Inter Press Service (Johannesburg)

Swaziland: Des fosses septiques préférées au dernier cri du traitement des eaux usées

James Hall

16 Octobre 2007


Situé dans la banlieue de la capitale économique du Swaziland, le Centre de traitement des déchets dernier cri de Manzini a été construit pour mettre fin aux problèmes d'évacuation des eaux usées de la ville. Un prêt de la Banque mondiale a été obtenu par le ministère de l'Habitat et du Développement urbain pour construire l'infrastructure qui a coûté 16 millions de dollars : une usine impeccable, aménagée et qui a une durée de vie de 25 ans.

Il y a juste un problème : la plupart des habitants de Manzini sont trop pauvres pour faire usage du centre.

Des résidents de la classe moyenne se plaignent du fait qu'ils doivent payer des plombiers et des entrepreneurs en bâtiment pour enlever leurs fosses septiques et placer des tuyaux pour relier les maisons au système d'assainissement, et en retour, à l'usine. Des points de connexion réels ont été placés sous chaque logement résidentiel par l'autorité de surveillance du projet, la 'Swaziland Water Services Corporation' (Société des services d'eau de Swaziland), une structure para-étatique.

"Qui a des milliers de rands pour payer cette chose inutile? Nous sommes contents de notre fosse septique de l'arrière-cour. Nous l'avons pour 30 ans. Le camion de la ville la pompe de temps en temps pour seulement 100 rands (environ 14 dollars)", a déclaré Gladys Simelane, une habitante de Fairview South Township, une banlieue au sommet de la colline donnant sur le centre de la ville.

Toutefois, des fosses septiques ne constituent pas la réponse. Certains propriétaires de maisons sont négligents pour les vider et des fosses qui fuient et débordent deviennent des risques pour la santé, contre lesquels le centre de traitement des déchets a été conçu pour les prévenir.

De gros bras tournants mélangent des produits chimiques contre les bactéries dans des eaux usées versées dans de grands réservoirs de traitement en plein air de l'usine. Les eaux usées sont ensuite pompées dans un centre de traitement final avant d'être évacuées dans la rivière Mzimnene, laquelle coule à travers Manzini, avec l'eau traitée devenue plus propre que l'eau de la rivière dans laquelle elle est versée.

Les résidents voisins, qui ont été financièrement récompensés pour avoir permis la construction de l'usine de traitement des eaux usées dans leur collectivité rurale à cinq kilomètres au sud de Manzini, savent à peine qu'elle est là. Les lignes électriques apportées pour alimenter l'usine ont été élargies à leurs propriétés. Mais, paradoxalement, ces mêmes maisons n'ont pas été reliées aux tuyaux d'égout.

Le rythme lent auquel les connexions sont installées a fait que l'usine est sous-utilisée. Bien qu'il ait la capacité de traiter 250 litres d'eaux usées par seconde, et puisse décharger 900 mètres cube d'eau traitée par heure, le centre n'a pas atteint ce traitement optimal en deux ans d'existence. Pour permettre à l'usine de continuer par fonctionner efficacement, l'eau traitée doit être pompée de nouveau dans le système pour maintenir les niveaux des liquides à des volumes requis dans les réservoirs.

Des mesures sont apparemment en cours pour envoyer des avertissements aux habitants leur donnant un délai pour relier leurs maisons au système d'assainissement et enlever les fosses septiques, après quoi ils peuvent être amendés en cas de non-conformité à cette décision.

Ce qui constitue plutôt un plus grand souci pour les travailleurs de la sécurité sociale concerne les résidents qui sont exclus totalement du nouveau système sanitaire -- et qui représenteraient la majorité des habitants de Manzini.

"La plupart des habitants de Manzini vivent dans des habitations informelles. Ils ne sont simplement pas reconnus parce que leurs zones ne sont pas officielles. Ils n'ont pas de fosses septiques, ni de latrines de mine", a déclaré Agnes Nkambule, superviseur médical de la localité de l'hospice du SIDA pour des Personnes séropositives vivant avec le SIDA.

