Fraternité (Cotonou)

Bénin: Rentrée scolaire et universitaire 2007 - 2008

La Rédaction

3 Octobre 2007


Le front des trois ordres d'enseignement se prononce ce jour sur la tenue ou non de la rentrée scolaire prévue pour le 04 octobre prochain par le gouvernement. Les syndicalistes accepteront-ils d'effectuer la rentrée tout en poursuivant les négociations avec le gouvernement qui compte sur leur esprit patriotique ? Rien n'est moins sûr.

Les grèves perlées "effondrent" le niveau des apprenants

La nouvelle plaie de l'école béninoise est la fréquence des grèves des enseignants qui déteignent sur le rendement des apprenants. Une situation inquiétante qui a malheureusement la peau dure.

Les syndicalistes béninois du secteur de l'éducation ont la dent dure contre les pouvoirs publics. Branchages et banderoles en mains, le tout ponctué par des chants de dénonciation et des envolées lyriques, ils réclament depuis quelques années et ceci à la veille des rentrées et au cours de l'année scolaire et universitaire, de meilleures conditions de vie et de travail. Cette année, pour satisfaire les revendications des enseignants, l'Etat doit débourser la bagatelle de 154 milliards et renoncer aux Nouveaux programmes d'étude (Npe). "Une grève de 72 heures sera lancée dès la rentrée du 04 octobre", menace Paul Essè Iko, secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb) qui ajoute, la voix grave : " La Cstb a mis sur pied un comité de combat face à la situation de boycott de la rentrée et tant que les Nouveaux programmes d'étude (Npe) ne seront pas suspendus, nous ne reprendrons pas le chemin de l'école car, contrairement à ce que pense le gouvernement, la seule satisfaction des revendications économiques ne suffit pas". Raoufou Affagnon, le coordonnateur du bureau de liaison des centrales syndicales des trois ordres de l'enseignement enfonce le clou : "Nous allons prendre des voies buissonnières pour une rentrée buissonnière".

Le bras de fer entre les centrales syndicales et le gouvernement a repris de plus belle. Deux semaines auparavant, avec la menace de boycott de la rentrée antérieurement fixée au 17 septembre 2007, proférée par les syndicalistes, le gouvernement avait purement et simplement décidé en conseil des ministres de reporter la reprise des classes au 4 octobre et de mettre le temps du report à profit. Ainsi, il a entamé des discussions avec les différents acteurs de l'éducation afin de mettre un terme aux grèves perlées qui participent des causes de la baisse du niveau des élèves et étudiants béninois. Pour sauver l'année scolaire, le dimanche dernier, le chef de l'Etat a initié une nouvelle rencontre avec les syndicalistes. Une séance au cours de laquelle il a appelé ses interlocuteurs à l'esprit patriotique et à la compréhension. En dehors des différentes rencontres avec les centrales syndicales, les membres du gouvernement ont été dépêchés dans tout le pays pour sensibiliser les parents d'élèves et les enseignants sur le bien fondé du démarrage des classes le 4 octobre 2007. En effet, pour satisfaire la plate-forme revendicative des enseignants, environ 114 milliards ont été débloqués par le gouvernement. Toujours dans sa volonté de redorer le blason de l'éducation béninoise, plusieurs autres actions ont été menées dont la construction de 300 salles de classe, le recrutement de quelque 3000 enseignants contractuels et 200 professeurs certifiés pour accompagner la gratuité de l'enseignement maternel et primaire (décidée depuis l'année dernière) et la poursuite du dialogue social avec les centrales syndicales. "Au regard de l'article 98 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990, la doléance sur la revalorisation de la fonction enseignante est impossible" défendent les ministres de l'enseignement primaire, de l'alphabétisation et des langues nationales, Christine Ouinsavi et de la fonction publique, Emmanuel Tiando. En ce qui concerne les Nouveaux programmes d'étude, Christine Ouinsavi pense qu'avec eux, l'enfant maîtrise les démarches de résolution des problèmes, ce qui est fondamental. Visiblement, les syndicalistes et le gouvernement, ne sont pas encore sur les mêmes longueurs d'onde.

