Fraternité (Cotonou)

Bénin: Rentrée scolaire et universitaire 2007 - 2008

La Rédaction

3 Octobre 2007


Le front des trois ordres d'enseignement se prononce ce jour sur la tenue ou non de la rentrée scolaire prévue pour le 04 octobre prochain par le gouvernement. Les syndicalistes accepteront-ils d'effectuer la rentrée tout en poursuivant les négociations avec le gouvernement qui compte sur leur esprit patriotique ? Rien n'est moins sûr.

Les grèves perlées "effondrent" le niveau des apprenants

La nouvelle plaie de l'école béninoise est la fréquence des grèves des enseignants qui déteignent sur le rendement des apprenants. Une situation inquiétante qui a malheureusement la peau dure.

Les syndicalistes béninois du secteur de l'éducation ont la dent dure contre les pouvoirs publics. Branchages et banderoles en mains, le tout ponctué par des chants de dénonciation et des envolées lyriques, ils réclament depuis quelques années et ceci à la veille des rentrées et au cours de l'année scolaire et universitaire, de meilleures conditions de vie et de travail. Cette année, pour satisfaire les revendications des enseignants, l'Etat doit débourser la bagatelle de 154 milliards et renoncer aux Nouveaux programmes d'étude (Npe). "Une grève de 72 heures sera lancée dès la rentrée du 04 octobre", menace Paul Essè Iko, secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb) qui ajoute, la voix grave : " La Cstb a mis sur pied un comité de combat face à la situation de boycott de la rentrée et tant que les Nouveaux programmes d'étude (Npe) ne seront pas suspendus, nous ne reprendrons pas le chemin de l'école car, contrairement à ce que pense le gouvernement, la seule satisfaction des revendications économiques ne suffit pas". Raoufou Affagnon, le coordonnateur du bureau de liaison des centrales syndicales des trois ordres de l'enseignement enfonce le clou : "Nous allons prendre des voies buissonnières pour une rentrée buissonnière".

Le bras de fer entre les centrales syndicales et le gouvernement a repris de plus belle. Deux semaines auparavant, avec la menace de boycott de la rentrée antérieurement fixée au 17 septembre 2007, proférée par les syndicalistes, le gouvernement avait purement et simplement décidé en conseil des ministres de reporter la reprise des classes au 4 octobre et de mettre le temps du report à profit. Ainsi, il a entamé des discussions avec les différents acteurs de l'éducation afin de mettre un terme aux grèves perlées qui participent des causes de la baisse du niveau des élèves et étudiants béninois. Pour sauver l'année scolaire, le dimanche dernier, le chef de l'Etat a initié une nouvelle rencontre avec les syndicalistes. Une séance au cours de laquelle il a appelé ses interlocuteurs à l'esprit patriotique et à la compréhension. En dehors des différentes rencontres avec les centrales syndicales, les membres du gouvernement ont été dépêchés dans tout le pays pour sensibiliser les parents d'élèves et les enseignants sur le bien fondé du démarrage des classes le 4 octobre 2007. En effet, pour satisfaire la plate-forme revendicative des enseignants, environ 114 milliards ont été débloqués par le gouvernement. Toujours dans sa volonté de redorer le blason de l'éducation béninoise, plusieurs autres actions ont été menées dont la construction de 300 salles de classe, le recrutement de quelque 3000 enseignants contractuels et 200 professeurs certifiés pour accompagner la gratuité de l'enseignement maternel et primaire (décidée depuis l'année dernière) et la poursuite du dialogue social avec les centrales syndicales. "Au regard de l'article 98 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990, la doléance sur la revalorisation de la fonction enseignante est impossible" défendent les ministres de l'enseignement primaire, de l'alphabétisation et des langues nationales, Christine Ouinsavi et de la fonction publique, Emmanuel Tiando. En ce qui concerne les Nouveaux programmes d'étude, Christine Ouinsavi pense qu'avec eux, l'enfant maîtrise les démarches de résolution des problèmes, ce qui est fondamental. Visiblement, les syndicalistes et le gouvernement, ne sont pas encore sur les mêmes longueurs d'onde.

