Adel Latrech
3 Octobre 2007
Les amateurs de malouf, ce genre andalou profondément imprégné de langueur et de nostalgie véhiculées par un passé et une mémoire riches en grandeur et en raffinement, sont conviés ce soir, mercredi 3 octobre, au Dar Husseïn, à un concert de musique andalouse de haute tenue.
Il est question d'une rencontre entre Hamdi Benani, grand maître du malouf bônois (de Annaba), un homme d'une trempe hors du commun, paré du prestige que lui confère une carrière d'un demi-siècle. Il sera en duo avec Cyrine Ben Moussa, une voix sublime qui va s'imposer dans un avenir très proche. Une démonstration de leur grand talent nous a été donné samedi dernier dans la variété musicale, Ellil Zahi de TV7 qui, pour la circonstance, a duré trois heures, ce qui est une performance exceptionnelle.
Une carrière
des plus riches
Le parcours de cet artiste n'est pas très ordinaire. Convenez-en : issu d'une famille d'artistes de talent, son père Mustapha est un peintre de renom qui a ouvert la voie à la première génération d'artistes algériens. Certains de ses tableaux, peints dans les années 1930, figurent aujourd'hui dans des musées européens. Son oncle, M'hamed Benani, appartenait à la célèbre Troupe de Mohamed Kord, pianiste de grande renommée qui était souvent invité dans la cour beylicale des princes husseïnites de Tunis.
C'est en 1956 que débute sa carrière. Il apprenait alors le B.A-Ba, les premières rudiments du malouf. En 1959, il décroche le grand prix de la chanson de Radio-Crochet, à Alger, avec la chanson d'Eddie Constantine Je suis un grand sentimental, le héros de la série policière Lemmy Caution de Cheney. Laquelle chanson a été reprise par Staïfi et Bob Azzam.
Le vrai décollage a lieu à partir de 1962 avec l'indépendance de l'Algérie. Sa première télévision, il l'a faite en 1966 à Constantine, un des pôles stratégiques du malouf, avec Alger, Tlemcen et Annaba. Sa carrière internationale se fait à partir de la Tunisie avec sa participation au festival du malouf de Testour. D'autres, très nombreuses, se succéderont et le mèneront partout ailleurs.
En 1984, à Samarkand, en Ouzbékistan, lors du festival international de musique contemporaine pour la paix des peuples, il remporte le 1er Prix malgré une concurrence acharnée. La même année, il chante à Pyongyang, en Corée du Nord, à l'occasion du 75e anniversaire du Leader Kim Il sung. Grâce au violon prêté par le musicologue tunisien Salah El Mahdi, il est récompensé du prix d'excellence.
Tunis, un vivier
de talents
Interrogé sur ce qui le distingue du grand Fergani, il se fait très explicite : «Le malouf de Annaba s'apparente beaucoup au vôtre. Avec la Tunisie, nous partageons énormément de choses. Nos affinités sont bien réelles. Notre malouf est plutôt méditerranéen, alors que celui de Constantine auquel appartient Fergani s'acclimate aux hauteurs des Aurès et il est plutôt classique. Le mien est plus moderne, surtout depuis que j'y ai introduit des airs de flamenco et de fado».
A propos de Cyrine Ben Moussa, il ne tarit pas d'éloges : «Je l'ai découverte sur les plateaux de la Star'Ac. J'ai été séduit par son charisme qui a immédiatement opéré. Ses dons sont extraordinaires et vous allez vous en rendre compte bientôt. Je suis venu à Tunis pour l'encourager et chanter en duo avec elle malgré la différence de gamme. D'habitude, je chante sur le mi, alors que Cyrine chante sur le ré mineur.
Je dois vous avouer que j'éprouve une grande admiration pour le regretté Tahar Gharsa. C'est un monument que nous avons perdu. Il est irremplaçable. Son fils, Zied, un digne héritier, nous console en quelque sorte de cette irréparable perte.
La Tunisie a toujours été un vivier de grands talents : Riahi, Jamoussi, Thraya, Jouini, Fathia Khaïri, la grande Saliha, Oulaya, Naâma, Soulef, Lotfi Bouchnaq, Amina Fakhet et tant d'autres encore constituent un rempart contre les assauts sonores et vocaux du Moyen-Orient».
Hamdi Benani sera donc ce soir l'invité du Festival de la Médina, en compagnie d'un orchestre composé de neuf solistes, au Dar Husseïn, avec un répertoire d'une excellente facture, un florilège de chansons parmi les plus belles d'Algérie.
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