Consensus difficile

Les taux de réussite peu rassurants enregistrés lors des examens scolaires et académiques de l'année scolaire 2006-2007 ne sont pas prêts, au vu de la situation actuelle, d'être un mauvais souvenir. En effet, aucun des examens scolaires, à savoir le Certificat d'étude primaire (Cep), le Brevet d'étude du premier cycle (Bepc) et le Baccalauréat, n'a excédé la barre des 50% de réussite. Déjà en 2001-2002, l'année scolaire a dû être prolongée jusqu'en août pour cause de grève avec des conséquences désastreuses sur le rendement des apprenants. A l'université, cette année, c'est pire. Des filières n'ont même pas fait mieux que 1% à la première session. Didier, un étudiant en première année de Science économique à l'université d'Abomey-Calavi, après avoir pris connaissance de ses résultats se fâche : "C'est énervant. Comment veulent-ils que nous ayons de bons résultats si sur les 9 mois réglementaires de travail, nous travaillons pendant à peine 6 voire 5 pour cause de grève". Diane, une autre étudiante qui n'est également pas admissible se plaint, les larmes aux yeux : "L'enseignement est devenu une autre chose que la passion que nous connaissions à nos anciens instituteurs. Les professeurs d'aujourd'hui ne pensent qu'à leurs intérêts". Tout en essuyant ses larmes, elle indexe également les gouvernants. "Ils ne prennent jamais leurs responsabilités à temps et malheureusement, c'est nous qui ramassons les pots cassés des radicalisations de positions de part et d'autre". La plupart des enseignants (comme on pouvait s'y attendre) ne sont pas du même avis que leurs élèves et étudiants. "Toute lutte a ses avantages et ses inconvénients. Et celle que nous menons actuellement, c'est beaucoup plus pour le bien des apprenants afin de leur permettre de relever leur niveau", se défend un instituteur qui a requis l'anonymat.

Mais en attendant de trouver un terrain d'entente entre le gouvernement et les syndicalistes pour mettre fin aux grèves répétées, le niveau des apprenants va décroissant. Les élèves, pendant cette période, ne s'occupent guère de leurs études ou des activités favorables à leur éducation. Bien au contraire. Quand on sait que pour une bonne année scolaire, il faut au Bénin entre 600 et 900 heures de cours et que c'est l'une des raisons qui ont amené le gouvernement à programmer la rentrée plus tôt que d'habitude, il est clair que rien n'est gagné d'avance dans cette lutte que mène le gouvernement pour le relèvement du niveau très faible des apprenants. Face aux mécontentements des parents d'élèves, le ministre de l'enseignement primaire, de l'alphabétisation et des langues nationales, Christine Ouinsavi essaie de calmer les esprits : "Les résultats ne m'étonnent guère. Il y a eu une évaluation similaire qui a été conduite par des structures internationales et c'est pratiquement aux mêmes résultats (44%) qu'on a abouti en matière de performance de nos élèves". Pour remédier à la baisse du niveau des apprenants, elle recommande que chacun à son niveau, redouble d'ardeur pour régler une fois pour toute, les dysfonctionnements enregistrés l'année passée. Et, à l'en croire, le suivi et l'accompagnement nécessaires ne feront pas défaut pour relever le niveau des apprenants. Elle laisse entendre : "Nous n'irons plus vers les enseignants comme des gendarmes mais comme des encadreurs pour les accompagner au mieux". Contrairement à l'optimisme affiché du ministre, les syndicalistes ne sont pas de leur côté prêts à démordre et en attendant que les deux parties concernées ne trouvent un terrain d'entente, les apprenants béninois courent encore le risque d'être, une fois de plus, formés au rabais.

Les têtes couronnées entre dans la danse

Elèves, étudiants, et têtes couronnées invitent les enseignants à reprendre le chemin des classes demain. Prêts pour le démarrage des cours, les élèves et les étudiants réitèrent leur soutien au chef de l'Etat pour avoir maintenu le 04 octobre prochain, jour de la rentrée scolaire 2007-2008. En effet, ils l'ont fait savoir hier à travers une marche qu'ils ont organisée à Cotonou. Ils ont bravé la pluie qui s'est abattue sur la capitale économique de notre pays pour appeler les enseignants à un esprit patriotique. Ils comptent sur la compréhension des acteurs de l'éducation et souhaitent que les enseignants démarrent la rentrée tout en continuant les négociations avec le gouvernement. De même, les têtes couronnées et les confessions religieuses souhaitent que la rentrée ait lieu demain. C'était avant-hier suite à leur échange avec le premier magistrat de notre pays. Selon les informations recoupées, ces sages ont analysé les propos du président Boni Yayi et précisé que le chef de l'Etat à la volonté de satisfaire toutes les revendications des enseignants mais, les moyens lui font défaut.