"Quand ils doivent aller à la salle de bain, ils utilisent la brousse. Ils versent leurs eaux usées dans des ruisseaux".

Officiellement, la population de Manzini est d'environ 30.000 habitants. Toutefois, ceci prend uniquement en compte les personnes qui vivent dans des zones désignées, dans des logements enregistrés. D'autres statistiques du gouvernement indiquent que ceux vivant dans des habitations informelles augmentent la population de la ville qui atteint environ 60.000 habitants.

Certaines habitations informelles ont des dizaines d'années d'existence. Au nombre de celles-ci, figure KaKhoza, nommé après un commerçant mozambicain qui a installé son entreprise à l'extrémité ouest de la ville, formant le noyau d'une zone qui abrite actuellement plusieurs milliers de personnes. L'habitation de Madonsa est sur le côté opposé de la ville, tandis que Skum est située sur la rivière près du centre-ville.

"Au moins ces endroits ont des noms. Les nouvelles grandes habitations informelles surgissant de terre entre Manzini et Matsapha n'ont pas de noms. Mais elles ont toutes une chose en commun. Elles constituent des banlieues réunies : maisons de débris de bois, de cartons et de plastiques -- sans eau, sans les infrastructures sanitaires", a souligné Nkambule.

Le 'Matsapha Industrial Estate' (le Domaine industriel de Matsapha), à trois kilomètres à l'ouest de Manzini, est un aimant pour les demandeurs d'emplois en provenance des zones rurales pauvres, où 80 pour cent des Swazis vivent. Seulement une poignée de personnes arrive à trouver du travail; le reste migre vers les habitations informelles.

Le choléra constitue une menace constante dans ces habitations, et ailleurs dans la ville, a ajouté Nkambule.

Le déclenchement général de cette maladie serait particulièrement grave eu égard au taux d'infection du SIDA au Swaziland. Le Conseil national d'urgence sur le VIH/SIDA cite le choléra comme une maladie opportuniste dangereuse dans cette nation d'Afrique australe, où un adulte sexuellement actif sur quatre est séropositif : le taux le plus élevé du monde, selon le ministère de la Santé.

Les problèmes se sont aggravés avec la pire sécheresse de mémoire d'homme, qui a entraîné des coupures d'eau sporadiques dans les quartiers formels, et une plus grande ruée vers l'eau dans les banlieues de la ville.

"Au moins les personnes aisées ont accès à l'eau potable. Elles ont l'électricité; elles ont des infrastructures routières et autres services. La majorité des pauvres n'ont rien de ces choses, et ainsi, il n'est pas étonnant qu'ils soient aussi exclus de l'usine de traitement des eaux usées", a indiqué Thamie Khumalo, activiste communautaire qui vit dans une hutte de terre en toit de paille à KaKhoza.

Un pas vers la résolution de ces problèmes sera de transformer les quartiers pauvres en habitations formelles à travers l'octroi de titres de propriété aux résidents, après quoi des projets peuvent être conçus pour fournir des services aux habitations.

A cet effet, un programme pilote a déjà été conçu par le Programme de développement urbain (UDP) du ministère de l'Habitat à Msunduza, une habitation informelle de Mbabane, la capitale. L'UDP a également des projets pour Madonsa.

"La méthode consiste à amener ces habitations dans la ville formelle et à faire des habitants des résidents légitimes", a affirmé Napoléon Ntezinde, directeur de l'UDP.

Mais relier les banlieues aux infrastructures ne résoudra pas le problème des résidents touchés par pauvreté et qui ne sont pas en mesure de payer les services -- avec des débiteurs qui courent le risque de voir leurs services couper.

"Concernant les pauvres, le projet est fichu d'avance", a souligné Khumalo.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, 67 pour cent des Swazis vivent avec moins d'un dollar par jour.

Le 'Joint Monitoring Programme for Water Supply and Sanitation' (Programme de suivi conjoint pour l'approvisionnement en eau et l'hygiène publique), une initiative de l'Organisation mondiale de la santé et du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, estime que 48 pour cent des Swazis ont une couverture sanitaire.

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