Adrien Tchomakou
26 Septembre 2007
La mer avance malgré les dispositions prises par le gouvernement pour réduire l'érosion côtière. Elle impose son diktat mais le ministre François Noudégbessi rassure.
La mer avance. Les effets de l'érosion côtière sont énormes à Akpakpa et Fidjrossè dans la capitale économique du Bénin. Les habitations abandonnées s'effondrent et des infrastructures sont menacées. L'avancée de la mer a été réduite grâce à l'interdiction de l'exploitation du sable marin par le gouvernement représenté par les ministres des mines, de l'énergie et de l'eau, de la défense nationale et de l'urbanisme, de l'habitat, de la réforme foncière et de la lutte contre l'érosion côtière en juin dernier. Selon les informations recoupées, les populations des zones côtières ne savent plus à quel saint se vouer et interpellent le maire de leur commune. « La mer s'approche de nous de jour en jour. Où allons nous rester si nous abandonnons l'unique appartenance que nous possédons ! », s'interroge Eric Awononvi, résidant à Akpakpa non loin de l'hôtel Plm Alédjo. Le samedi dernier, ce riverain a parlé les désastres de l'avancée de la mer et appelle le maire de la ville de Cotonou, Nicéphore Dieudonné Soglo au secours. En effet, bon nombre d'habitants souhaitent abandonner leur logis mais ne savent encore où rester. Par contre, d'autres n'acceptent guère laisser leurs investissements emportés par la mer et invitent le gouvernement à prendre des nouvelles mesures pour lutter contre l'érosion côtière. A en croire des spécialistes de protection des côtes, la mer avance à un rythme exponentiel de Hilacondji à Kraké en passant par Grand-Popo, Ouidah, Cotonou et Sèmè-Kpodji. Selon leurs propos, il faut plusieurs milliards pour résoudre le phénomène. Cependant, le ministre de l'urbanisme, de l'habitat, de la réforme foncière et de la lutte contre l'érosion côtière, François Noudégbessi Gbénoukpo a lancé un appel international qui porte déjà ses fruits.
Les villas présidentielles en construction à 800 m de la côte
Les villas présidentielles pour le compte de la Censad prévue pour l'an prochain sont en construction à moins d'un kilomètre de la côte. En effet, à Sèmè-Kpodji, derrière la présidence de la République (non loin du Palais des Congrès de Cotonou) et à côté de l'aéroport international de Cotonou (non loin de Marina Hôtel), ces villas qui seront bientôt achevées se situent à quelques mètres de la côte. Au cours de notre investigation, le service technique des travaux publics et transports nous a rassurés que le sol a été bien étudié avant le démarrage des travaux. Selon les propos des responsables dont nous taisons les noms, ces villas ne peuvent pas être menacées par l'érosion côtière car, ont-ils dit, le gouvernement est à pied d'oeuvre pour éradiquer le phénomène, une déclaration identique à celle des cadres du ministère de l'urbanisme, de l'habitat, de la réforme foncière et de la lutte contre l'érosion côtière.
Une délégation hollandaise étudie le phénomène
Après l'appel du ministre de l'urbanisme, de l'habitat, de la réforme foncière et de la lutte contre l'érosion côtière, François Noudégbessi, plusieurs représentants des institutions et organisations internationales viennent constater de visu l'avancée de la mer et ses effets destructifs afin d'élaborer des voies et moyens pour combattre le phénomène. Le cas récent est la visite de travail en République du Bénin d'une délégation hollandaise de lutte contre l'érosion côtière qui entend aider le chef de l'Etat, le Dr Boni Yayi à résoudre un tant soit peu le problème. Cette délégation a effectué la semaine dernière une descente dans les localités les plus touchées par l'érosion côtière et a déploré les conditions de vie des victimes. Ces experts en matière de protection des côtes ont échangé avec les élus locaux et les populations riveraines sur leurs attentes du gouvernement, après avoir constaté les habitations emportées et les populations chassées des infrastructures menacées. De sources concordantes, l'érosion côtière est inquiétante à Sèmè-Kpodji et à Grand-Popo, un problème auquel le ministre François Noudégbessi Gbénoukpo entend remédier. « Notre village était situé à plus d'un kilomètre de la mer et cette dernière a commencé par avancer à petit coup en détruisant des maisons. Au fur et à mesure qu'elle avance, nous reculons et voici que nous sommes enfin rattrapés par le phénomène », a déclaré Nicolas, représentant des victimes de Grand-Popo. Cette délégation composée de Johan Van Vorthuizen du groupe « Royal Haskonning » spécialisé en gestion des côtes, Agnès Jansten de « Ecotys Group » spécialisé en recherche de financement et Pierre Nate N'Toti, chargé de mission du président de la République aux Pays-Bas, a parcouru les 125 kilomètres de côtes béninoises en présence du directeur de la lutte contre l'érosion côtière, André Déguénon. Après son périple de trois jours, elle a restitué le rapport de ses études sur l'érosion côtière au Bénin. Ainsi, la mission de cette délégation est d'évaluer l'ampleur du phénomène et les possibilités de protection de la côte. Pour le directeur de la lutte contre l'érosion côtière André Déguénon, il est question de parcourir les côtes pour voir exactement ce qui se passe avec ces experts qui ont des expériences avérées en matière de lutte contre l'érosion côtière.
Des propositions pour réduire l'érosion
Au terme de leur mission, les experts ont rendu compte des conclusions de leurs travaux au ministre de l'urbanisme, de l'habitat, de la réforme foncière et de la lutte contre l'érosion côtière, François Noudégbessi. A part Cotonou, ont-ils indiqué, il n'y a pas de grands atouts économiques dans les autres communes surtout à l'Ouest de Cotonou, qui nécessiteraient de gros investissements pour la protection côtière. A cet effet, ils ont suggéré de reloger les populations en proie à l'érosion côtière sur d'autres sites avec des mesures d'accompagnement, une option qui se révèle moins coûteuse. Cette délégation a par ailleurs recommandé de développer une politique de gestion des côtes. Il s'agit par exemple d'interdire l'exploitation du sable marin et l'occupation de l'espace dans les zones menacées, de construire des embouchures pérennes dans le secteur de Grand-Popo ou encore Ouidah, de gérer de façon concertée au niveau gouvernemental tous les projets touchant à l'exploitation de la côte et surtout dialoguer avec les Etats voisins pour un programme sous-régional de protection des côtes. Pour la spécialiste de recherche et financement Agnès Jansten, un procès verbal voire une feuille de route sera remis au gouvernement. « Vous avez observé le phénomène mais, selon moi, il y a quelques actions urgentes qu'il faut envisager et c'est pour cela que j'avais souhaité faire partie de la délégation », a déclaré François Noudégbessi. Ce dernier a, par ailleurs, invité la délégation hollandaise à proposer une solution dans le secteur de Grand-Popo car, au niveau de la frontière de Hilacondji, des hôtels et des voies sont fortement menacés. Il a également souhaité que la sauvegarde du patrimoine national soit intégrée à l'étude économique pour justifier l'investissement. C'est dire donc que la lutte contre l'érosion côtière est plus que jamais engagée dans notre pays.
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