Les représentants du cadre de concertation des élus des Collines soutiennent Boni Yayi

Les honorables André Dassoundo, Oba Chabi, Grégoire Laourou et le ministre Désiré Adadja ont animé hier, mardi 2 octobre 2007, une conférence de presse pour exprimer de vive voix leur soutien au Dr Boni Yayi en ce qui concerne la reprise des activités académiques 2007-2008 demain. Selon l'ancien ministre des finances Grégoire Laourou, depuis qu'il est dans le secteur des finances, il y a de cela 25 ans, c'est la toute première fois, qu'un gouvernement consacre plus de 30% du budget national à l'éducation. Pour lui, c'est salutaire et il faut encourager et soutenir le chef de l'Etat dans cette lancée.

Pour le député Oba Chabi, quelle que soit les divergences, il faut que les enseignants se rendent à l'école le 04 octobre prochain. Il a souhaité une rentrée apaisée non seulement aux écoliers et élèves mais aussi aux enseignants. Selon lui, du moment où le gouvernement du Dr Boni Yayi a pris conscience des revendications et s'est engagé à les satisfaire progressivement, il va de soi que les acteurs de l'éducation comprennent et mettent un terme au bras de fer qui les oppose au gouvernement.

Le ministre des Télécommunications, Désiré Adadja a quant à lui, expliqué les raisons qui ont amené le chef de l'Etat à envoyer les membres de son gouvernement en tournée de sensibilisation et d'information des populations sur le conflit qui l'oppose aux syndicalistes. Selon lui, le gouvernement de Boni Yayi n'a nullement l'intention de soulever les populations contre les syndicats. Bien au contraire, c'est pour expliquer les efforts que le gouvernement a déjà consentis pour diminuer les peines des enseignants et des élèves. Pour Désiré Adadja, les dépenses relatives à la tournée gouvernementale sont insignifiantes vis-à-vis de ce qu'il faut pour satisfaire entièrement les revendications des syndicalistes.

Enfin, le premier vice président du parlement, l'honorable André Dassoundo, après avoir analysé la situation, a souhaité vivement que les enseignants reprennent le chemin des classes le 4 octobre comme le désire le chef de l'Etat. Selon lui, il faudrait que l'année scolaire 2007-2008 soit vraiment apaisée pour le bien des apprenants.

Démarche salutaire des ministres

La descente des membres du gouvernement dans leur département d'origine pour sensibiliser les parents d'élèves sur la tenue à bonne date de la rentrée scolaire, illustre le fait que le président de la République fait de l'éducation, l'une de ses priorités. Et comme l'émergence du Bénin ne saurait être effective sans l'instauration d'une éducation de qualité à travers tout le pays, les ministres ont pris d'assaut les contrées de notre pays pour expliquer aux populations la volonté du Dr Boni Yayi à satisfaire aux revendications des enseignants. Le gouvernement vient ainsi de donner un signal fort en tenant des langages francs avec les parents d'élèves.

114 milliards débloqués pour l'éducation

114 milliards de f cfa, c'est le montant débloqué par le gouvernement pour les préparatifs de la rentrée scolaire du 04 octobre prochain. Le premier magistrat de notre pays a relevé le point indiciaire à 7% et le paiement de la 2ème tranche des 500.000 f cfa dus aux agents permanents de l'Etat a commencé. Près de 7 milliards ont été déboursés au titre de l'année scolaire écoulée comme subventions aux enseignements maternel et primaire décrétés gratuits. Le paiement des frais des journées pédagogiques, de la prime de revalorisation de la fonction enseignante et d'autres primes aux enseignants pour un montant de 4 milliards 370 millions, l'augmentation des frais de correction et d'encadrement pour l'examen du Certificat d'étude primaire (Cep) pour environ un milliard de francs cfa sont également à l'actif du gouvernement. Ce dernier a recruté au titre de l'année académique 2007-2008, plus de 4.000 enseignants contractuels et 200 professeurs certifiés qui sont respectivement formés à coût de milliards sur les nouveaux programmes d'études et le programme d'études des universités d'Abomey-Calavi et de Parakou. Selon les informations recoupées, ces enseignants sont prêts à reprendre le chemin des classes dès demain. De sources concordantes, le gouvernement a aussi débloqué 3 milliards 575 millions de francs cfa pour construire 300 salles de classe. Le démarrage de la construction de trois écoles normales intégrées à Allada, Dogbo et Kandi s'inscrit dans la droite ligne de la volonté du premier magistrat de voir les enseignants bénéficier d'une formation de qualité qui leur permettra d'être plus performants sur le terrain.

