Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Imperturbable, la CEI se prépare à des nouveaux scrutins dans un pays toujours aussi divisé

Kenge Mukengeshayi

27 Septembre 2007


Dans un communiqué rendu public mercredi dans la soirée, la Commission Electorale Indépendante confirme qu'elle reste active dans la perspective de prochaines élections municipales et locales, quand bien même elle garde le silence sur les dividendes à en tirer là où les consultations de 2006 n'ont engendré que déchirements, frustrations et amertume.

Sous la signature du Rapporteur Dieudonné Mirimo Mulongo, la CEI annonce dans son communiqué la fin de l'opération pilote de validation des listes électorales organisée du lundi 16 au samedi 22 septembre dans les territoires de Luozi et Kasangulu. La CEI se réjouit que près de 70% des électeurs retrouvés dans les groupements couverts aient pris part à cette opération test. Avant de conclure que les résultats permettront d'envisager avec précision et minutie une opération globale de validation des listes électorales sur l'ensemble du territoire national pour une révision correcte du fichier électoral national en prévision des élections urbaines, municipales et locales.

Imperturbable

Outre le fait que les Congolais attendent la création d'une nouvelle commission électorale - la CENI - pour remplacer une CEI attaquée, vilipendée et naturellement contestée pour sa gestion des élections de 2006, les observateurs s'accordent généralement sur le fait que celle-ci ne semble pas avoir tiré tous les enseignements de l'expérience du processus qu'elle a conduit de la manière que l'on sait, depuis le référendum constitutionnel de 2006 jusqu'aux sénatoriales de 2007, en passant par la présidentielle, les législatives et les provinciales.

Au-delà de la forte contestation dont elle a fait l'objet et qui a profondément entamé sa crédibilité ainsi que celle de son leadership, il est vrai que la CEI n'a pas réussi, d'une part, à conduire un processus réellement crédible et, de l'autre, à organiser des élections qui ne soient pas synonymes de déchirements dans l'espace politique congolais. Malheureusement, tout s'était passé et continue de se passer chez nous comme si la démocratie devait uniquement et exclusivement se décliner selon le mode choisi par le vainqueur et le tempo voulu par le pouvoir. C'est-à-dire loin, très loin du débat d'idées, de la confrontation des projets de société comme facteur d'élévation, de transformation et de progrès.

De la même manière, la CEI s'est comportée, selon plusieurs commentateurs dans la capitale, comme si l'autocritique ne faisait pas partie de ses méthodes de travail. Comme si elle ne se souvenait plus qu'à tout prendre, la participation aux élections de 2006 a été très faible pour un pays dont le corps électoral avait été estimé à 30 millions d'électeurs, au point de n'atteindre que 12 millions seulement de votants lors de l'élection phare du processus, c'est-à-dire la présidentielle.

Que s'est-il donc passé pour que les Congolais boudent aussi ostensiblement les élections ? Comment expliquer cette désaffection de l'opinion en général et des électeurs en particulier ? Faut-il prêter foi à la thèse selon laquelle la démocratie en Afrique en général et en RDC en particulier est celle du pouvoir ; que les résultats étaient connus d'avance et qu'ils ne pouvaient en tous points qu'être conformes à ce que les parrains et financiers du processus avaient décidé ? Enfin, dans l'hypothèse où tout cela n'était que rumeurs et fausses accusations, qu'est-ce qui a été fait pour crédibiliser le processus et amener tous les Congolais à y adhérer ?

Pour le moins, il va donc falloir à la CEI s'engager dans une démarche plus cohérente et plus volontariste, destinée à rebâtir la légitimité des institutions issues du processus électoral et de leurs animateurs. Agir autrement serait, incontestablement, vouloir investir dans les déchirements, la haine, la méfiance et la violence comme mode d'accession au pouvoir.

Pour un nouveau consensus électoral

Bref, un processus électoral qui refuse d'investir dans la réconciliation nationale ou qui n'entend se sublimer que par les déchirements, l'exclusion et les divisions ne constitue pas la meilleure garantie pour un avenir de paix. Un tel processus n'est pas le meilleur gage de la mobilisation de toutes les forces politiques et sociales du pays sur la voie de la reconstruction et du développement, de la prospérité et de la puissance, tant il est vrai qu'un royaume divisé, disent les saintes écritures, est voué à la dégénérescence, à l'effondrement et à la ruine.

En d'autres termes, la CEI, ou plutôt la CENI à venir aurait dans cette vision comme tâche prioritaire de se mettre au coeur de la recherche d'un nouveau consensus pour que les échéances électorales attendues ne soient pas une nouvelle source de division mais, plutôt, un lieu de réconciliation et une occasion de remobilisation de toutes les forces politiques et sociales de la RD Congo. Deux facteurs devraient y concourir de manière déterminante. D'abord un consensus national sur la tenue même des échéances. Ensuite, un accord politique impliquant toutes les forces politiques et sociales les plus significatives du pays pour l'organisation d'un véritable recensement sur l'ensemble du territoire national, la revisitation du fichier électoral, le lancement de chambres foraines sur le modèle ivoirien afin d'identifier et d'inscrire tous les nouveaux électeurs.

Liens Pertinents

La question que l'on est évidemment en droit de se poser est celle de savoir si la CEI est suffisamment indépendante pour prendre ses distances par rapport au contexte politique afin d'offrir aux Congolais la possibilité d'avoir des élections urbaines, municipales et locales fiables. Evacuée la pression des élections à forte charge émotionnelle comme la présidentielle et les législatives, rien ne devrait, objectivement, s'opposer à une telle initiative. Sauf si, aussi bien parmi les leaders congolais et les parrains du processus, il en existe pour qui la précipitation, l'exclusion, la tension, les divisions et le déficit de réconciliation nationale constituent une garantie de conservation des privilèges, plus en tout cas qu'un processus transparent qui ferait de la RDC un véritable géant démocratique et une puissance économique au coeur de l'Afrique.

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