à un tel résultat, il faudrait que la Culture et les acteurs culturels bénéficient de moyens substantiels leur permettant de mener à bien leurs projets.

Nous applaudissons la décision du gouvernement d'allouer 300 millions de francs CFA afin de "soutenir les artistes dans leurs activités de conception et de production d'oeuvres culturelles". Mais une telle enveloppe financière est insuffisante si l'on sait qu'avec cette somme il est quasi-impossible de couvrir, par exemple, le budget d'un long-métrage de cinéma. Il est vrai que l'Etat ne peut pas tout faire, comme le disent souvent les technocrates des ministères. Cependant, les pouvoirs publics ont le devoir de favoriser un environnement fiscal et économique à travers lequel les créateurs vont trouver les moyens pour financer leurs oeuvres. Il faut également saluer la décision des autorités de renforcer le Fonds de soutien à l'édition d'une enveloppe de 500 millions de FCfa, mais là aussi il faut plus qu'un demi-milliard pour venir à bout des difficultés que traverse ce secteur.

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La Culture a besoin de... centaines de milliards pour sortir de sa léthargie. Elle a également besoin d'hommes et de femmes dévoués, compétents, amoureux des Arts et Lettres. Bref, elle a besoin de moyens colossaux et de responsables qui ne confondent pas Culture (avec un grand C) et actions "folklorisantes" tendant à réduire notre richesse culturelle, notre patrimoine, à leur plus simple expression. Heureusement que dans son discours d'hier devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre a confirmé l'organisation, en 2008, de deux grandes manifestations culturelles d'envergure internationale que sont la Biennale de l'Art africain contemporain et le Festival mondial des arts nègres. C'est déjà ça...



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