Sombel Faye
12 Octobre 2007
Passé de 30 dollars en 2003, à 50 dollars en 2004, à 70 dollars en 2005, et 80 dollars en 2007, le baril d'or noir pourrait atteindre 100 dollars en 2008, selon un scénario avancé par certains analystes.
A son rythme actuel, il est de plus en plus probable que le baril atteigne les 100 dollars d'ici à 2008, c'est-à-dire demain. Depuis 2003 où ils se situaient à 30 dollars, les cours du baril ont enchaîné record sur record, à 50 dollars en 2004, à 70 dollars en 2005, et 80 dollars en 2007. L'augmentation rapide de la consommation de pétrole dans les pays producteurs favorise la flambée des prix du brut, en réduisant leur capacité exportatrice, souligne la banque canadienne CIBC, dans une étude récente intitulée "Pétrole à 100 dollars en 2008".
Le document rappelle qu'en 2006 la consommation quotidienne des pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), plus celle des grands pays pétroliers que sont le Mexique et la Russie, a dépassé 12 millions de barils par jour. Leurs exportations qui représentent 60% de la production pétrolière mondiale, s'élèvent à 35,5 millions de barils par jour. Mais par la faute du manque d'investissement et de la poussée de la consommation, leur capacité d'exportation va se réduire de 2,5 mbj d'ici à la fin de la décennie.
Au rythme actuel de croissance de la demande intérieure, "la capacité d'exportation future des pays membres de l'OPEP, de la Russie et du Mexique soulève de plus en plus de doutes. Il est plus que probable que la situation entraîne une forte hausse des prix du pétrole au cours des prochaines années", estime la banque canadienne dont la prévision fait froid dans le dos. Pour elle, il est "évident que les prix du pétrole franchiront le seuil de 100 dollars le baril et y resteront".
Ce n'est d'ailleurs pas la seule CIBC qui prévoit un baril à 100 dollars. En France, le Centre d'analyse stratégique (CAS) prévoit aussi, dans un rapport récent, un baril à ce niveau, mais pas avant 2015, sous l'effet de la "raréfaction progressive des ressources" dans le monde.
Notant que l'OPEP se montre désormais "très vigilante" pour empêcher les prix de repartir à la baisse, le Centre émet trois hypothèses "hautes" sur les prix des énergies : un baril de brut entre 50 et 80 dollars jusqu'en 2015, entre 100 et 150 dollars de 2015 à 2030 et d'environ 100 dollars au-delà. La CIBC pointe le décollage fulgurant des importations des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, qui produit 3,5 millions de barils par jour mais en consomme le double. Son boom économique, tout comme celui de l'Inde, de la Malaisie et de la Thaïlande contribue à fouetter les cours du brut. Par ailleurs, une crise avec l'Iran (quatrième exportateur mondial), dont le programme nucléaire essuie les réprobations de l'Occident, ou une perturbation de l'offre suffirait pour porter le baril au niveau du seuil fatidique des 100 dollars.
En somme, les analystes s'accordent pour dire que les facteurs qui empêchaient jusqu'ici l'envolée des cours s'estompent peu à peu.
A qui profite le « crime » ?
Il semblerait de plus en plus clair que le « crime » pourrait profiter à certains, au détriment des consommateurs finals et des économies émergentes telles que Chine et Inde très fortement dépendantes du pétrole .. et l'Europe unifiant désormais 25 pays au grand dam de l'oncle Sam.... sans parler des pays de l'Afrique sub saharienne.
La montée du cours ne serait-elle pas au final voulue par les lobbyings pétroliers américains qui manipuleraient ainsi le monde et les cours à travers des effets d'annonce ? Cette flambée ne serait-elle pas également recherchée par certains gouvernements arabes (également Iran ? ) pour asseoir leur pouvoir et payer la facture sociale qui est le prix de leur maintien au pouvoir.
Il faut s'y préparer
Anticiper. C'est ce qui devrait être le maître mot pour des économies comme celle du Sénégal, pays importateur net de pétrole. Un pétrole à 100 dollars à court ou moyen terme, ce sera malin pour l'économie sénégalaise avec les réactions en chaîne négatives que cela pourrait avoir sur le taux d'inflation, le taux de croissance économique, l'équilibre budgétaire, le Bilan des entreprises, la balance commerciale et celle des paiements. A cette éventualité, les pouvoirs publics devraient se prémunir en préparant différents scénarii possibles en cas de flambée incontrôlée. Aussi, le Budget de l'Etat pour 2008 devrait-il être élaboré sur la base d'un pétrole brut à 100 dollars. Une hypothèse plutôt crédible aujourd'hui avec le record historique de 84,10 dollars et la dégradation du climat politique au Moyen-Orient avec notamment le nucléaire iranien.
D'abord, l'inflation importée pourrait frapper tous les produits et services et donc dépasser les taux d'inflation prévus et fondés sur une consommation énergétique élevée : électricité, tous types de transports de personnes et de marchandises, matériaux de construction, tous produits agro-alimentaires impliquant la cuisson. Le pétrole est incrusté dans la structure des prix de toutes sortes de produits. Il y a ensuite l'impact sur le taux de croissance qui pourrait être même négatif.
Pour ce qui est de l'équilibre de la balance commerciale et celle des paiements, les risques de déficit pourraient être conséquents compte tenu des prix de nos importations de pétrole. Il importe de trouver des produits de substitution et de compensation vis-à-vis de la hausse des prix des carburants afin de réduire l'impact du prix du pétrole.
Enfin, la problématique la plus sensible c'est celle de l'équilibre du Budget de l'Etat, quand bien même l'Etat sénégalais a pris l'option de ne plus intervenir avec des subventions. Mais avec un baril à 100 dollars, il y a fort à parier que les pouvoirs publics revoient leur copie pour préserver le pouvoir d'achat des masses populaires qui, de toute évidence, ne pourront pas supporter un tel niveau.
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