Les enseignants vacataires menacent de boycotter la rentrée

Au moment où les représentants du cadre de concertation des élus des collines animaient leur conférence de presse pour inciter les parents d'élèves à envoyer leurs enfants à l'école le 4 octobre prochain et demander aux enseignants de reprendre le chemin des classes, un groupe d'enseignants vacataires était en sit-in sur l'esplanade de l'Assemblée nationale et des mouvements de protestation s'observaient au Lycée Béhanzin.

En effet, ces enseignants, menacent de boycotter la rentrée scolaire 2007-2008 car selon eux, le gouvernement doit payer les deux mois de salaire à tous les vacataires. Ils jugent injuste le fait que c'est seulement leurs collègues qui ont 16 heures d'affilée dans un collège qui bénéficient de cette mesure. De leurs explications, il ressort qu'existe bien de vacataires qui comptabilisent plus de 24 heures par semaine dans différents établissements. Pour ce fait, ils exigent le payement des deux mois de salaire à tous les vacataires. De plus, ils protestent contre cette politique de l'Etat qui voudrait que les vacataires se soient formés sans primes, même sans les frais de déplacement ni de déjeuner. Alors que la semaine dernière, les contractuels pour leur formation, ont eu droit au repas et aux frais de déplacement.

Enfin, ils réclament des primes de rentrée avant d'aller en classe le 04 octobre 2007.

Les revendications du Front d'actions des syndicats des trois ordres d'enseignement

I - Revendications à court terme à satisfaire nécessairement avant la rentrée

1 - La Signature du décret portant revalorisation de la fonction enseignante ainsi que son application

2 - La correction de l'arrêté interministériel n° 359 du 21-10-2005 portant allocation d'incitation à la fonction enseignante et sa revue à la hausse conformément aux recommandations du Forum National sur l'éducation.

3 - Le recrutement de tous les normaliens et la diminution des frais d'incitation dans les écoles normales.

4 - La formation et le maintien en poste de tous les enseignements communautaires et contractuels locaux recensés.

5 - La mise à disposition à temps des subventions aux établissements scolaires publics.

6 - L'amélioration des différentes primes allouées aux enseignants et leurs paiements en bloc.

7 - La prise en compte de tous les enseignants sans discrimination (communautaires, contractuels locaux, collègues en poste dans les circonscriptions scolaires ou dans d'autres services administratifs des Ministère de l'Education) dans le paiement des divers primes payés aux enseignants Agents Permanents de l'Etat.

8 - Le paiement effectif clés douze mois de salaire aux communautaires et aux contractuels locaux au titre de l'armée scolaire 2006-2007.

9 - Le paiement de la moitié des arriérés salariaux dus aux enseignants conformément aux recommandations du Front National sur l'éducation.

10 - Le paiement intégral des arriérés salariaux inférieurs à cinq cent mille (500.000) F CFA.

11 - Le paiement sans délai des avantages 1iés au stage de formation et la prime de première installation aux normaliens.

l2 - La réinstitution du principe d'exonération de fils d'enseignant au paiement de la contribution ou du droit d'inscription dans tout établissement public d'enseignement scolaire et universitaire.

13 - L'organisation de la deuxième visite médicale au profit de tous les enseignants.

14 - La formation de tous les enseignants intervenant dans les classes du NPE.

II- Revendications à satisfaire au cours de l'année scolaire

1 - La mise en application intégrale des recommandations du forum.

2 - Le règlement des disparités catégorielles notamment celles des enseignants normaliens qui, recrutés sur la base du BEPC et après trois (03) ans de formations sont reclassés en CI au lieu de B comme c'est le cas dans d'autres secteurs publics.

3 - Le règlement définitif du problème de coefficient dégressif au profit des pro fesseurs certifiés hors classe.

4 - La réintégration des frais d'obsèques d'enseignants décédés et le règlement des cas en attente depuis 2000.

5 - L'a' :Têt des atteintes aux libertés syndicales.

6 - La parution sans délai des actes de promotion et d'avancement étudiés depuis mars 2005 et 2006 ainsi que les avenants des contractuels reversés.

