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Swaziland: La multiplication des avortements, signe du désespoir des femmes

27 Septembre 2007


Mbabane — La découverte de quelque 80 foetus dans le ruisseau d'une commune périurbaine du Swaziland soulève d'inquiétantes questions sur le désespoir des femmes dans un pays où les grossesses non désirées sont fréquentes, l'avortement interdit, et où deux tiers des habitants vivent dans la pauvreté.

« Il faut trouver un moyen pour donner aux femmes la possibilité d'exercer un contrôle - ou au moins, d'avoir leur mot à dire - sur la reproduction sexuelle, pour éviter qu'elles n'aient recours à des pratiques aussi radicales et dangereuses », a expliqué à IRIN Sipiwe Tsabedze, assistante sociale à Manzini, une ville commerciale de la région centre du Swaziland.

Ce serait un progrès considérable : avant l'adoption de la nouvelle Constitution, en 2006, les femmes swazis avaient le même statut juridique que les mineurs ; elles ne pouvaient pas posséder une maison ou ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation d'un parent homme ou de leur mari, et les hommes swazis étaient généralement hostiles au planning familial.

D'après les résultats d'une récente enquête nationale portant sur les agressions sexuelles et les autres types de violence perpétrés contre les femmes et les filles, une femme sur trois aurait subi une forme ou une autre de violence sexuelle avant l'âge de 18 ans. De l'enfance jusqu'à 24 ans, près de la moitié (48,2 pour cent) des femmes swazis auraient été confrontées à une forme ou une autre d'agression sexuelle.

Le désespoir, un contexte socioéconomique difficile

Le premier petit corps a été découvert mardi dans un ruisseau de Logoba, une commune de la banlieue de la zone industrielle de Matsapha, hors de Manzini. Les autres foetus ont été découverts par la police qui a poursuivi ses recherches dans le ruisseau et aux alentours.

Les habitants de Logoba, qui ont ratissé leur bidonville et les petites propriétés voisines, ont chassé les travailleuses du sexe qu'ils accusaient d'être les responsables de ces avortements.

Avec un taux de chômage de 40 pour cent et avec la rareté des offres d'emplois dans les régions rurales où la sécheresse est persistante, les usines de la zone industrielle de Matsapha ont attiré un nombre record de personnes. Des centaines de personnes désoeuvrées déambulent dans les rues, dans l'espoir de trouver un emploi.

La détérioration de la situation économique et humanitaire a été évoquée pour expliquer le fait que de plus en plus de femmes s'adonnaient à la prostitution. Le Swaziland Action Group Against Abuse - Groupe d'action swazi contre la violence - a rapporté que l'échange de faveurs sexuelles contre un repas était une pratique courante.

« Ces femmes ne sont pas des travailleuses du sexe. Ce sont des êtres humains affamés, contraints de s'avilir en raison des circonstances. Les hommes qui bénéficient des faveurs de ces femmes n'utilisent pas de préservatifs, et face à une telle situation, elles sont impuissantes. Le risque de contracter le VIH est grand et en cas de grossesse, ces femmes ne peuvent rien faire », a expliqué à IRIN Alicia Dlamini, qui conseille les femmes victimes d'abus sexuels.

Les hommes swazis éprouvent très peu de compassion pour les femmes contraintes à l'avortement. Lors d'une émission diffusée sur les ondes de la radio nationale, plusieurs hommes ont appelé la chaîne pour faire part de leur indignation face aux actions des femmes, mais aucun d'entre eux n'a souligné la responsabilité des auteurs de ces grossesses.

« Compte tenu de l'ampleur du phénomène, il est évident que des personnes aident les femmes à mettre un terme aux grossesses en usant de méthodes pas naturelles. Ce qui est illégal », a affirmé dans un communiqué Vusi Masuku, le porte-parole de la police.

« La solution n'est pas de légaliser l'avortement. Les Swazis ne le toléreront pas du tout », a dit Mme Tsabedze.

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