La Tribune (Algiers)

Algérie: Tizi Ouzou et les projets du secteur de la culture-Connaître les priorités des grands chantiers culturels

Une audience au plus haut niveau et des chiffres qui pleuvent. Qui donnent le tournis. En effet, à l'issue de l'audience accordée récemment par le président Bouteflika à la ministre de la Culture, Khalida Toumi, plusieurs milliards de dinars ont été annoncés dans le cadre de plusieurs projets appelés à donner un coup de fouet au développement du secteur de la culture, longtemps abandonné pour cause de crise économique grave.

Tous les secteurs d'activité sont concernés par les perspectives du ministère de la Culture, notamment le cinéma, le théâtre, le livre et le patrimoine. Il est évident que, à la vue de tous ces chiffres, les professionnels de la culture et même le public ne peuvent y trouver que de la satisfaction. Pour eux, notamment ceux interrogés à Tizi Ouzou, il est tout naturel de penser à nouveau à promouvoir et développer ce secteur qui a tant souffert des années de terrorisme et de crise économique.

Mais leur satisfaction, ils la veulent momentanément modérée, en attendant la mise en oeuvre de tous les projets contenus dans le programme sorti de la rencontre Bouteflika-Toumi. Particulièrement dans le domaine du cinéma qui a connu une longue période de disette et surtout une série de catastrophes, et des salles de cinéma ont tout simplement été fermées et abandonnées dans un état de délabrement avancé.

Pour la production cinématographique, deux paramètres doivent impérativement être pris en charge avant même la mise en oeuvre de ce «grand projet culturel» : la réouverture des dizaines, voire des centaines de salles de cinéma fermées et l'ouverture du secteur de l'audiovisuel pour que la production ne reste pas synonyme de gaspillage d'argent et d'énergie. En effet, pour le cinéaste producteur privé, Hocine Redjala de la boîte Stracom, «le monopole de la télévision unique empêche la diffusion de nombreux produits, notamment les documentaires».

Une situation qui décourage les producteurs, lesquels mettent quand même de l'argent dans des produits qui leur tiennent à coeur, à eux ou aux réalisateurs. En outre, il dit souhaiter qu'il soit prévu dans le projet culturel la formation de technicien au sein même des universités du pays. «L'Algérie devra aussi investir dans les ressources humaines», estime Hocine Redjala qui cite, entre autres, la formation des ingénieurs du son, des éclairagistes, etc. Il s'agira, selon lui et d'autres, de repérer les priorités dans cet énorme chantier culturel pour ne pas jeter par la fenêtre les milliards débloqués.

D'autre part, notre interlocuteur se dira satisfait de la décision prise par les responsables de l'Etat de récupérer la mémoire filmique entreposée dans des laboratoires étrangers de quelques pays européens, comme la Belgique et la France. «Il est dommage que notre pays ne dispose pas de moyens d'archivage et de conservation de négatifs», ajoute-t-il en regrettant l'absence d'un centre qui serait chargé justement de l'archivage.

Il prônera aussi et avec insistance la réouverture des salles de cinéma qui ont fait les beaux jours des jeunes de la région, notamment à Tizi Ouzou (près d'une dizaine), Azazga, Boghni, aux Ouadhias et d'autres localités de la wilaya. «Vous rendez-vous compte que les jeunes de 20 à 25 ans d'aujourd'hui n'ont en majorité jamais mis les pieds dans une salle de cinéma ?» lance le gérant de Stracom dont l'avis est partagé par Dahmane Aïdrous, un acteur devenu depuis quelques années l'incontournable du cinéma d'expression amazighe.

Celui qui a joué des rôles importants dans notamment la Montagne de Baya et Si Muh U Mhand ainsi que Arezki El Bachir (qui n'est pas encore sorti), se dira séduit par le contenu du «grand projet culturel» envisagé par les autorités, mais non sans insister sur la nécessité de la réouverture des salles de cinéma. «Peut-on parler de cinéma sans salles ?» s'interroge-t-il avant d'affirmer que l'Etat devra aussi penser à sensibiliser la population, notamment la frange juvénile, autour du cinéma et leur inculquer la culture du cinéma, très en vogue il y a quelques décennies. Dans les écoles par exemple, affirme-t-il.

Dahmane Aïdrous ne manquera pas de souligner l'importance de la formation des acteurs, des réalisateurs et même des scénaristes, en créant par exemple une école pour cela. Il faudra également aider les scénaristes et les réalisateurs qui n'ont pas les moyens de transformer des idées magiques en produits cinématographiques. «Je pense que cela doit constituer une priorité pour nos décideurs afin d'avoir un produit cinématographique de qualité et d'attirer le public vers les salles de cinéma», conclut le comédien.


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