7 - Le règlement des problèmes de validation de reversement et d'intégration (Al en Al ; A3 en A2 ; B1 en A3 ..... )

8 - L'organisation du bilan de santé aux enseignants et Ceci sans discrimination.

9 - La mise en formation des formateurs de l'enseignement technique encore titulaire du BAC ou du DTI pour leur qualification au grade de professeur adjoint.

10 - L'organisation d'un séminaire pour évaluer le CAP des Sciences et Technique de Gestion.

Aussi, le FRONT voudrait-il profiter de la présente occasion pour lever une vive protestation contre l'organisation du service militaire le que le présente le gouvernement. En effet, Mesdames les Ministres, les séquence du passage des J IR et des BME ont encore présents :\dans l'esprit de tous les béninois. Le FRONT ne saurait donc cautionner la mort programmée du système éducatif béninois avec la présence dans nos classes d'enseignants sans formation adéquate.

Déclaration de Boni Yayi aux syndicalistes

Je n'ai pas été élu pour dormir, mais pour sortir tous les sujets qui fâchent et pour qu'ensemble, on trouve une solution. Vous n'allez pas me dire que ce sujet dont vous parlez date de mon arrivée ! C'est un dossier vieux comme le monde. Mais moi, je sais que je vais régler ça avec vous. Je veux que, quand on se verra, nous puissions nous accepter. À moins que vous me soupçonniez. Il faut alors que je voie quel type de pédagogie je dois mettre en place pour que vous me preniez au sérieux. Tant que vous n'êtes pas satisfaits, je ne le serai pas non plus. Donc, j'ai intérêt à ce que vous soyez satisfaits puisque je veux être aussi satisfait. Brader les ressources de la Nation, je ne suis pas né pour cela, je n'ai pas été éduqué pour ça. De plus, j'ai une conviction spirituelle qui veut que nous soyons attachés au sens du partage. Je sais que vous n'avez pas tout ce qu'il vous faut. Je le sais ! Nous sommes tous victimes du système et nous sommes tous co-responsables. La question que je vous pose tout le temps, c'est où est ce que vous étiez ? Qu'on ait accumulé tant d'impairs vis-à-vis de notre système éducatif ? J'ai déjà passé combien de temps ? 17, 18 mois ? Est-ce que humainement vous croyez que je suis en mesure de régler tous les problèmes accumulés dans notre système éducatif ?

Mon amour pour mon pays est tellement grand que j'ai décidé d'aller vous voir dans vos écoles. Je suis rentré dans une école vers Allada, une fille m'aborde et me dit : "Président, vous êtes venus nous voir, merci. Voici là où nous étudions. Nous prenons les cours en présence des serpents, des chimpanzés, des chiens enragés qui viennent nous déloger. Nous n'avons ni eau, ni clôture. Monsieur le président". J'ai dû me soustraire à la presse pour aller couler mes larmes quelque part. Dès notre arrivée, pour cent francs de ressource budgétaire, dix-huit sont affectés à l'éducation. Dix huit mois après, sur dix francs de ressource budgétaire, trente francs sont affectés à l'éducation. Avec notre détermination à combattre la corruption, nous allons pouvoir maîtriser nos ressources et ce ration ira à 40% d'ici les deux, trois ans à venir. Je le dis devant vous qui jeûnez et qui priez pour la Nation, notre Nation commune.

