Le Messager (Douala)

Cameroun: Hystérie collective à Douala

Mathieu Nathanaël NJOG

18 Octobre 2007


Une cinquantaine d'élèves en transe ; leurs camarades paniquent. Soulèvement, vandalisme et pyromanie au collège La Maturité.

L'incident

Tout débute vers 7 heures 40 minutes, ce mercredi 17 octobre. A la section anglophone du collège La Maturité, une élève tombe en transe. Les responsables de l'administration prennent des dispositions pour la conduire dans un centre de santé, pour les premiers soins. Un taxi est réquisitionné. La malade est évacuée qu'une succession de cas sont enregistrés.

" C'est alors que les élèves des classes de terminal G et A viennent nous alerter, et nous demandent de ne pas rester indifférents. Car, depuis lundi que ces cas de transe sont enregistrés, l'administration est restée indifférente ", indique Tchogmo Tsobgny Rodrigue. Des élèves sortent des salles de classes pour manifester leur désarroi. Ils sont soutenus par des populations riveraines des quartiers populeux de Bépanda maturité, Maképé maturité, Bépanda Tonnerre. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre. " Le fondateur ne va pas tuer nos sœurs comme cela et on reste indifférent. Il vient rarement dans ce collège et le jour où il arrive, il y a toujours des morts, il faut qu'on ferme ce collège ", lance un jeune en furie. " C'est vrai que de tous les élèves qu'on nous a annoncés comme morts, aucun n'a été confirmé, mais c'est à l'annonce de la mort de deux des quatre élèves tombés lundi et mardi que notre colère est montée ", soutient un groupe d'élèves de From IV de la section anglophone de ce collège.

L'émeute

Parcourir les 200 mètres de l'axe séparant Bépenda fin goudron au collège la Maturité, relève du parcours du combattant. Les forces de maintien de l'ordre sont présentes. Elles essaient de contenir une population en furie. Les sapeurs-pompiers aussi ont déployé leur arsenal et s'activent à éteindre les différents foyers d'incendie qui essaiment l'enceinte du collège la Maturité. Une foule compacte d'élèves, parents, habitants et jeunes surexcités vont et viennent en direction du collège la Maturité. Les parents ont accouru à la recherche de leur progéniture. " Je viens chercher mes trois enfants. J'ai un collègue qui a sa fille internée depuis hier à la polyclinique Akwa ", affirme un parent.

En revanche, les jeunes gens surexcités se montrent vindicatifs, agressifs et déchaînés. " Vous n'avez rien à me dire, j'ai ma sœur qui est parmi les élèves qui sont tombés en transe, si elle meurt comme les autres, vous n'allez pas me la remettre ", lance un jeune surnommé Bourreau. Et son compère d'ajouter " Cela ne va pas continuer comme ça. Nous allons détruire tout cet établissement. L'armée ne va pas rester là indéfiniment. "

Dans l'enceinte du collège la Maturité, d'épaisses fumées noires montent à différents endroits. Du parking discret, solidement protégé et bien aménagé sous l'aile gauche du bâtiment administratif, deux voitures sont sorties et brûlées. Une seule voiture échappe à cet acte de vandalisme : celle du principal. " J'ai dû monnayer et les dissuader que c'est la voiture d'un professeur pour qu'ils se résignent à la laisser intacte de même que mon bureau", souligne un membre de l'administration du collège. Des tables-bancs, les tableaux, du matériel informatique, les matériels de bureau sont aussi sous les flammes.

Les bureaux administratifs : l'économat, la salle informatique, la préfecture des études, le principalat, le bureau du fondateur, celui des professeurs d'Eps, la salle des archives sont vidés. " Regarder tous ces diplômes qui sont consumés et tous ces documents administratifs qui sont ainsi détruits, c'est une situation alarmante. Car, c'est toutes les archives, voire tout le fichier du collège qui est ainsi rasé. Il n'est plus possible de le reconstituer ", s'inquiète un autre membre de l'administration qui garde l'anonymat.

Le fondateur est accusé de pratique de sorcellerie

Pour certains membres de l'administration, tout porte à croire que ces actes sont prémédités. " Curieusement, la présence du fondateur qui a le mérite de rendre tout le personnel très actif et laborieux à la tâche n'a pas été le cas aujourd'hui ", indique un membre de l'administration. En effet, lorsque le fondateur Pierre Wafo arrive ce mercredi matin, une horde des élèves est retenue hors du portail, faute de laissez-passer, justifiant leur régularisation de la scolarité. Il ordonne l'entrée de tous les élèves.

Certains regagnent leurs salles de classes respectives ; un bon nombre traîne dans la cour. Curieusement, les surveillants de secteur affichent un certain malaise. Ils ne décident pas les élèves à regagner les salles de classe. Une odeur nauséabonde parfumerait le collège. Une fouille est effectuée pour trouver l'origine de cette exhalation. En vain, jusqu'aux premiers cas de transe. Une rumeur met à l'index le véhicule du fondateur. Pierre Wafo sera molesté par la population, alors qu'il tente de quitter l'établissement à pied.

Bernard Atébédé, le préfet du Wouri, Jean Jules Ebongué Ngoh, le délégué provincial du Minesec, Bassong le secrétaire à l'enseignement laïc et les responsables des forces de l'ordre descendent sur le terrain. Ils essaient de dissuader les populations. Difficile ! C'est la fermeture provisoire de l'établissement. La réouverture est envisagée après l'exorcisation des lieux.

Le Samu et un prêtre exorciste mobilisés

A la paroisse St Gérard, les membres des familles accourent pour reconnaître ou assister leurs enfants, frères ou sœurs. Dans la cathédrale, des groupes de prière se forment autour de chaque élève. Le bureau du curé sert de cadre d'exorcisation des malades. Ils en ressortent portant un chapelet béni. Certains retrouvent leurs esprits et reprennent la route de leur domicile respectif. D'autres sont évacués à l'hôpital Laquintinie par l'équipe du Samu conduit par Dr. Djal Clotilde. Ils sont 23 élèves à avoir recouru aux soins du curé de cette paroisse.

Et seulement une quinzaine est évacuée à l'hôpital Laquintinie. " Notre opération consiste à prendre les premiers paramètres de ces malades, leur administrer les premiers soins et les mettre en observation. Il n'y a pas de cas alarmant, nous avons découvert quelques élèves qui souffraient déjà de l'asthme et ceux qui présentaient une hypoglycémie ", explique Dr Djal Clotilde, chef du Samu. Bien avant, l'équipe du Samu a fait le tour des structures hospitalières pour récupérer les premiers malades. Au total, une cinquantaine d'élèves tombés en transe depuis lundi 15 octobre 2007. Parmi lesquels quatre garçons. " L'hystérie est une maladie de femme, c'est pourquoi on observe plus de femmes atteintes par cette transe que les hommes ", explique un élément du Samu.

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