Consensus difficile

Les taux de réussite peu rassurants enregistrés lors des examens scolaires et académiques de l'année scolaire 2006-2007 ne sont pas prêts, au vu de la situation actuelle, d'être un mauvais souvenir. En effet, aucun des examens scolaires, à savoir le Certificat d'étude primaire (Cep), le Brevet d'étude du premier cycle (Bepc) et le Baccalauréat, n'a excédé la barre des 50% de réussite. Déjà en 2001-2002, l'année scolaire a dû être prolongée jusqu'en août pour cause de grève avec des conséquences désastreuses sur le rendement des apprenants. A l'université, cette année, c'est pire. Des filières n'ont même pas fait mieux que 1% à la première session. Didier, un étudiant en première année de Science économique à l'université d'Abomey-Calavi, après avoir pris connaissance de ses résultats se fâche : "C'est énervant. Comment veulent-ils que nous ayons de bons résultats si sur les 9 mois réglementaires de travail, nous travaillons pendant à peine 6 voire 5 pour cause de grève". Diane, une autre étudiante qui n'est également pas admissible se plaint, les larmes aux yeux : "L'enseignement est devenu une autre chose que la passion que nous connaissions à nos anciens instituteurs. Les professeurs d'aujourd'hui ne pensent qu'à leurs intérêts". Tout en essuyant ses larmes, elle indexe également les gouvernants. "Ils ne prennent jamais leurs responsabilités à temps et malheureusement, c'est nous qui ramassons les pots cassés des radicalisations de positions de part et d'autre". La plupart des enseignants (comme on pouvait s'y attendre) ne sont pas du même avis que leurs élèves et étudiants. "Toute lutte a ses avantages et ses inconvénients. Et celle que nous menons actuellement, c'est beaucoup plus pour le bien des apprenants afin de leur permettre de relever leur niveau", se défend un instituteur qui a requis l'anonymat.

Mais en attendant de trouver un terrain d'entente entre le gouvernement et les syndicalistes pour mettre fin aux grèves répétées, le niveau des apprenants va décroissant. Les élèves, pendant cette période, ne s'occupent guère de leurs études ou des activités favorables à leur éducation. Bien au contraire. Quand on sait que pour une bonne année scolaire, il faut au Bénin entre 600 et 900 heures de cours et que c'est l'une des raisons qui ont amené le gouvernement à programmer la rentrée plus tôt que d'habitude, il est clair que rien n'est gagné d'avance dans cette lutte que mène le gouvernement pour le relèvement du niveau très faible des apprenants. Face aux mécontentements des parents d'élèves, le ministre de l'enseignement primaire, de l'alphabétisation et des langues nationales, Christine Ouinsavi essaie de calmer les esprits : "Les résultats ne m'étonnent guère. Il y a eu une évaluation similaire qui a été conduite par des structures internationales et c'est pratiquement aux mêmes résultats (44%) qu'on a abouti en matière de performance de nos élèves". Pour remédier à la baisse du niveau des apprenants, elle recommande que chacun à son niveau, redouble d'ardeur pour régler une fois pour toute, les dysfonctionnements enregistrés l'année passée. Et, à l'en croire, le suivi et l'accompagnement nécessaires ne feront pas défaut pour relever le niveau des apprenants. Elle laisse entendre : "Nous n'irons plus vers les enseignants comme des gendarmes mais comme des encadreurs pour les accompagner au mieux". Contrairement à l'optimisme affiché du ministre, les syndicalistes ne sont pas de leur côté prêts à démordre et en attendant que les deux parties concernées ne trouvent un terrain d'entente, les apprenants béninois courent encore le risque d'être, une fois de plus, formés au rabais.

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