Donc, pour ma part, rien ne nous oppose et c'est pourquoi, je veux que vous acceptiez ce que je vous demande. Quand je vous écoute, c'est comme s'il y avait un problème, comme si nous étions des ennemis. Nous n'avons pas besoin de violence pour notre Nation. Dès demain, il faut que le comité commence par travailler. Mais je dois vous sentir dans cette quête de gestion meilleure de nos ressources limitées. Puisque, c'est avec ces ressources qu'on doit améliorer vos conditions de travail. Mes chers compatriotes, je ne vous sens pas tellement lorsque je dis que nous devons combattre la corruption. Lors de la crise des Gsm, nos partenaires aujourd'hui, je ne vous ai pas senti comme je le souhaitais. Au fur et à mesure que nous allons mobiliser les ressources, tant que je serai là, vous ne serez jamais oublié. On peut se donner une idée sur le contenu de la question de la valorisation du métier d'enseignant. Au départ, c'était 02 %. Vous avez demandé 5%, on est aujourd'hui à 7%. Et je vous ai dit, nous allons mieux faire. Quant à la question de la prime d'incitation au métier d'enseignant, c'est maintenant que le budget est en train d'être élaboré. Tout ce qu'on vous paye, tout ce que vous voyez comme amélioration, c'est ce qui est prévu l'année dernière. Il faut qu'on exprime globalement notre vision, où est-ce qu'on va. Faisons des projections et élaborons les mesures d'accompagnement pour voir quand est ce qu'on peut doubler d'une manière générale les salaires. C'est comme cela que je vois les choses, au lieu de créer telle prime aujourd'hui, telle autre demain comme si on est dans une épicerie. Comme j'ai appris que vous n'étiez pas contents, j'ai demandé qu'il faille que le comité fonctionne le plus rapidement que possible. Et ensemble, nous allons voir là où nous allons prendre les ressources. Nous avons trois régies : le trésor, l'administration des impôts, la douane. Si vous croyez qu'à moi seul, je dois imposer la bonne gouvernance, à mon avis, vous passez à coté. C'est avec vous. Puisque nos ressources viennent de là. Et les nouveaux responsables de la douane qui ont été nommés, je leur ai dit ceci : si dans les six mois à venir, ils n'augmentent pas de manière sensible leurs résultats, ils seront vidés. C'est l'obligation de résultat. Je les rencontrerai pour le leur dire. Il s'agit de mobiliser les ressources indispensables à améliorer vos conditions de travail. Et sur cette question de lutte contre la corruption, il faut que je vous sente. Je pense quand même que c'est le minimum qui puisse nous réunir. Je suis un peu surpris de voir que toutes les questions que vous avez soulevées ont été déjà prises en compte. Peut-être, c'est la mise en oeuvre qui pose problème. A propos de la question des visites médicales, j'ai été informé qu'il faut que les enseignants soient en place pour l'organisation. Les fonds des visites sont prévus dans le collectif budgétaire. L'argent est là. Est-ce que cela doit encore faire l'objet aujourd'hui de discussion entre vous et nous ? Nous devons dans la non violence faire face aux défis du 21ème siècle. Mes chers compatriotes, sauvons notre Nation le Bénin, nous sommes sur la voie. Aujourd'hui, nous avions certains problèmes, mais chaque jour que Dieu nous offrira doit se traduire par l'amélioration des conditions de vie et de travail de notre peuple. Je serai là pour vous tous, pour les pauvres ! Nous ne pouvons pas construire ce pays sans vous. Aujourd'hui nous sommes à 30 % de nos ressources budgétaires. Je prends l'engagement que ce ratio ne peut jamais baisser tant que je serai là. Cette date de la rentrée qui est pour le 04 octobre, c'est moi qui l'ai fixée et c'est le peuple qui me l'a demandé. Et si vous respectez le peuple, je demande que vous soyez présents pour le 04 octobre dans vos établissements respectifs. Prenons l'engagement de régler ensemble et de façon méthodique, en fonction de notre capacité, nos problèmes. À l'intérieur de ce que nous appelons la gouvernance concertée. Vous aurez l'occasion de m'accueillir très bientôt dans vos écoles. Je viendrai voir comment sont les cadres de travail. Mais je dois vous dire que bientôt, tout cela sera modernisé. Je vous le promets. Nous allons balayer tout ce qu'il y a comme infrastructures défectueuses puisque de plus en plus, nous constituons les moyens par notre détermination à sauver le patrimoine national, à lutter contre la corruption qui mine complètement notre Nation. Je suis prêt et engagé dans cette lutte quel que soit le prix. Et avec ses ressources, vous verrez que je suis de votre côté parce que être de votre côté, c'est être du côté de la vraie Nation. Encore une fois, merci d'être venus à mon appel. Je crois qu'on s'est expliqué.

