Libération (Casablanca)

Maroc: Un divertissement politiquement correct

A.A.

8 Octobre 2007


billet

On constate ces derniers temps que le théâtre public commence à rimer avec divertissement classique, mais certainement pas avec autre chose plus politiquement correcte.

Bien sûr qu'on ait bien ri par exemple dans «Hassi Massi», une pièce signée par la troupe «Massrah Achaâb» réalisée par Abdelilah Ajil. Mais l'expérience ne réussit pas toujours et franchement, on s'en lasse. Cette idée de théâtre est révolue, à force, il ne faut pas se leurrer, les gens désertent les salles, peu à peu. L'intéressante pièce théâtrale «Zenkat Shakespeare» réalisée par Zoubir Ben Bouchta, a été diffusée vendredi 5 octobre courant sur la chaîne Al Aoula. Il s'agit d'un drame social clanique ou encore des envolées lyriques tristes, douces ou saccadées. Voilà à peu près tout ce que l'on retiendra de cette morne plaine.

Le théâtre national est en très nette régression, presque inexistant même. Mais surtout, ce théâtre manque de sang neuf, aussi bien au niveau de la création que devant la scène. Rares sont les dramaturges pionniers, tels que Tayeb Seddiki, Abderrazak et Abdelkader El Badaoui qui dénichent encore les nouveaux talents d'acteurs, par leur engagement, et jouent pour cela un rôle charnière au théâtre national. Il est vrai aussi que les jeunes talents, qui existent, s'ennuient ici, s'exilent ou ne reviennent que sporadiquement. Mais ils n'ont pas envie de remettre en question l'état actuel des choses. Car, la critique aussi est en crise. C'est probablement une action réciproque. Pour un certain Abdelkrim Berrachid, Youssef Fadel ou un Mohammed Bahjaji, les constats restent similaires. «Le théâtre national demeure l'éternel handicapé», semblent dire la majorité des critiques et écrivains de cet art mal aimé chez nous. Toujours est-il impossible de trouver des passionnés de théâtre qui veulent bien couvrir l'actualité d'une maison, d'une saison. «Non merci», nous dit-on, mais nous irons au cinéma ou nous lirons un livre durant ce temps-là. Alors les professionnels de théâtre entendent toujours le même son de cloche, plutôt des comptes rendus bienveillants la plupart du temps au lieu d'une réelle confrontation; ils doivent s'en lasser aussi.

Depuis quelques années, on commence à voir sur nos théâtres des pièces en langue berbère. Preuve sans doute que la scène marocaine essaie d'échapper de plus en plus à la dictature de la langue arabe. Théâtre en arabe, en dialectal, en français, en berbère : la langue importe finalement peu. L'important est ce qu'on joue. «La diversité des langues, qui fut un handicap au départ, sera finalement salvatrice pour le théâtre marocain. Un jour peut-être, nous verrons de vraies pièces, écrites par des auteurs marocains de talent, jouées par de vrais comédiens, dans de beaux théâtres, devant un parterre de connaisseurs. Nous commencerons alors à parler de théâtre», nous a confié Abdelouahed El Ouzri.

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Peut-être que le problème essentiel du théâtre, comme tant d'autres domaines, au Royaume est là, dans ce consensus mou, où «tout le monde a gagné» tout le temps, comme dans plusieurs cas, ce qui n'est en fait qu'une preuve que ce théâtre n'est pas vraiment pris au sérieux, qu'il ne fait pas vraiment mal. Or, on le sait, les choses n'avancent réellement que dans la rupture.

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