Le Phare (Kinshasa)

Ouganda: Carnage sur le lac Albert - Kinshasa demande des explications à Kampala

F.m.

27 Septembre 2007


Le ton est monté entre Kinshasa et Kampala. Et pour cause ? La RDC a lancé hier une protestation énergique contre ce qu'elle considère comme « des faits graves engendrés par un comportement aussi irresponsable qu'inadmissible de l'armée ougandaise ».

En fait, Kinshasa se plaint de la mort de six congolais tués par des éléments d'une patrouille de l'armée ougandaise dans le lac Albert. Selon le ministère des Affaires Etrangères et la Monuc, un canot de l'armée ougandaise a arraisonné sur le lac une embarcation civile congolaise et a ouvert le feu sans sommation sur les passagers parmi lesquels se trouvaient quarante civils et deux éléments des FARDC. Le bilan est sérieux : six morts sur le champ et des nombreux blessés graves qui ont été acheminés vers un centre hospitalier situé sur la rive Ouest.

Kinshasa exige donc des explications du gouvernement ougandais sur ce drame « qui n'est pas de nature à consolider ni l'esprit ni la lettre » des récents accords conclus entre les deux pays. Des accords destinés à raffermir les relations au plan sécuritaire et économiques, souligne ce communiqué du ministère des Affaires Etrangères déposé à l'ambassade de l'Ouganda à Kinshasa. Comme tout le monde le sait, la découverte des gisements importants de pétrole dans le lac Albert avaient suscité pas mal de convoitises de part et d'autre et pour éviter des accrochages, les gouvernements de deux pays avaient convenu de confier à une société canadienne l'exploitation de ces ressources énergétiques tout en fixant les modalités de partage des dividendes financières. Le choix est tombé sur la société HERITAGE OIL qui avait découvert en 2006 ces champs d'hydrocarbures transfrontaliers et dont l'exploitation est prévue pour l'an 2009.

Règlement des comptes à l'ougandaise

En fait, les deux pays s'entraccusent et chacun veut tirer la couverture de son côté. Mais toujours est-il que ce qui est arrivé avant-hier était prévisible. Car, du côté ougandais, l'on soutient que le canot était venu à la rescousse de la barge de la société HERITAGE qui avait été arraisonnée par des éléments de la Monuc. Déjà, au mois d'août dernier, les ougandais avaient dénoncé qu'un ingénieur britannique travaillant pour cette société avait été abattu par des militaires congolais alors qu'il se trouvait dans la partie ougandaise. De là à soutenir la thèse d'un règlement des comptes, il n'y a qu'un pas que les autorités congolaises ne se sont pas gênées de franchir, d'où cette protestation énergique du ministère des Affaires Etrangères de par le ton et les termes utilisés.

HERITAGE OIL CORP contredit la Monuc

Voulant à tout prix dégager leur responsabilité et apaiser le climat de tension qui est monté de plusieurs crans depuis les accrochages sanglants de lundi dernier, les responsables de cette compagnie pétrolière ont démenti « qu'une de leurs barges de prospection ait été à l'origine d'un accrochage meurtrier sur le lac Albert entre les troupes de l'Ouganda et celles de la République Démocratique du Congo ». Selon eux, leur barge était à l'intérieur des eaux ougandaises et plus précisément là où les experts de la société avaient découvert des gisements importants.

Une position qui rejoint celle défendue par Kampala accusant les Casques bleus de la Monuc d'avoir intercepté la barge de la société canadienne dans les eaux ougandaises juste au moment où elle se dirigeait vers la partie congolaise du lac Albert. Quant aux dégâts humains, les autorités militaires ougandaises ont reconnu l'accrochage qui s'est soldé par la mort de deux soldats congolais et un ougandais impliquant la barge de la société canadienne.

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