DECLARATION LIMINAIRE DU FRONT D'ACTIONS DES SYNDICATS DES TROIS ORDRES D'ENSEIGNEMENT A LA CONFERENCE DE PRESSE ORGANISEE AU LYCEE TECHNIQUE COULIBALY LE MARDI 25 SEPTEMBRE 2007

Mesdames et Messieurs les Professionnels de l'Information et de la Communication,

Chers Collègues Enseignantes et Enseignants,

Honorables invités,

Au nom du Front d'Actions des Syndicats des Trois Ordres d'Enseignement et en mon nom personnel, encore une fois, je vous souhaite la bienvenue à cette manifestation publique très attendue par les usagers de l'Ecole en particulier et l'opinion publique en général, manifestation dont le thème central est : Position du Front face à la rentrée scolaire annoncée pour le jeudi 04 octobre 2007

Mesdames et Messieurs les animateurs de la presse écrite et parlée,

Honorables invités,

Vous savez -autant, sinon mieux que moi qu'une rentrée scolaire, c'est l'action de reprendre ses activités administratives ou pédagogiques après l'interruption des vacances, c'est la période qui succède aux vacances annuelles .Avant d'aller plus bien, il importe d'ajouter qu'une bonne rentrée ou une rentrée apaisée, comme tout autre événement d'intérêt national demande une préparation, des investissements, des réflexions individuelles et collectives. Pour un développement équilibré du thème principal de notre déclaration introductive, je m'exercerai à répondre à quelques questions clés à savoir : Le forum national sur le secteur de l'éducation a-t-il recommandé la reprise des cours pour le 17 septembre 2007 ? Pourquoi le Front a-t-il lancé un appel au boycott de cette rentrée et comment est intervenu le report de cette date de rentrée ? A la date d'aujourd'hui, le gouvernement a-t-il évolué dans la création d'un climat d'apaisement pour une rentrée effective et quelle est la position du Front face à la rentrée scolaire annoncée pour le jeudi 04 octobre 2007 ?

I - Préparation d'une rentrée apaisée : point d'achoppement entre le front et le gouvernement

Le forum national sur le secteur de l'éducation réuni en février 2007 dernier sur l'initiative personnelle du Président BONI YAYI, après avoir établi le diagnostic des maux qui minent notre système éducatif, a produit des recommandations déclinées par la suite en plan d'actions chiffrées dont la mise en oeuvre progressive contribuera au décollage du l'école Béninoise. De façon claire, les représentants du peuple au forum ont recommandé que la rentrée 2007-2008 pourrait avoir lieu en septembre si le Gouvernement réussissait à créer un climat d'apaisement dans le secteur. Le plan d'actions, pour appuyer cette recommandation fondamentale a indiqué les mesures à mettre en oeuvre pour une rentrée bien préparée, une rentrée qui balisera le terrain pour un temps scolaire et universitaire intégral. Malheureusement, la non maîtrise des contours réels d'une rentrée apaisée telle que proposée par le forum a amené le Gouvernement à choisir la date fictive du 17 septembre. Naturellement, puisque le Front tient aux résultats du forum comme à la prunelle des yeux, il a pris une motion de boycott de la rentrée du 17 septembre le 27 Août 2007 .Il a fallu la rencontre entre des délégués du Front et une délégation gouvernementale dirigée par le Ministre d'Etat Koupaki le 7 septembre 2007, pour permettre aux représentants syndicaux d'éclairer la lanterne gouvernementale. Comme suite logique, et« pour satisfaire l'exigence essentielle de formation qui vise la bonne qualité de l'enseignement à dispenser aux apprenants » le conseil des ministres, en sa séance extraordinaire du 10 septembre, a décidé du report de la date de rentrée au 04 octobre 2007. A ce jour, un bilan partiel des mesures annoncées par le conseil, mesures à prendre de façon diligente pour une bonne rentrée indique que :

le matériel didactique et les subventions sont encore attendus dans les établissements ;

La durée des formations est ridicule ;

Les formations en cours se déroulent dans un climat d'improvisation affligeante ;

Les catégories majoritaires d'enseignants comme les vacataires, dont les besoins en formation sont les plus pressants et pour qui le forum a recommandé 2 mois de formation réduits à deux semaines à la rencontre du 07 septembre, avant la rentrée, ne sont pas encore programmés ;

La mise à disposition à temps des enseignants recrutés et formés est encore un voeu pieux,

Au-delà de ces retards constatés au niveau de la mise en oeuvre des décisions du conseil, quelles sont les autres exigences du forum pour une rentrée scolaire apaisée ?

