Agence Net Press (Bujumbura)

Rwanda: La France et le Kenya en tête des pays réticents à extrader les génocidaires rwandais

1 Octobre 2007


C'est ce qu'on a appris ce matin d'une source sûre en provenance du tribunal pénal international pour le Rwanda (Tpir) basé à Arusha en Tanzanie qui fermera ses portes à la fin de l'année 2008.

Depuis trois ans, le conseil de sécurité des Nations-Unies, connaissant cette date butoir, a négocié et obtenu du gouvernement rwandais, la suppression de la peine de mort, condition sine qua non pour que le Tpir envoie les génocidaires non encore jugés dans leur pays afin qu'ils répondent de leurs actes.

Mais nombreux parmi ces criminels de sang sont ceux qui sont plus que réticents à être renvoyés à Kigali, soupçonnant que le pouvoir va « s'arranger » pour qu'ils meurent d'une façon ou d'une autre, d'autant plus que le traitement « à l'onusienne » des condamnés est plus que confortable au regard de la misère dans laquelle baigne chaque jour le Rwandais moyen. Selon une information obtenue auprès d'Arusha il y a 2 ans, il semble qu'en plus des conditions humaines dans lesquelles les prisonniers condamnés par un tribunal onusien doivent être traités, ils bénéficient de 6 dollars américains comme per diem, soit au moins 180.000 Fbu par mois. Ce montant correspondait à peu près au salaire mensuel du chef d'Etat-major de l'armée burundaise avant la hausse vertigineuse des salaires des militaires et des policiers le 1er juillet 2006 qui s'élevait à 190.000 Fbu.

Parmi les nombreux pays qui abritent les génocidaires rwandais recherchés par le Tpir et qui sont au nombre de 16, figurent en tête la France et le Kenya. Le cas de l'abbé Wenceslas Munyeshaka et de l'ancien préfet de Gikongoro, deux fois arrêtés et deux fois relâchés il y a quelques jours, se trouve encore dans toutes les mémoires. Quant au Kenya, dont le soutien aux génocidaires rwandais était manifeste sous la présidence de Daniel Arap Moi, son accointance avec ces criminels s'était légèrement assouplie après son départ du pouvoir. Rappelons que M.

Moi, non seulement avait accueilli à bras ouverts les génocidaires fugitifs dès 1994, mais aussi avait menacé d'emprisonnement d'éventuels enquêteurs qui seraient envoyés chez lui par le Tpir. Il a fallu que la Grande-Bretagne et surtout les Etats-Unis tapent du poing sur la table pour que Daniel Arap Moi revienne à la raison.

Aujourd'hui, c'est un des hommes les plus recherchés par le Tpir qui se cache quelque part au Kenya, Félicien Kabuga, beau-père de Juvénal Habyalimana, grand milliardaire très connu pour son argent ayant servi à installer et entretenir la Rtlm de bien triste mémoire. Dans un livre publié par le chercheur et l'historien Jean-Pierre Chrétien, après le génocide rwandais, Félicien Kabuga avait assumé fièrement les émissions de la sinistre radio avant le déclenchement du génocide : « sa mission consiste à dénoncer ces petits Tutsi imbus d'eux-mêmes. » Cependant, même si le Tpir ferme ses portes à la fin de l'année prochaine, les génocidaires réclamés par ce tribunal continueront à être recherchés, soit pour être jugés dans leur pays de refuge, soit pour être traduits devant la justice rwandaise.

Erratum. Dans notre édition de ce 30 septembre 2007, une erreur s'est malencontreusement glissée dans une de nos dépêches intitulée : « La loi organique du Cnc engage de plus belle la surenchère entre les professionnels des médias et le pouvoir ». La rédaction avait mentionné que « cette loi doit être une copie conforme à celle qui avait été invalidée par la cour 'suprême' » alors qu'elle voulait mentionner plutôt que cette loi avait été invalidée par la cour 'constitutionnelle'. La rédaction s'excuse auprès de son lectorat et aux milieux des hommes de droit.

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