II - Les exigences du forum pour une rentrée scolaire apaisée et un temps scolaire et universitaire intégral et les raisons du nouvel appel au boycott de la rentrée du 04 octobre2007

Pour le forum sur le secteur de l'éducation, la rentrée scolaire ne doit plus être improvisée au Bénin. Une rentrée scolaire mal préparée ouvre toujours la porte à toutes sortes de perturbations d'origine administrative et syndicale. La rentrée de cette année peut et doit avoir un caractère spécial puisque le contenu de sa préparation été défini par le peuple. Le contexte dans lequel elle intervient et le nouveau contrat conclu pour l'Ecole, exige du Gouvernement :

1- La prise d'un décret portant reconnaissance du caractère spécial du métier d'enseignant et la revalorisation de la fonction enseignante,

2- La correction de l'arrêté inter ministériel portant allocation d'incitation à la fonction enseignante et du décret portant régime juridique d'emploi des agents contractuels de l'Etat.

3- L'organisation de la visite médicale dont les fonds sont disponibles dans le budget 2007 (cf. déclarations des Ministres Tiando, Nago et Kaneho le 1er Mai 2007 sur le plateau de l'Ortb) ;

4- Le payement effectif des deux mois de salaire et des deux primes dus aux enseignants contractuels locaux, des 50% des arriérés salariaux aux enseignants ayants droit, en activité ou à la retraite, et de la totalité à ceux à qui l'Etat doit moins de 500.000 F ;

5- La décharge des responsables administratifs admis à la retraite au secondaire et la nomination de nouveaux, la nomination des membres du cabinet du Ministère de l'enseignement secondaire et leur installation dans des locaux appropriés, sans oublier la mise sur pied du comité de suivi des recommandations du Forum.

A la lumière de tout ce qui précède, la non application de ces recommandations du peuple réuni au forum pour une rentrée scolaire effective et un temps scolaire et universitaire intégral, impose au Front un nouvel appel pour le boycott de la rentrée du 4 octobre. La position du Front se radicalise lorsqu'il tient compte du fait que le Gouvernement, au lieu de jouer la carte de l'apaisement, fait de la revalorisation à deux vitesses. En effet, le même Gouvernement du changement qui octroie 1000 F aux enseignants des trois ordres d'enseignement pour revaloriser l'allocation d'incitation à la fonction enseignante, accorde aux professeurs d'université des primes améliorées de bibliothèque et de logement dans les tranches de 30.000 F à 50.000 F et de 50.000 F à 75.000 F par mois, des primes statutaires également dues aux enseignants des autres ordres.

Pour conclure, il importe de souligner que le désaccord qui existe actuellement entre le Gouvernement et le Front et qui nous conforte dans le maintien du boycott de la rentrée du 4 octobre se situe à trois niveaux :

a- l'incapacité du Gouvernement ; à l'instigation du Ministre Tiando,à reconnaître ses vrais interlocuteurs pour débattre périodiquement des problèmes du secteur de l'éducation et rechercher les solutions appropriées pour une sortie progressive de crise ;

b- le refus à peine voilé du chef de l'Etat à appliquer une recommandation majeure du Forum en prenant un acte administratif pour reconnaître la spécificité de la fonction enseignante, un· acte attendu par l'ensemble des communautés scolaire et universitaire comme un signal fort de sa bonne foi et de sa volonté politique ;

c- la politique de deux poids deux mesures actuellement pratiquée par le Gouvernement au lendemain des assises du Forum et à l'ère de la revalorisation de la fonction enseignante, vue malheureusement de façon sous sectorielle et non globale !

Demain, le grand jour ?

Depuis le début de cette semaine, plus précisément après la rencontre gouvernement-syndicat, l'effervescence qui monte de part et d'autre prouve que tout le monde, veut être prêt le jour J, malgré les doutes et les difficultés financières. Hier mardi, au niveau des grands magasins de la place, l'affluence était à son comble, même si les achats se limitent à l'essentiel. « J'ai attendu la dernière minute car j'étais désespérée « , lance un acheteur qui discutait avec le vendeur de fournitures scolaires. Du côté des établissements scolaires, tout semble presque prêt pour accueillir les apprenants. Dans les maisons, l'ambiance des vacances se dissipe peu à peu. Pendant que les uns jubilent d'avoir de nouvelles fournitures, les autres sortent les sacs et les chaussures utilisés l'année dernière, pour les nettoyer et les remettre à jour. Comme quoi, bien que tout le monde ne vive pas cette veille de rentrée au même rythme, certains et plus particulièrement les tous petits ne se soucient pas des différentes tractations qui émaillent l'effectivité de cette rentrée. Toutefois, malgré l'engagement personnel du président de la république Thomas Boni Yayi et de ses ministres chargés de l'éducation, quelques doutes, quoiqu'infimes, planent sur cette rentrée.

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